Suicide d'une directrice d'école : elle avait envoyé des courriers mettant en cause l'Éducation nationale

Suicide d'une directrice d'école : elle avait envoyé des courriers mettant en cause l'Éducation nationale
Une école à Paris, le 2 septembre 2019. (illustration)

, publié le jeudi 26 septembre 2019 à 08h33

La piste du suicide est privilégiée, la directrice ayant laissé "plusieurs courriers écrits informant de son choix."

La directrice retrouvée morte dans une école maternelle de Pantin, en Seine-Saint-Denis, avait envoyé des courriers à plusieurs directeurs d'école de sa commune, a-t-on appris mercredi 26 septembre de sources concordantes. Elle y évoque un manque de soutien de l'État ou encore la solitude des chefs d'établissement.

"La succession d'inspecteurs qui passe à Pantin ne se rend pas compte à quel point tout le monde est épuisé", écrit la directrice dans une lettre que l'AFP s'est procurée. "Les directeurs sont seuls ! Seuls pour apprécier les situations (...) les parents ne veulent pas des réponses différées, tout se passe dans la violence de l'immédiateté", poursuit la directrice. Dans ces courriers envoyés samedi, soit le jour présumé de sa mort, la fonctionnaire évoque aussi le manque de soutien de la part de l'État, le rythme scolaire des enfants, le manque d'outils de travail ou encore les pratiques "chronophages".


Le corps de cette femme, âgée de 58 ans, a été découvert lundi matin dans le hall de l'école Méhul, en proche banlieue parisienne, mais la mort est "vraisemblablement intervenue samedi", selon une source proche de l'enquête. L'hypothèse du suicide est privilégiée dans l'attente des résultats de l'autopsie réalisée mardi. Sur place, les enquêteurs avaient retrouvé "plusieurs courriers écrits de sa main pour informer de son choix" et "une affichette à l'entrée de l'école à l'intention de la gardienne".

Mardi, plusieurs directeurs d'école de cette ville populaire ont reçu par la poste un courrier signé de la main de la directrice, a indiqué à l'AFP une source proche de l'enquête. Selon lui, "une quinzaine de courriers" ont été reçus après sa mort par les écoles de la ville. 

Le SNUipp-FSU 93, également destinataire du courrier et dont la directrice était membre, a pointé dans un communiqué "la solitude de la mission de direction d'école dans les tâches quotidiennes administratives et organisationnelles qui s'accumulent, (qui) devient au fil des années insupportable". Le syndicat évoque notamment des missions de direction d'école "complexifiées ces dernières années", avec "des injonctions hiérarchiques, parfois contradictoires", et le "manque de formation et d'accompagnement lors de la gestion de situations de crise".


"Pour que la mort tragique de notre collègue et camarade ne soit pas vaine", le syndicat a indiqué son intention de déposer une "alerte sociale", protocole préalable à un préavis de grève auprès de la direction académique, exigeant "du ministre, du recteur, comme du Dasen (directeur académique) des réponses concrètes pour garantir la santé, l'intégrité morale et physique des personnels". Un rassemblement est prévu jeudi à 18H00 devant l'école. 

Cette enseignante "très expérimentée et très dévouée", célibataire et sans enfant, "pour qui son travail était toute sa vie", avait par ailleurs enduré "de fortes lésions personnelles et sentimentales", nuance une source proche de l'enquête, évoquant notamment des décès dans son entourage. 

L'école, qui accueille 300 enfants, a été fermée lundi. Elle a rouvert mardi avec des modalités d'accueil particulières, a expliqué le rectorat à l'AFP. Le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) a été saisi par l'Académie de Créteil. Le ministère de l'Éducation a par ailleurs donné son feu vert à une enquête administrative.

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