Procès "Air cocaïne": les femmes des pilotes racontent la chute et l'incompréhension

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Les anciens pilotes Bruno Odos (d) et Pascal Fauret arrivent au tribunal d'Aix-en-Provence pour leur procès dans l'affaire "Air cocaïne", le 7 juin 2021
Les anciens pilotes Bruno Odos (d) et Pascal Fauret arrivent au tribunal d'Aix-en-Provence pour leur procès dans l'affaire "Air cocaïne", le 7 juin 2021
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© AFP, Nicolas TUCAT

publié le mercredi 09 juin 2021 à 17h09

"On ne comprend toujours pas ce qu'on nous reproche": les femmes des deux pilotes jugés en appel dans le dossier "Air cocaïne" ont exposé leur désarroi devant la cour, racontant leur chute depuis le début de l'affaire en 2013.

"On avait une vie classique avec des enfants qui allaient bien. En 2013, ça a basculé, avec des dommages très importants pour la famille", commence Sabine Fauret, s'étranglant dans un sanglot devant la cour d'assises d'appel des Bouche-du-Rhône où sont rejugés six hommes soupçonnés de trafic de drogue transatlantique en bande organisée. Les deux pilotes, qui comparaissent libres, avaient été condamnés à 6 ans de prison en première instance en 2019.

"Prenez votre respiration, prenez votre temps", l'invite la présidente.

La femme de Pascal Fauret poursuit alors la description de son parcours depuis cette nuit de mars 2013 où son mari et Bruno Odos ont été arrêtés sur le tarmac de Punta Cana, en République dominicaine, alors qu'ils s'apprêtaient à prendre les manettes d'un Falcon chargé de 26 valises pleines de cocaïne.

Femme au foyer privée brutalement de revenus, elle se met à faire des ménages, elle en est "fière", avant de devenir employée de mairie. Un de ses fils s'est lancé corps et âme dans des études de médecine mais l'autre "va très mal". 

Son mari a eu du mal à se reconvertir: ambulancier, puis gardien de propriété, payé au Smic, auquel s'ajoute sa retraite de militaire. "Un effondrement narcissique" pour cet ancien pilote de chasse contraint de faire le deuil de son rêve d'enfant, commentait mardi une experte psychologue.

Nathalie Odos raconte, elle, la vie simple qu'elle mène avec son mari dans un village du Vercors, où il est employé pour entretenir les pistes de ski.

- "Piégé" -

Depuis l'éclatement de l'affaire, ils se sont séparés avant de se retrouver, lui a tenté de mettre fin à ses jours après sa condamnation en première instance et une nouvelle période de détention. Mais de tout ça, elle ne parle pas, ponctuant ses déclarations de rires nerveux, se contentant d'un: "Ca fait huit ans qu'on est là dessus (...) On ne comprend toujours pas ce qu'on nous reproche".

Toutes deux craignent de perdre leurs maisons si l'amende collective de trois millions d'euros était confirmée en appel. 

La présidente interroge ensuite Mme Fauret sur les quelque 6.000 euros en liquide saisis dans leur maison de la métropole de Lyon. Les pilotes ont souvent du liquide pour les trajets vers des pays où il n'y a pas de carte bancaire, justifie-t-elle, évoquant aussi des équipements vendus après un déménagement.

Avait-elle connaissance de pourboires versés aux pilotes? l'interroge l'avocat général. Non, répond-elle, à part peut-être une écharpe d'un club de rugby donnée une fois.

Les débats s'orientent ensuite vers la question fondamentale du dossier: savaient-ils qu'ils transportaient de la cocaïne? N'y a-t-il pas eu un certain nombre d'indices qui auraient dû leur mettre la puce à l'oreille?

"Est-ce qu'il a pu faire état d'un doute sur la nature du chargement?", demande à Sabine Fauret l'un des avocats de son mari, Antoine Vey.

"C'est surtout le conditionnement qui semblait inapproprié", se souvient Sabine Fauret, rappelant que son mari avait tiqué sur des valises lourdes et boueuses lors d'un précédent trajet suspect, avant son arrestation. Il lui avait aussi parlé d'un passager qui "n'avait pas le profil type de l'aviation d'affaires" ou d'un contrôle cynophile inopiné à l'aéroport du Bourget. 

"Ca m'a fait tilt" après, assure Mme Fauret, expliquant qu'elle et son mari n'ont songé qu'a posteriori à mettre bout à bout tous ces éléments. 

Les pilotes "ne s'occupent pas de certaines choses" comme du contrôle du contenu des valises, complète Nathalie Odos.

"Si mon mari avait eu le doute, il n'aurait pas fait le vol. Je pense qu'il a été piégé", conclut Sabine Fauret.

Le procès en appel doit durer jusqu'au 9 juillet. Les six accusés encourent 30 ans de réclusion criminelle.

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