Procès du Cuba Libre à Rouen: les survivants racontent l'horreur

Procès du Cuba Libre à Rouen: les survivants racontent l'horreur
Deux jeunes femmes se réconfortent devant le bar "Au Cuba Libre", le 6 août 2017 à Rouen, un an après l'incendie qui a fait 14 morts

AFP, publié le mercredi 11 septembre 2019 à 21h12

Les trois jeunes survivants de l'incendie du bar rouennais Cuba Libre, où 14 personnes ont péri en 2016, ont témoigné mercredi devant le tribunal correctionnel de Rouen, racontant l'horreur et les cauchemars qui les poursuivent depuis lors. 

"J'ai aperçu le feu dans la cage d'escalier. Il était trop tard pour l'éteindre. Plusieurs personnes dont moi se sont précipitées vers la porte de l'issue de secours pour l'ouvrir mais ça n'a pas ouvert", a expliqué Gauthier, 20 ans au moment des faits. "Plusieurs fois", a-t-il dit, "il y avait des anniversaires dans la cave du Cuba Libre".

Le tribunal juge Nacer et Amirouche Boutrif, deux frères de 48 et 40 ans, pour "avoir involontairement causé la mort" de 14 personnes, mortes asphyxiées, et involontairement blessé cinq autres grièvement, dans l'incendie de leur établissement dans la nuit du 5 au 6 août 2016.

Les victimes fêtaient les 20 ans d'Ophélie dans le sous-sol de 24,4 m2 de ce bar aménagé sans autorisation en boîte de nuit et dont la porte de secours était fermée, lorsque deux bougies du gâteau d'anniversaire, des fontaines à étincelles, ont enflammé le plafond de l'escalier.

"J'ai essayé d'éteindre le feu avec ma chemise (...) mais c'était impossible, déjà, la moitié de l'escalier était en feu. Tout le monde courait à l'intérieur, en bas, c'était la panique", a poursuivi le jeune homme. 

"Aujourd'hui encore c'est difficile de parler. On fait avec. J'en rêve la nuit. J'ai encore des séquelles, des cicatrices", a détaillé Gauthier dont la cousine, qu'il a en vain tenté de faire sortir avec lui, est décédée. "J'ai complètement perdu mon insouciance".

Arrivé vers 23H30, Yannis, encore 18 ans ce jour-là, voit une demi-heure plus tard les bougies d'anniversaire enflammer la mousse "en moins de 30 secondes". "Tout a pris feu, d'énormes flammes. Je suis resté tétanisé (...) J'ai vu la première personne passer (Gauthier, ndlr). +si lui le fait je peux le faire+. Mes jambes ont bougé toutes seules je suis remonté, avec l'instinct de survie".

Brûlé au 2è degré, le jeune homme parle de ses cauchemars mais affirme qu'aujourd'hui, il n'a "pas de séquelles physiques". "Si la porte de secours avait été ouverte je pense que personne ne serait mort", dit-il.

"Tu as cru mourir?", lui demande un des avocats. Réponse: "Bien sûr. Les pompiers m'ont dit +t'es un miraculé+". Il finit en pleurs, comme plusieurs parties civiles. 

Bilal, juste 20 ans lors du drame, explique: "J'ai senti la mort et j'ai foncé. j'ai suivi le mouvement en voyant Yannis et Gauthier passer dans l'escalier". 

"Je me souviens que lorsque je posais les mains par terre, cela faisait comme le bruit d'un steak sur une poêle", ajoute-t-il.

La matinée avait été consacrée aux experts.

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