Quadruple meurtre dans la Sarthe en 1994 : clamant son innocence, Dany Leprince dépose une requête pour obtenir un acquittement

Quadruple meurtre dans la Sarthe en 1994 : clamant son innocence, Dany Leprince dépose une requête pour obtenir un acquittement
Dany Leprince en 2011.

publié le mardi 09 mars 2021 à 18h40

Plus de vingt ans après sa condamnation à perpétuité, Dany Leprince continue à assurer qu'il n'a pas tué son frère, sa belle-sœur et ses deux nièces. Selon son avocat, le dossier a "été mal jugé" et Dany Leprince "mérite" un nouveau procès. 

L'affaire avait défrayé la chronique il y a 27 ans. Le 4 septembre 1994, Christian Leprince, sa femme et deux de leurs filles, âgées de 7 et 10 ans, sont retrouvés morts dans leur pavillon de Thorigné-sur-Dué (Sarthe), massacrés à coups de hachoir.

Solène, leur fillette de 2 ans, est la seule rescapée. Deux jours après, cinq membres de la famille Leprince, dont Dany, le frère aîné et voisin de Christian, et son épouse, Martine, sont arrêtés. En garde à vue, Dany avoue le meurtre de son cadet après avoir été dénoncé par sa femme et sa fille aînée. Mis en examen pour "homicides volontaires avec circonstances aggravantes", il est incarcéré. Mais rapidement, il revient sur ses aveux et n'a cessé depuis de clamer son innocence. 

Dany Leprince est toutefois condamné en 1997 par la cour d'assises de la Sarthe à la réclusion à perpétuité avec 22 ans de sûreté. Il se pourvoit en cassation mais la cour rejette sa requête en 1999. Plus de vingt ans après sa condamnation, Dany Leprince, aujourd'hui âgé de 63 ans, continue à assurer qu'il n'a pas tué son frère, sa belle-sœur et ses deux nièces. Il a déposé, le 1er mars 2021, une nouvelle requête en révision pour tenter d'obtenir un second procès et un acquittement



"Ce dossier a été mal jugé. Dany Leprince mérite à nouveau d'être jugé", a expliqué à l'AFP son avocat Olivier Morice. "Nous apporterons des faits et témoignages nouveaux qui donnent sur les protagonistes de l'époque des éclairages essentiels à la compréhension des faits", a-t-il souligné. "Nous avons travaillé à trois avocats pendant quinze mois" pour rédiger la requête en révision, accompagnée de "milliers de pages" de documents, a détaillé le magistrat. 

Lors de l'enquête initiale, tout semble pourtant accabler Dany Leprince. Aux enquêteurs, il évoque comme mobile du crime la "jalousie" et des différends financiers avec son cadet. Christian Leprince, 34 ans à sa mort, est propriétaire d'un florissant atelier de carrosserie-peinture quand Dany élève vaches et cochons avec sa femme. Endetté, il travaille en plus comme boucher dans un abattoir. Une reconnaissance de dettes entre les deux frères et une feuille, ce hachoir utilisé par les professionnels de la boucherie, sont découvertes chez les Leprince.

Autres éléments accablants : les accusations de sa fille et de sa femme, ainsi que le témoignage de la petite Solène qui l'aurait désigné, avec ses mots d'enfant, à sa nourrice. Mais des zones d'ombre persistent, notamment sur le rôle de son épouse Martine, dont il est séparé depuis. "Il a été reproché à Dany Leprince ses aveux, rétractés ensuite, dans lesquels il reconnaissait avoir tué son frère. Mais il n'a donné aucune indication" sur les autres meurtres, souligne son avocat, Me Morice.

Une première requête en révision avait déjà été déposée en 2006. Après un complément d'information de quatre ans, la commission d'instruction saisit la Cour de révision en juillet 2010 en relevant de nombreuses failles dans l'enquête. "Aucune preuve matérielle mettant en cause Dany Leprince n'a été établie", note la commission qui s'étonne qu'"aucune trace de sang" n'ait été trouvée sur ses vêtements. "Il n'apparaît pas vraisemblable que ce massacre ait pu être accompli en un espace de temps aussi court que celui résultant des témoignages", poursuit-elle. 

Décision inédite, la commission ordonne la suspension de la peine de Dany Leprince. Après seize ans de détention, il est libéré le 8 juillet 2010. Mais en avril 2011, la Cour de révision rejette sa requête et Dany Leprince est réincarcéré. Une "décision d'une cruauté invraisemblable", déplore alors son avocat, Me Yves Baudelot. Pour faire entendre sa vérité, Dany Leprince épuise alors tous les recours. En vain. Sa demande de grâce présidentielle et sa requête devant la Cour européenne des droits de l'homme sont rejetées. 

En octobre 2012, il obtient une libération conditionnelle mais, selon Me Baudelot, "il ne sera vraiment satisfait que lorsque son innocence sera enfin judiciairement reconnue". Brièvement réincarcéré en 2016 pour avoir enfreint son contrôle judiciaire, Dany Leprince vit aujourd'hui dans le Sud-Ouest. "Nous espérons que notre requête sera examinée dans les plus brefs délais. Des témoins ont un certain âge, il est essentiel de pouvoir les entendre rapidement", plaide Me Morice. L'association "Pour la vérité rendue aux victimes du massacre de  Thorigné-sur-Dué" a indiqué dans un communiqué "se réjouir" de cette requête, estimant que "la vérité judiciaire ne correspond nullement à ce qui s'est déroulé il y a 25 ans".

Les révisions de condamnations pénales restent rarissimes en France : depuis 1945, onze accusés ont été acquittés à l'issue de leur procès en révision. 
 

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