Procès "Haurus": sept ans de prison requis contre l'ancien agent de la DGSI

Procès "Haurus": sept ans de prison requis contre l'ancien agent de la DGSI
Procès de "Haurus", un ancien agent de la DGSI qui vendait des informations issues de fichiers de police protégés

publié le jeudi 17 juin 2021 à 17h18

Fustigeant une repentance simplement "affectée" et non sincère, le ministère public a requis jeudi sept ans de prison avec mandat de dépôt contre "Haurus", l'ancien agent de la DGSI accusé d'avoir vendu des informations confidentielles sur le "darknet".

Devant le tribunal correctionnel de Nanterre, la procureure Catherine Denis s'est appuyée sur "des preuves nombreuses et accablantes" et dénoncé un "individu dénoué de sens moral et de scrupule" qui a "trahi la République" et fait preuve d'une "absence totale de remords".

"Il a définitivement changé de camp: il ne se comporte plus et ne se considère plus comme un fonctionnaire de police", a-t-elle dénoncé avant de demander pour cet homme de 35 ans, qui a déjà passé un an en détention provisoire, une interdiction d'exercer dans la fonction publique.

"Qu'on ne vienne pas nous dire qu'il est en danger s'il est en prison. S'il est en danger, c'est à cause de son plan de communication", a-t-elle argué en référence à un entretien accordé à visage découvert par "Haurus", Christophe B. de son vrai nom, à L'Obs cette semaine.

Ces réquisitions ont fait "bondir" l'avocat du fonctionnaire, Me Yassine Bouzrou, qui a déclaré que lors de sa détention provisoire, le prévenu avait "peur tous les jours pour sa sécurité" à cause de son statut d'agent dans une unité antiterroriste de la DGSI.

"Il n'y a pas une seule information concernant une enquête en cours qui a été vendue, ou même proposée" par son client, a-t-il plaidé, rappelant que "Haurus" n'avait pas pioché dans la base de données de la Direction générale de la sécurité intérieure.

"N'importe quel policier en France aurait pu avoir accès aux mêmes informations", a-t-il asséné. 

A la barre, "Haurus", qui a reconnu la quasi-totalité des faits qui lui sont reprochés, a déclaré ne plus être la même personne, un "voyou", qui a "sombré par facilité".

- "Plus jamais" -

"Je ne suis pas pourri à ce point-là. J'ai conscience du mal que j'ai fait, ça ne se reproduira plus jamais", a-t-il ajouté.

Le parquet a aussi requis cinq ans de prison, dont trois avec sursis, contre le complice présumé et compagnon de "Haurus", dénonçant son "arrogance" et son "aplomb". "Il avait parfaitement conscience de la manière dont les ressources arrivaient dans le couple", a argué la procureure Denis.

Le jeune homme, étudiant au moment des faits, est un "perdreau de l'année", à qui on tente "de faire porter un costume qui est trop grand pour lui", a plaidé son avocat, Me Dylan Slama. 

Le parquet a par ailleurs requis un et deux ans de prison ferme contre deux faussaires du "darknet" avec lesquels "Haurus" était en affaire, et quatre ans avec sursis et cinq ans d'emprisonnement ferme contre deux de ses clients.

Depuis le début de son procès mardi, "Haurus" a expliqué avoir commencé ses activités illicites sur le darknet pour "mettre du beurre dans les épinards" puisqu'il était endetté.

Il les a petit à petit diversifiées en vendant, contre une rémunération en bitcoins, des données confidentielles extraites de fichiers de police auxquels il avait accès: identités, adresses, géolocalisations téléphoniques, faux documents administratifs... Avant de se mettre à fabriquer de faux chèques.

Selon l'accusation, il aurait effectué 382 recherches illégitimes et facturait ses services entre 100 et 300 euros.

Des sommes "faibles", a souligné Me Yassine Bouzrou, qui a fait valoir que son client "aurait pu proposer d'autres informations, beaucoup plus chères".

"Haurus" est également mis en examen dans le volet marseillais de l'affaire pour "corruption passive et association de malfaiteurs en vue de commettre des crimes en bande organisée", plusieurs figures du grand banditisme marseillais ayant été assassinées après des recherches faites sur eux par l'ancien policier.

Ces règlements de compte, qui n'étaient pas jugés à Nanterre, "apparaissent en filigrane dans le dossier", a estimé la procureure, indiquant que dans cette affaire de darknet et de cryptomonnaies, "les victimes et les préjudices étaient bien réels".

Le délibéré sera rendu le 22 juillet.

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