Soupçons d'escroquerie : Théo sort libre de garde à vue, un de ses frères présenté à un juge

Soupçons d'escroquerie  : Théo sort libre de garde à vue, un de ses frères présenté à un juge
Théo (à gauche) et son frère Mickaël, ici à Aulnay-sous-Bois en janvier.

leparisien.fr, publié le mercredi 06 juin 2018 à 21h55

Interpellés mardi dans une affaire financière, Théo Luhaka et son frère Grégory sont ressortis libres ce mercredi soir. Ils devraient être convoqués ultérieurement par le juge.

En garde à vue, Mickaël, 34 ans, l'aîné de la fratrie Luhaka, a tout fait pour dédouaner son plus jeune frère Théo. Selon lui, le benjamin de la famille a bien bénéficié d'un contrat d'accompagnement à l'emploi (emploi aidé) mais il a fourni un travail pour lequel il a été payé. Une défense qui, selon nos informations, n'a pas convaincu le juge d'instruction, persuadé que le petit dernier de la famille, devenu un symbole des violences policières après son interpellation en 2017 à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), n'a pas eu un rôle passif dans le détournement possible des subventions.

Toutefois, Théo a été remis en liberté hier soir, comme l'un de ses deux frères, Grégory. Ils devraient être convoqués ultérieurement devant le juge d'instruction pour sans doute être mis en examen dans le cadre de l'enquête ouverte pour « escroquerie en bande organisée, abus de confiance et blanchiment ». Mickaël Luhaka, lui, devait être présenté au juge dans la soirée. Les trois autres personnes en garde à vue, liées au monde associatif, ont quant à elles été remises en liberté.

«Je n'ai jamais caché que mes frères et sœurs interviendraient dans l'association»

Le juge aurait pu demander le défèrrement des trois frères mais des investigations restent à effectuer dans ce dossier où déjà plus de 100 réquisitions bancaires ont été réalisées. Mais ce n'est pas l'option qui a été retenue, à la grande satisfaction de Me Antoine Vey, l'avocat de Théo. « Nous allons désormais préparer notre défense », explique le conseil.

Entre janvier 2014 et juin 2016, une association de médiation, Aulnay Events, présidée par Mickaël Luhaka, a embauché 42 emplois et touché 678 000 € de subventions d'Etat, dont 170 000 € directement virés sur les comptes de huit membres de la famille. Théo a perçu a lui seul 52 000 €. L'association déclarait mener des interventions dans les quartiers contre les violences alors que son unique occupation était le football.

En garde à vue, Mickaël est resté sur la ligne de défense qu'il nous avait présentée lors d'un entretien en février 2017 : « Quand j'ai présenté le projet à la Mission Locale, je n'ai jamais caché que mes frères et sœurs interviendraient dans l'association. Ils ont été déclarés en CDI en tant qu'animateurs. Théo et Grégory faisaient partie des 30 salariés. Au même titre que les autres ils ont bénéficié d'emplois aidés pour mettre en place des activités et organiser des séjours ».

Le même procédé à travers d'autres structures, via des prête-noms

Mais le juge soupçonne Mickaël Luhaka d'avoir recruté des salariés sans jamais les avoir payés ou très peu, ni régler l'Urssaf - plus de 350 000 €. Sauf quand il s'agissait de ses proches. Par ailleurs, plus de 80 000 € ont été retirés en espèces au cours de la même période. Interdit bancaire et repéré par l'Inspection du travail à l'origine de l'enquête, l'aîné de la fratrie a continué à user du même procédé à travers d'autres structures, via des prête-noms. Ce que confirme un jugement des prud'hommes concernant un formateur sportif que nous avons pu consulter : « La dissimulation d'emploi est avérée...] » tout comme le fait que le dirigeant « était conscient de son comportement qui s'analyse clairement à de la fraude ».

La SARL a été condamnée en septembre 2015 à verser plus de 30 000 € au formateur sportif. « Il y avait une omerta. La plupart des jeunes recrutés sous contrat aidé, issus des quartiers, n'osait rien dire. Il pouvait avoir des menaces », nous a confié cet ancien employé.

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