Règlement de compte en Corse : le procès Pantalacci vire au fiasco

Règlement de compte en Corse  : le procès Pantalacci vire au fiasco
Angèle, Carla Serena et Yves Manunta ont survécu en 2011 à une tentative d'assassinat. Yves sera tué quelques mois plus tard.

leparisien.fr, publié le mardi 12 juin 2018 à 15h33

Après des heures de bras de fer le procès a été interrompu et renvoyé. La défense exigeait notamment la présence à la barre de la directrice d'enquête, en vacances à l'étranger.

« Foutoir ». Nom masculin, familier et vulgaire. Endroit où règne un désordre extrême. Le terme ne dépareille pas à la cour d'assises des Bouches-du-Rhône qui a interrompu et donc renvoyé le procès en appel des frères Pantalacci, des jumeaux de 26 ans, acquittés en 2016 d'une triple tentative d'assassinat, celui d'un couple et de leur fille de 10 ans. En novembre 2011, ces derniers, les Manunta, avaient essuyé 43 tirs de Kalachnikov, de chevrotine et de pistolet automatique en rentrant chez eux. Mère et fille avaient été très grièvement blessées.

L'audience a atteint ce mardi son pic de tension. Au départ, il s'agit d'un simple point de droit mais qui révèle beaucoup de ce qui se joue en coulisses. Faut-il exiger des principaux témoins qu'ils viennent à la barre ? Pour les avocats de la défense, cette présence physique est un principe et ceci d'autant plus qu'ils entendent jeter le doute sur les investigations.

«Ce fiasco vous le présidez !»

Ils pointent une grande proximité entre les victimes, les Manunta, et la police judiciaire. Ils comptent demander de vive voix des explications à la directrice d'enquête, qu'ils avaient rudoyée lors du premier procès, ainsi qu'aux deux juges d'instruction chargés des investigations. Le président de la cour d'assises, Patrick Ramaël avait jusque-là résisté aux exigences de cette défense agressive, privilégiant la visioconférence malgré des bugs techniques à répétition. Le droit est de son côté. Le code de procédure pénale prévoit la possibilité d'une audition par des « moyens de télécommunication garantissant la confidentialité des transmissions » sans exiger de présence physique. Mais il y a la loi et l'esprit de la loi.

Angèle (de face) et sa fille Carla Serena (de dos) Manunta ont décidé de ne pas assister au procès en appel./LP/Olivier Corsan

Ce mardi, après des jours de tensions, le clash éclate à l'ouverture de l'audience. La cour apprend que la directrice d'enquête, dont l'audition en visioconférence a été différée vendredi, a pris quelques jours de vacances à l'étranger. Ce qui peut donner le sentiment d'une dérobade. La défense en profite et pousse son avantage. Me Paul Sollacaro, s'adressant vivement à Patrick Ramaël : « C'est un fiasco. Et ce fiasco vous le présidez ! » La gêne est perceptible. « La justice du XXIe siècle n'a pas le pouvoir de télé transportation », se défausse le président, promettant de faire son possible pour entendre l'enquêtrice à la barre.

« Je ne peux pas identifier les gens »

Alors en attendant, comme on croque un hors-d'œuvre avant le plat de résistance, la cour entend un autre témoin. En visioconférence d'Ajaccio, toujours avec ce son exécrable et cette image déplorable. Une dame âgée, tremblante comme une feuille, apparaît à l'image. D'emblée, avant toute question, elle insiste : « Je n'ai aucun intérêt à mentir. Je ne vois pourquoi je mentirais. Je ne suis pas comme ça. »

Marc et Dume Pantalacci, jumeaux, sont tous les deux sur le banc des accusés./DR

On lui relit sa déposition où elle dit avoir aperçu une voiture suspecte dans le parking. « Je n'ai pas dit ça du tout. J'ai jamais dit la couleur. Je ne vois pas dans quel but je mentirais... » Cette pantomime en serait presque risible si elle ne disait en creux la détresse des petites gens face à la criminalité en Corse. Le témoin tient à ce que cela se sache : « Je ne peux pas identifier les gens. C'était dans le noir. » Entre bugs techniques et amnésie, la cour elle aussi se retrouve plongée dans le noir. Et a fini par éteindre ce qui restait de lumière en ajournant le procès....

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