Policiers brûlés à Viry-Chatillon en 2016: le procès s'ouvre mardi

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Le véhicule de police incendié à Viry-Chatillon (Essonne), le 8 octobre 2016
Le véhicule de police incendié à Viry-Chatillon (Essonne), le 8 octobre 2016
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© AFP, Thomas SAMSON

, publié le lundi 14 octobre 2019 à 17h42

Un "acte de guerre" d'une "sauvagerie inouïe" pour les policiers, l'inconscience de "petits cons" pour la défense : le procès des jeunes accusés d'avoir brûlé des policiers au cocktail Molotov à Viry-Chatillon s'ouvre mardi, trois ans après cette attaque qui avait déclenché un mouvement de colère inédit dans la police.

Samedi 8 octobre 2016, début d'après-midi. En face de la cité sensible de la Grande Borne, à cheval entre Viry-Châtillon et Grigny en Essonne, deux voitures de police montent la garde. Les précédents week-ends, des jeunes ont tenté de détruire la caméra de surveillance installée pour prévenir les vols à la portière, récurrents à ce feu rouge de la départementale qui longe La Grande Borne.

Visage masqué, une vingtaine de jeunes déboulent, pierres à la main et cocktails Molotov déjà allumés, prenant par surprise les fonctionnaires.

Ils entourent les voitures, brisent les vitres à coups de pierre, jettent des cocktails Molotov à l'intérieur. Dans le premier véhicule, les deux sièges avant s'enflamment, et Vincent R., 28 ans, et Jenny D., 39 ans, prennent feu. 

Jenny D. parvient à sortir, le haut du corps en flammes, en continuant de recevoir des pierres. "J'ai des enfants, aidez-moi", entendra l'un des agresseurs présumés, qui confiera à une amie que ça lui a fait "un pincement au coeur".

Vincent R. met plus de temps à sortir - il n'arrive pas à ouvrir la portière, mais ne saura dire si c'est parce que quelqu'un la bloquait. Une fois dehors, il se roule par terre pour éteindre les flammes. Il reçoit une pierre dans le dos, sent une "vive chaleur" au niveau du visage - un autre cocktail Molotov selon lui. 

Dans la deuxième voiture, un cocktail Molotov est tombé sur la banquette arrière. Sébastien P., 38 ans, voit sa collègue Virginie G., 28 ans, se "prendre des pains", mais ils parviennent à quitter la voiture sans être brûlés. Jenny D. arrive en hurlant, le visage en sang. Sébastien P. se précipite pour aider Vincent R., se brûle les mains en l'aidant à retirer son polo.

Les agresseurs sont repartis vers la Grande Borne.

L'attaque, qui n'aura duré qu'une trentaine de secondes, aura un immense retentissement et déclenchera une fronde inédite et spontanée de policiers "en colère", qui, bravant leur devoir de réserve, défilent pendant des semaines pour exprimer leur "malaise" face à la "haine anti-flics".

- "Loi du silence" -

Sur les 19 silhouettes visibles sur une caméra de surveillance de mauvaise qualité, seuls 13 jeunes, 16 à 21 ans à l'époque, sont renvoyés devant la cour d'assises des mineurs de l'Essonne, pour tentative de meurtre.

Le procès devrait se dérouler à huis-clos.

Membres du groupe de "la S.", du nom d'une rue de leur quartier, les accusés sont des amis d'enfance. Certains reconnaissent parfois une présence a minima, la plupart contestent les faits d'un dossier "extrêmement fragile", selon Me Arnaud Simonard. Ce ne sont que des "témoignages anonymes, des rumeurs et des revirements", assure un autre avocat des accusés.

Sur les 1.000 personnes à qui les enquêteurs ont rendu visite, personne n'a parlé, notamment par peur des représailles estiment les enquêteurs qui évoquent une "loi du silence". 

Si pour la police la "volonté de tuer" ne fait pas de doute dans cet acte d'une "brutalité, d'une sauvagerie inouïe" selon Me Thibault de Montbrial, qui défend l'une des policières, les conseils des accusés sont "convaincus" du contraire : "Ce sont des petits cons qui veulent en découdre, qui veulent dire +cassez-vous de notre cité+", estime l'un d'eux. "Ils ne réalisent pas la gravité de leur geste".

Ils encourent la perpétuité pour cet "acte de guerre", comme l'a qualifié le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

Pour les policiers présents au procès, "ça va être une épreuve compliquée de se replonger dans le traumatisme", dit Laurent-Franck Liénard, avocat de deux d'entre eux.

"Le malheur et les séquelles incontestables ne doivent pas empêcher l'administration de la preuve", insiste l'un des avocats de la défense, Me Alexandre Simonin.  

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