Prostitution : pas si facile de quitter le trottoir

Prostitution : pas si facile de quitter le trottoir

L'aspect répressif de la loi aurait fait chuter drastiquement les revenus et le nombre de clients des prostituées.

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leparisien.fr, publié le samedi 14 avril 2018 à 09h50

Une permanence médicale et juridique à destination des prostituées se tient toutes les semaines à Belleville. Les «marcheuses» y dénoncent les effets négatifs de la loi de 2016.

Devant le petit bureau, une file dense se forme dans laquelle les femmes se saluent et discutent en chinois. Dans ce centre social de Belleville (XXe arrondissement), où Médecins du monde (MDM) tient, chaque mardi soir, une permanence médicale et juridique à destination des prostituées du quartier, près de 30 « marcheuses » sont déjà là. Elles viennent pour la plupart récupérer des préservatifs, du lubrifiant, demander des conseils d'ordre médical et administratif, ou tout simplement discuter.

Assise sur un canapé en osier, cheveux retenus par un serre-tête, l'une d'elle essuie ses larmes. « Il y a déjà de moins en moins de clients, et en plus la police met la pression sur les propriétaires... J'ai perdu mon appartement, je ne peux plus travailler », se désespère cette femme de 61 ans.

Comme elle, les « marcheuses » critiquent à l'unisson l'aspect répressif du texte, qui aurait fait chuter drastiquement leurs revenus et fait fuir les « bons clients », désormais passibles d'une amende.

« Les policiers s'en prennent aussi à nous »« L'Etat doit être ravi, mais nous, on est toutes au chômage », s'agace une quadragénaire, doudoune jaune et paupières pailletées, qui envisage de partir en province exercer sur Internet. « Si tu y vas, tu me dis ? », l'interpelle la première.

« Pour ces femmes qui ne parlent pas français et n'ont pas de carte bleue, cela signifie concrètement se mettre sous la coupe de proxénètes », décrypte Tim Leicester, coordinateur pour MDM du programme Lotus bus qui assure ces permanences, et opposant à la loi.

A leurs yeux, l'abrogation du délit de racolage et la philosophie de la nouvelle loi, censée les protéger, est d'ailleurs une vaste plaisanterie. « Les policiers s'en prennent aussi à nous, car nous n'avons pas de papiers ! », argue l'une de ces femmes, expulsée il y a plusieurs mois, et qui ne sait guère comment rembourser les 8 000 € que lui a coûté son retour.

« Je relève enfin la tête »Quant aux « parcours de sortie », mesure destinée, grâce à un titre de séjour et une aide financière, à les aider à changer de vie, elles n'y croient guère. « Je ne vais pas abandonner tous mes clients du jour au lendemain pour un hypothétique titre de séjour », tranche l'une d'elles, informée des lenteurs du processus.

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Désespérée par le manque de clients, une autre, qui arpente le boulevard de Belleville depuis trois ans, se montre pourtant intéressée. En chinois, Tim Leicester lui indique la marche à suivre. Mais doute qu'elle obtienne le précieux sésame, en raison de son faible niveau de français.

Magali, elle aussi, a longtemps craint de voir sa demande refusée. Cette Congolaise de 22 ans est l'une des premières jeunes femmes à avoir bénéficié du « parcours de sortie », dans le département de l'Essonne. « Je relève enfin la tête », dit celle qui, dès 2014, s'était rapprochée du Mouvement du Nid « pour que ça s'arrête ».

Maman d'une petite fille de 5 ans, née d'un client, Magali était sous le coup d'une obligation de quitter le territoire quand elle a finalement obtenu un titre de séjour (renouvelable tous les six mois). Elle touche aujourd'hui une aide de 432 € par mois - une priorité pour trouver un logement - et enchaîne les CDD dans le ménage ou la préparation de commandes. « Ce n'est pas ma vie rêvée mais, dit-elle, je suis fière d'aller frapper aux portes pour demander du travail ».

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