Procès Le Scouarnec: la déception des victimes face à "la stratégie" de "l'amnésie" du chirurgien

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Les avocats se préparent avant le procès du chirurgien Joël Le Scouarnec accusé de viol et d'abus sexuels, le 30 novembre 2020, au palais de justice de Saintes
Les avocats se préparent avant le procès du chirurgien Joël Le Scouarnec accusé de viol et d'abus sexuels, le 30 novembre 2020, au palais de justice de Saintes
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© AFP, Philippe LOPEZ

, publié le mardi 01 décembre 2020 à 21h23

"Il dit le minimum", "ne se souvient pas" ou alors "quand ça l'arrange" : les parties civiles au 2e jour du procès de l'ex-chirurgien Joël Le Scouarnec se disent "très déçues" par l'attitude de l'accusé, qui joue "la stratégie" de "l'amnésie" selon elles dans ce premier volet d'une vaste affaire de pédophilie.

"Ce qui nous importe c'est que l'accusé puisse au moins avoir un discours de vérité, ce que je peux dire, c'est qu'il n'y a rien qui soulage les victimes à ce jour". En marge de l'audience, Jean-Christophe Boyer, avocat de l'association partie civile l'Enfant bleu résume la déception qui domine depuis lundi le banc des victimes à Saintes. 

Devant cette cour d'assises de Charente-Maritime, le chirurgien à la retraite doit répondre à huis clos de viols et agression sexuelles sur quatre mineures, entre 1989 et 2017: deux nièces, une jeune patiente et la jeune voisine qui l'a dénoncé en 2017, mettant fin à 30 ans de parcours pédophile. Jusqu'alors il était passé entre les mailles du filet. Après l'examen de sa personnalité commencé lundi, la cour a poursuivi mardi l'audition de ses proches avant celles des victimes. 

Depuis son box, "il reste extrêmement froid, fidèle à lui-même: il ne dit pas grand-chose, le minimum. Quand ça l'arrange, il se souvient et quand ça ne l'arrange pas, il ne se souvient pas", rapporte Me Delphine Driguez, avocate de ses deux nièces. 

L'accusé de bientôt 70 ans reconnaît des attouchements mais conteste les faits les plus graves de viol pour lesquels il risque 20 ans de réclusion criminelle. Le verdict est attendu jeudi.

La question d'une possible "omerta familiale" est au coeur des débats. D'après l'enquête, plusieurs proches, dont son ex-femme, qui le conteste, avaient eu connaissance de ses penchants pédophiles dès les années 90. Il n'avait jamais été dénoncé. 

En mars, quand le procès avait été interrompu par la crise sanitaire, la soeur du chirurgien, citée comme témoin, avait confié en larmes son sentiment de culpabilité à l'égard de ses filles et de "toutes les victimes". Son frère, ému, avait alors semblé vaciller: "Tu n'es pas responsable, c'est moi".

- "Carapace" -

Huit mois plus tard, ses proches ont de nouveau défilé devant lui: son ex-femme, sa soeur, ses trois fils. "Mais même face à eux, sa carapace est très solide", "on ne décèle rien", a estimé Me Laure Boutron-Marmion, avocate de l'association partie civile Face à l'inceste.

"On est très déçus par son attitude qui a changé" par rapport à la première tentative de procès en mars. "Il était plus enclin à parler, là il est plus dans une optique de jouer la carte de l'amnésie (...) c'est une stratégie bien sûr", a abondé Me Driguez.

Du côté de la défense, l'avocat de l'accusé Me Thibaut Kurzawa se défend de toute stratégie de "calcul" pour échapper à la peine maximale de 20 ans de réclusion. 

"Depuis le départ M. Le Scouarnec entend s'adresser à ses victimes et reconnaître des choses qu'il a faites. Il le dit avec ses mots: +j'ai souillé votre enfance, j'ai gâché votre adolescence et je suis le seul responsable+", a-t-il souligné.

"Il ne conteste pas avoir agressé ses nièces, avoir eu un comportement déviant sexuellement envers sa voisine", qui avait dénoncé des faits d'exhibition sexuelle puis un pénétration digitale, "en revanche il conteste une autre partie des faits", ceux de viol. "Il n'a pas souvenir d'actes de pénétration sexuelle".

La question d'une sorte de "déni" et sa conséquence, "l'oubli", est "une thèse abordée par plusieurs experts et qu'on ne peut exclure", a-t-il insisté.

Ce procès n'aborde qu'une infime partie des faits reprochés au chirurgien également soupçonné dans un deuxième volet à Lorient d'abus sexuels sur 300 victimes potentielles dans des hôpitaux, identifiées sur la base de ses écrits, retrouvés en perquisition en 2017.

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