Prisons : les Français jugent le système carcéral défaillant

Prisons : les Français jugent le système carcéral défaillant
62 % des Français estiment que la prison remplit « mal » ses objectifs.
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leparisien.fr, publié le mercredi 20 juin 2018 à 21h31

Une enquête d'opinion montre que la population est très critique sur le fonctionnement de nos prisons. Les sondés sont partisans d'une stricte application des peines mais aussi favorables à des solutions alternatives à la prison.

Objet de tous les fantasmes, la prison - « une humiliation pour la République » dixit une commission d'enquête sénatoriale datant déjà de l'an 2000 - apparaît encore aujourd'hui aux yeux des Français comme une institution défaillante. C'est l'un des principaux enseignements du sondage* commandé par le barreau de Paris à l'institut Harris Interactive à l'occasion du colloque qu'il organise ce jeudi intitulé « La prison du 21e siècle : pourquoi, pour qui, comment ? ».

Car si les sondés assignent de multiples objectifs exigeants au système pénitentiaire (par ordre de priorité exprimée « éviter la radicalisation religieuse des détenus pendant leur séjour en prison », « éviter que des individus dangereux pour la société soient en liberté » et « éviter la récidive des détenus lorsqu'ils sortent de prison »), ils sont extrêmement critiques quant à la capacité de l'administration de les remplir.

« Au total, 62 % des Français estiment que tous ces objectifs sont aujourd'hui mal remplis », synthétise l'étude. L'opinion est particulièrement sceptique quant à la lutte contre la radicalisation (7 % seulement des Français parlent d'un objectif bien rempli) et celle contre la récidive (9 %). C'est donc globalement un « constat d'échec » que dressent les Français, estime l'institut Harris.

Pour un Français sur deux, les conditions d'incarcération «ne sont pas suffisantes»

Malgré tout, les citoyens n'ignorent pas les difficultés de l'univers carcéral. « Surpopulation » est ainsi le premier mot qui leur vient spontanément à l'esprit à l'évocation de la prison. Surtout, plus de 80 % des sondés estiment que les détenus subissent fréquemment des violences verbales, physiques ou sexuelles ce qui démontre une certaine connaissance de la réalité de la vie derrière les barreaux.

Pour autant, et c'est un paradoxe, seuls 50 % d'entre eux estiment que les conditions d'incarcération ne sont pas satisfaisantes. 34 % des Français pensent que la situation des détenus s'est améliorée ces dernières années, 37 % pensent le contraire. Le clivage est patent.

D'une manière générale, le sondage révèle une réelle inquiétude quant à l'utilisation des deniers publics. Ainsi, 78 % des personnes interrogées considèrent que le coût du système pour les contribuables n'est pas satisfaisant. Ils sont, en outre, 62 % à penser que la situation s'est aggravée sur ce point précis.

Au-delà de l'aspect budgétaire, les Français se montrent très préoccupés du sort des surveillants. 14 % seulement d'entre eux pensent que leurs conditions de travail sont satisfaisantes. Pire, à 78 % ils pensent que ces conditions se sont dégradées ces dernières années.

Des Français favorables aux prisons... ouvertes

Interrogés sur les sanctions prononcées, les Français font montre de sévérité. Majoritairement, ils affirment que les peines de prison ferme ne sont pas assez fréquentes, pour les délits (59 %) et encore moins pour les crimes (73 %).

Mais, et c'est sans doute le paradoxe le plus intéressant de cette étude, ils se montrent très ouverts aux peines alternatives à l'incarcération. À 63 % ils se disent favorables à la transformation des peines de moins de 5 ans en travaux d'intérêt général (TIG) pour les délinquants les plus jeunes.

Ils sont également majoritairement favorables (57 %) à l'exécution des peines de moins de 5 ans dans des prisons ouvertes, c'est-à-dire des prisons sans barreaux dans lesquels les détenus peuvent circuler librement dans la journée de manière à les responsabiliser davantage.

*Enquête Harris Interactive pour le barreau de Paris réalisée en ligne du 18 au 19 juin 2018 selon la méthode des quotas. Échantillon de 1 171 personnes représentatif des Français âgés de 18 ans et plus.

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