Tariq Ramadan face aux accusations de Mounia, l'ex-escort girl

Tariq Ramadan face aux accusations de Mounia, l'ex-escort girl
Tariq Ramadan, ici en mars 2016, risque une troisième mise en examen pour viols.

leparisien.fr, publié le lundi 04 juin 2018 à 22h03

Le théologien suisse est réinterrogé ce mardi par les juges d'instruction. Il risque une troisième mise en examen pour viols, après les accusations portées par Mounia R., qui fait état de sévices étalés sur le temps.

C'est sans aucun doute un tournant dans l'affaire Tariq Ramadan. Convoqué ce mardi pour son premier véritable interrogatoire devant les juges depuis sa garde à vue en février, le théologien musulman, incarcéré depuis quatre mois pour deux viols présumés, dont un sur personne vulnérable, va changer sa ligne de défense. L'islamologue atteint d'une sclérose en plaques, mais dont le traitement a été jugé compatible avec la détention, risque une troisième mise en examen. Il est cette fois soupçonné de plusieurs viols présumés sur Mounia R., une ancienne escort-girl dans l'affaire de proxénétisme du Carlton.

Contrairement aux deux autres plaignantes - Henda Ayari et Christelle -, qui, chacune, évoquent un seul viol, cette quadragénaire originaire des Hauts-de-France dénonce une série d'abus sexuels commis au fil des mois par l'islamologue.

Ramadan concède juste une «relation de séduction sur les réseaux sociaux»

L'enjeu de l'audition de ce mardi est de savoir si le théologien, âgé de 55 ans, va reconnaître devant les juges des relations extraconjugales avec cette ex-prostituée, spécialisé « SM soft », selon le jugement de l'affaire du Carlton, dans lequel elle était citée. Et si tel est le cas, la fréquence de ces relations et les conditions dans lesquelles celles-ci se sont déroulées ? Jusque-là Tariq Ramadan a campé sur une ligne de défense radicale, niant avoir eu un quelconque rapport physique avec les deux autres victimes présumées qu'il dit avoir rencontrées une seule fois.

Le théologien a juste consenti une « relation de séduction sur les réseaux sociaux », lors de sa confrontation début février, pendant sa garde à vue, avec celle que la presse a surnommée Christelle. Il faut dire que la quadragénaire avait fourni aux enquêteurs des conversations avec Tariq Ramadan sur l'application Skype, où elle apparaît seins nus. Interrogé également ce mardi sur ces deux dossiers, l'islamologue ne devrait pas bouger d'un iota, pointant dans les déclarations de ses victimes supposées, ce qu'il considère être des « mensonges ou des contradictions ».

Une robe noire pourrait tout faire basculer

C'est une robe noire Zara Basic de taille XS, dos nu, tachée prétendument du sperme de l'islamologue et remis aux enquêteurs par Mounia, qui pousse aujourd'hui Tariq Ramadan à modifier sa stratégie de défense, alors même que le résultat de l'expertise génétique n'est pas connu. Un véritable revirement dans ce dossier judiciaire mais aussi un coup dur pour les soutiens du théologien, contraints de constater que celui-ci ne menait pas la vie exemplaire qu'il préconisait aux autres selon la stricte morale islamique.

Mounia ne décrit pas moins de neuf viols, qui auraient été commis de février 2013 à juin 2014, dans des hôtels à Paris, Roissy, Lille, Londres et Bruxelles. Comme les deux autres victimes présumées, la quadragénaire assure avoir été prise dans un engrenage toxique, où se mêlent emprise mentale, menaces verbales et violences physiques.

C'est lors d'une rencontre avec le théologien à l'hôtel Gantois de Lille, le 2 juin 2013, que l'ancienne escort-girl a récupéré ce qu'elle considère comme une pièce à conviction des viols dont elle se dit victime. « Dès que je suis rentrée dans la chambre, il m'a jetée sur le lit et on a eu un rapport sexuel. Je portais ma robe. Après m'avoir pénétrée, il a éjaculé sur celle-ci », a-t-elle expliqué aux policiers, le 20 mars, dans un PV révélé par Le Point et que nous avons pu consulter.

«Comment peut-on croire à ce chantage ?»

Pourquoi Mounia a-t-elle conservé cette robe, roulée sur elle-même dans un sac plastique et stockée dans un coffre à jouets ? « Peut-être un instinct de survie. Pour une fois j'avais un truc contre lui », justifie la victime présumée, qui explique avoir subi des menaces, notamment par rapport à son passé d'escort-girl. Il me disait : « Tu verras quand ta fille saura que tu as fait la pute ».

« Comment peut-on croire à ce chantage ? s'insurge Emmanuel Marsigny, l'avocat du théologien. « A l'époque, nous étions en pleine affaire du Carlton, son nom et prénom étaient partout dans la presse ». La défense, qui espère échapper à une nouvelle mise en examen, dit s'appuyer sur des échanges de SMS et vidéo troublants entre Ramadan et Mounia, dont certains datés de quelques heures après les viols présumés...

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