Tourcoing : une caissière accuse Auchan après sa fausse couche

Tourcoing : une caissière accuse Auchan après sa fausse couche
Le Auchan de Toulouse le 28 novembre 2013 (Illustration)

Orange avec AFP, publié le lundi 26 décembre 2016 à 18h48

POLÉMIQUE - Après avoir fait une fausse couche sur son lieu de travail, une hôtesse de caisse d'Auchan City à Tourcoing, poussée par la CGT, dénonce les manquements de sa direction. En cause notamment, l'absence de considération de sa hiérarchie face à sa situation et des déductions de salaires, injustifiées selon elle.

Le groupe conteste.

Après le licenciement polémique d'une de ses caissière pour une erreur de caisse de 85 centimes d'euros, le supermarché Auchan City de Tourcoing, dans le Nord, est à nouveau pointé du doigt. Une de ses employées raconte avoir fait une fausse couche sur son lieu de travail qu'elle n'était pas autorisée à quitter pour aller aux toilettes. Une histoire rendue publique par la CGT, qui a convaincu la jeune femme de 23 ans, renommée "Fadila" pour conserver son anonymat, de ne pas se laisser faire et de sortir de son silence. Sur Twitter, le syndicat publie un résumé de l'affaire, ainsi que le courrier de la jeune femme envoyé à sa direction le 20 décembre dernier.



Tout a commencé début novembre. Trois jours après avoir débuté son contrat professionnel en qu'hôtesse de caisse au Auchan de Tourcoing, la jeune femme se sent mal et évoque "des vomissements, des malaises et des nausées". Un passage chez le médecin lui apprend qu'elle est enceinte de deux mois. Elle informe alors sa chef de caisse, Wendy. À son retour d'arrêt maladie, elle découvre avec surprise un planning qu'elle qualifie dans sa lettre de "particulièrement chargé" et demande des changements d'horaires. "Je n'ai pas vu de changement, je ne pouvais pas aller aux toilettes délibérément, j'avalais mon vomi, je vous laisse imaginer", se souvient-elle auprès d'un journaliste de France Info. Ce que conteste Auchan. "Elle n'a jamais exprimé de besoin d'aménagement d'emploi du temps", assure le responsable de la communication du groupe. "J'étais mal à la caisse, mais ils ne l'ont pas pris en compte", maintient Fadila, qui pose une semaine d'arrêt maladie car elle "n'en pouvait plus".

"JE ME SUIS LEVÉE DE MON FAUTEUIL, J'Y AI VU DU SANG DESSUS"

Elle reprend le travail le 21 novembre, et découvre à nouveau un "planning assez lourd". "J'aurais aimé que, face à ma situation, il y eût davantage de considération", déplore-t-elle dans la lettre envoyée à son employeur. Assise en caisse, elle ressent de fortes douleurs au niveau du ventre et sa pause, prise deux heures et demie après sa prise de poste, ne change rien. "J'ai des douleurs incroyables, c'est comme si on me coupait le ventre avec un couteau. C'était insupportable, même les clients voyaient que je n'étais pas bien", raconte-t-elle à France Info. "À un certain moment, je n'en pouvais plus et me suis levée de mon fauteuil, j'y ai vu du sang dessus. J'ai pris la décision de fermer la caisse et de renvoyer les clients vers celle d'à côté".

À l'arrivée des pompiers, elle leur explique qu'elle a demandé à aller aux toilettes 3 heures plus tôt, mais que cela lui a été refusé. Une nouvelle fois, la direction conteste. Le groupe affirme que les faits ont eu lieu le 22 novembre et que "la hiérarchie n'a reçu aucune demande de pause toilettes", explique la radio. Les secours la conduisent aux toilettes. "J'ai dit aux pompiers que quelque chose était tombé dans les toilettes, le monsieur m'a répondu que j'avais perdu mon bébé".

Après avoir "passé la pire nuit de (s)a vie" à l'hôpital, Fadila appelle Auchan le lendemain. "Je leur ai dit que personne ne m'a demandé de mes nouvelles et l'on m'a juste répondu d'emmener un justificatif". Ce qu'elle fait un jour plus tard. "On me fit remarquer que j'étais partie avant l'heure et on me demanda si j'allais venir travailler le lendemain. J'ai été meurtrie par cette absence manifeste d'empathie et de compassion", écrit-elle dans sa lettre. "J'ai senti le ciel tomber sur moi, je me suis dit : elle est aveugle ou quoi ?", détaille-t-elle sur France Info.


"UN ENCHAÎNEMENT MALENCONTREUX DES FAITS"

Soutenue par la CGT, Fadila passe désormais à l'attaque. Non seulement elle reproche le manque de compassion à son égard mais également des retraits indus sur sa fiche de paye de novembre pour cause "d'absence injustifiée". Elle a d'ores et déjà fait reconnaître sa fausse couche comme un accident du travail et une enquête du Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) est également en cours.

De son côté, Auchan assure que, "sur le plan administratif, la gestion du dossier a été conforme avec les procédures, que ce soit pour l'arrêt maladie ou l'arrêt de travail".
"On regrette un enchaînement malencontreux des faits et que la personne ait ressenti peu de considération de la part de ses collègues", explique le responsable de la communication à France Info. Sur Twitter, le groupe explique que la jeune femme est en contact direct avec le directeur des ressources humaines et qu'elle sera reçue dès "son plein rétablissement".



Fadila doit reprendre le 2 janvier. Néanmoins, au micro de France Info elle affirme ne pas avoir "l'intention de travailler dans un endroit où tout le monde (me) regarde de travers". "J'ai perdu un enfant, ça fait mal. Je suis fragilisée et personne à Auchan n'a compris ça. Pour moi, l'image d'Auchan est salie", regrette-t-elle dans un sanglot.

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