Procès du «groupe de Tarnac» : le tribunal se rend sur les lieux du sabotage

Procès du «groupe de Tarnac» : le tribunal se rend sur les lieux du sabotage

Lignes TGV, commune de Dhuisy (Seine-et-Marne). Événement rare dans les annales judiciaires, le tribunal correctionnel de Paris se déplace ce vendredi en Seine-et-Marne sur les lieux où le sabotage aurait eu lieu.

leparisien.fr, publié le vendredi 23 mars 2018 à 08h16

Le tribunal souhaite vérifier la cohérence d'une pièce centrale de l'accusation : un procès verbal de la filature de Coupat et son ex-compagne Yildune Levy dressé par des policiers antiterroristes et du renseignement.

Événement rare dans les annales judiciaires, le tribunal correctionnel de Paris se déplace vendredi en Seine-et-Marne, sur les lieux du sabotage d'une ligne SNCF pour lequel des membres du groupe de Tarnac sont poursuivis.

Le tribunal souhaite vérifier la cohérence d'une pièce centrale de l'accusation : un procès verbal d'une filature de Julien Coupat et son ex-compagne Yildune Levy réalisée par des policiers antiterroristes et du renseignement la nuit du 7 au 8 novembre 2008, où le sabotage d'une ligne du TGV Est a été commis.

Le couple est poursuivi pour avoir commis ces dégradations en posant sur la ligne électrique un crochet qui a endommagé le pantographe d'un train qui filait vers Strasbourg.

« Le tribunal a estimé ce transport utile pour la manifestation de la vérité », avait justifié la présidente Corinne Goetzmann, en accédant à une demande de la défense qui dénonce un document truffé d'incohérences.

Le parquet ne s'y est pas opposé, estimant que ce déplacement « permettra de voir que les constatations effectuées par les policiers sont réelles ».

Tout un tribunal transporté en bus

C'est donc tout un tribunal qui va se transporter dans les champs de Seine-et-Marne : quatre juges, deux greffiers, deux procureurs accompagnés d'un parquetier chargé de communication, les deux avocats de la SNCF partie civile, les huit prévenus et leurs quatre avocats. Tous embarqueront en bus en début d'après-midi au Palais de justice pour un retour prévu avant minuit.

Sur place, ils retrouveront cinq des policiers antiterroristes (SDAT) qui ont participé à la filature.

« Il ne s'agit pas d'une reconstitution mais d'un transport du tribunal », a précisé la magistrate, soulignant que toutes les règles du procès seront appliquées, comme le respect de la publicité des débats.

Pour cette raison, cinq journalistes et dix représentants du public seront aussi du voyage.

Six arrêts prévus

Six arrêts sont prévus dans des lieux où le rapport des policiers est contesté.

Le tribunal se rendra d'abord au pied du pont de la Marne sur la commune du Trilport, où le véhicule de Coupat-Levy a été vu faire un arrêt.

Des tubes en PVC pouvant avoir servi à fixer un crochet sur la ligne SNCF et qui, selon l'accusation, auraient été achetés la veille par le couple dans un magasin de bricolage lors d'une interruption de leur surveillance, ont été repêchés dans la rivière 16 mois plus tard.

L'avocate de Yildune Levy, Me Marie Dosé, a jugé incohérente cette découverte dans une rivière qui a connu depuis le 8 novembre 2008 cinq épisodes de crues, des dragages et nettoyages.

Le parcours se terminera sur le site même du sabotage, où les policiers affirment avoir observé à 4h05 le véhicule Mercedes du couple « stationné tous feux éteint à l'entrée d'une voie de service » de la SNCF, en contrebas de l'endroit où le crochet sera découvert. Ils disent en revanche ne pas avoir vu le sabotage.

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Une version que conteste la défense, selon qui le couple était déjà rentré à cette heure-là sur Paris, comme en témoignerait un retrait d'argent effectué avec la carte bleue de Yildune Levy à 2h44, dans le quartier de Pigalle.

« Les enquêteurs étaient bien sur place, contrairement aux affirmations de la défense », a affirmé mercredi l'ex-commissaire antiterroriste Fabrice Gardon, même s'il reconnaît des « approximations » dans le PV de surveillance. Le policier a rappelé que le couple n'a jamais contesté sa présence sur les lieux jusqu'à 4 heures, avant la découverte du relevé de carte bleue. « Notre conviction, c'est que c'est quelqu'un d'autre qui a effectué ce retrait », a-t-il dit.

« Ce sera forcément utile pour le tribunal de voir in situ l'incohérence de ce qu'affirment certains enquêteurs. Notamment quand ils disent avoir vu la voiture de Coupat en bas des voies, mais affirment qu'il était impossible de voir avec un intensificateur de lumière une personne marcher sur les voies avec une lampe frontale vissée sur la tête », explique Jean-Christophe Tymoczko, avocat de Yildune Levy.

« Si ce déplacement est fait dans des conditions normales, le tribunal se rendra compte que la police n'a cessé de mentir », estime Jérémie Assous, avocat de Coupat, qui espère autre chose que la reconstitution de 2011 où chacun était reparti avec ses affirmations.

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