Tarnac: Feu d'artifice verbal en fin de procès, jugement le 12 avril

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 Le chef du groupe dit "de Tarnac" Julien Coupat arrive au procès avec une personne portant le masque du procureur Olivier Christen, le 13 mars 2018

Le chef du groupe dit "de Tarnac" Julien Coupat arrive au procès avec une personne portant le masque du procureur Olivier Christen, le 13 mars 2018

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© AFP, ALAIN JOCARD

AFP, publié le vendredi 30 mars 2018 à 20h07

Hors norme, le procès Tarnac pour lequel huit membre d'une communauté libertaire ont été jugés pendant trois semaines pour association de malfaiteurs et dégradation d'une ligne SNCF, s'est achevé par une prise de parole débridée des prévenus avant que le jugement ne soit mis en délibéré au 12 avril.

Dans cette affaire retentissante et très politique, les huit prévenus de la communauté de Tarnac (Corrèze) ont été poursuivis pendant neuf ans pour terrorisme avant que cette qualification ne soit abandonnée.

La justice reproche aux cinq hommes et trois femmes, âgés de 31 à 43 ans, d'avoir participé au sabotage d'une ligne SNCF à Dhuisy (Seine-et-Marne) et organisé des actions violentes contre des intérêts de l'État, notamment le 3 novembre 2008 lors d'une manifestation à Vichy. 

Des peines allant d'un simple amende avec sursis à six mois de prison ferme avaient été requises mercredi dans ce procès hors normes à Paris. Les avocats des huit accusés ont pour leur part plaidé leur relaxe.

"Vous vous attendiez à voir un gourou, une secte, des théoriciens d'une révolution violente et vous vous êtes retrouvés face à nous, incroyablement banals", a lancé Mathieu Burnel alors que la présidente venait de donner une dernière fois la parole aux prévenus. 

Il a ensuite commenté une phrase de la magistrate les qualifiant de "mal élevés".

"Nous n'avons pas baissé les yeux, pas fait de courbettes, pas cédé au rituel de la soumission. Nous n'avons pas joué un rôle, nous nous sommes battus pour ne pas être écrasés", a expliqué le prévenu. "Et quelle que soit l'issue du procès, nous n'en sortirons pas flétris mais plus forts", a-t-il dit. 

"Si vous pouvez nous juger, c'est parce qu'il y a eu des gens, un jour du 14 juillet, qui ont fait une émeute et même pris d'assaut une prison", a asséné Julien Coupat, poursuivi notamment pour avoir commis des violences à Vichy.

Yildune Lévy a dit sa conviction que "l'organisation sociale et même cette justice n'étaient pas une fatalité" et qu'elle continuerait "à lutter pour un nouveau monde".

"A l'heure où les libertés publiques se réduisent au nom de la lutte contre le terrorisme, vous, les juges, êtes le dernier rempart de nos libertés", avait auparavant lancé le principal avocat du groupe, Jérémie Assous, après avoir dénoncé le rôle de l'antiterrorisme dans ce dossier.

- "secret défense" -

"Votre décision est attendue par tous. Voulez-vous de ces méthodes? En refusant de les sanctionner, vous les encouragerez", a-t-il prévenu.

Pour l'avocat, "la justice ne s'est jamais intéressée à la vérité" dans cette affaire. "Vous n'allez pas devoir juger des faits mais des pratiques policières encouragées par certains magistrats", a-t-il déclaré. 

L'avocat a notamment mis en cause "l'omniprésence" des services de renseignement, soumis au secret défense et dont on ne peut vérifier les informations qui sont ensuite judiciarisées, en dénonçant "des pratiques déloyales pour la défense".

L'avocat a également souligné l'importance du récit du témoin anonyme T42, accablant pour le groupe de Tarnac: "c'est lui qui a justifié l'information judiciaire terroriste et le maintien en détention de Julien Coupat".

Or, ce témoin, Jean-Hugues Bourgeois, est revenu sur sa version une fois son nom révélé dans les médias avant d'expliquer sur TF1 avoir signé un PV préparé par la police.

Me Assous s'est ensuite attaqué à la pièce maitresse de l'accusation: un procès verbal de filature de policiers qui affirment avoir vu la voiture de Coupat et Lévy stationnée dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008 sur le site du sabotage de la ligne du TGV.

"Le policier n'a rien vu de ce que tout le monde à vu et on a rien vu de ce qu'il a vu", a ironisé l'avocat, se référant à la reconstitution faite sur place le 23 mars.

Les policiers ont dit être retournés sur les voies vers 05H10 et avoir constaté des gerbes d'étincelles au passage d'un train de reconnaissance, sans toutefois remarquer le crochet posé sur la ligne.

"Mais comment le conducteur du train a-t-il pu ne pas les voir avec leurs lumières sur les voies", s'est étonné l'avocat, mettant en cause la véracité de leur témoignage. "Ce document n'a aucune valeur probante", a-t-il conclu en demandant au tribunal de l'"écarter".

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