Toulouse: 32 ans après, l'arrestation d'un meurtrier présumé relance une affaire classée

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L'entrée du palais de justice de Toulouse, le 21 octobre 2015
L'entrée du palais de justice de Toulouse, le 21 octobre 2015
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AFP, publié le samedi 26 janvier 2019 à 02h34

Un soupirant "transi" qui tue après avoir été éconduit : 32 ans après les faits, un scénario se dessine pour élucider la disparition d'une jeune femme près de Toulouse, avec l'interpellation d'un quinquagénaire, qui a reconnu une "implication directe". 

L'homme, un formateur vivant en famille dans l'Isère, a été arrêté mardi à son domicile et mis en examen pour "homicide volontaire", a annoncé vendredi dans un point de presse le procureur de Toulouse, Dominique Alzeari. 

Au cours de sa garde à vue, il a "reconnu son implication directe dans les faits", a indiqué le magistrat. 

Évoluant dans l'environnement amical de la victime, en proie à "un sentiment amoureux plus ou moins transi", "il semblerait qu'il ait voulu déclarer sa flamme et ait été éconduit", basculant alors dans la violence meurtrière. 

La jeune femme, Martine Escadeillas, 24 ans, disparue le 8 décembre 1986, aurait tenté de fuir en dévalant la cage d'escalier de son immeuble sous les coups de son agresseur, avant de succomber. Son corps n'a jamais été retrouvé. L'homme, âgé de 23 ans au moment des faits, garde encore ses secrets. 

"Il a allégué une confusion totale sur ce qu'il a fait" du corps, "s'il l'a fait disparaître ou pas", a expliqué le procureur. "Vraiment élucider l'affaire sera tout l'enjeu de l'instruction", a-t-il ajouté.

- Des "profilers" à la rescousse -

Les aveux du suspect coïncident avec les éléments recueillis sur la scène du crime - cage d'escalier et cave - à Ramonville, près de Toulouse. Du sang y avait été découvert, orientant l'enquête vers le meurtre. 

Classée deux fois par le passé, en décembre 1989 et en 2008, l'affaire a été relancée grâce à une lettre adressée en janvier 2016 au parquet de Toulouse, par une amie de la famille de la victime, et qui a orienté les soupçons sur le suspect arrêté.

Pourquoi si tard ? Ce témoignage serait le résultat de plus de 30 ans passés à tenter de percer le mystère, à en discuter entre proches de la victimes, à ne pas se résigner à l'oubli, selon le commandant de la section de recherches de la gendarmerie, le colonel Philippe Coué. 

Grâce à cette lettre, son service a "repris toute l'enquête, remouliné toutes les données, avec l'aide du logiciel d'analyse criminelle Anacrim et de comportementalistes, les profilers des séries américaines", a-t-il notamment expliqué. 

De quoi infirmer l'alibi avancé par le meurtrier présumé quand il avait été entendu juste après la disparition. Il avait ensuite rapidement quitté la région.

L'attention des enquêteurs avait aussi été détournée de cet homme par le témoignage d'une voisine décrivant un agresseur beaucoup plus âgé, le crâne dégarni, a expliqué le colonel. 

- Une "avancée" à confirmer -

D'autres pistes ont été suivies en 30 ans,  y compris celle de l'implication du tueur en série Patrice Alègre, condamné en 2002 pour six viols et cinq meurtres de jeunes femmes commis entre 1989 et 1997, pour la plupart dans la région de Toulouse, sa ville natale.

Un homme avait aussi été mis en examen, finalement sans suite, lors d'une réouverture du dossier entre 1996 et 2008, à l'issue d'un témoignage ayant suivi une émission télévisée. 

Pour le parquet, ce nouveau rebondissement ne permet pas de parler de percée décisive ou d'élucidation, mais d'une "avancée". Qui prouve aussi "que nous n'abandonnons jamais les affaires non résolues", s'est prévalu le procureur. 

Dans cette affaire, les réouvertures d'information ont aussi permis de suspendre la prescription, "ce à quoi nous veillons" dans la gestion des dossiers en souffrance, a-t-il ajouté. 

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