Paris : l'incompréhensible geste du preneur d'otages

Paris : l'incompréhensible geste du preneur d'otages
Paris, rue des petites écuries (Xe). Le preneur d'otages (de dos, au centre) a finalement été arrêté.

leparisien.fr, publié le mardi 12 juin 2018 à 22h43

Youssef O., Marocain de 26 ans a créé la panique ce mardi à Paris en retenant en otage deux personnes, armé d'un couteau et d'un fusil factice. Il a été interpellé mais ses motivations restent floues.

Youssef O. aura tenu en haleine les forces de l'ordre pendant plus de quatre heures. Et terrorisé les occupants du 45, rue des Petites écuries, dans le Xe arrondissement de Paris. Ce mardi, peu avant 20 heures, le preneur d'otage de 26 ans a finalement été mis hors d'état de nuire par les policiers d'élite de la brigade de recherche et d'intervention (BRI). Il a été interpellé vivant, et les deux personnes qu'il retenait ont été libérées saines et sauves. L'une avait été ligotée et aspergée d'essence, l'autre menacée par un couteau. Le jeune Marocain, aux revendications confuses, a été placé en garde à vue au 2e district de la police judiciaire parisienne dans la soirée. La piste terroriste, d'abord redoutée, a vite été exclue.

La prise d'otage débute vers 15h30, lorsque le forcené, se présentant comme un livreur de repas, fait irruption dans l'immeuble situé dans une rue abritant des agences de communication et des start-up. C'est d'ailleurs au numéro 45 qu'est domicilié « Mixicom », un réseau qui promeut les YouTubeurs français célèbres tels que Norman ou Cyprien. L'arrivée de l'homme ne provoque d'abord aucun bruit. « On ne s'est rendu compte de rien avant de voir les alertes sur Twitter, raconte Taburet, 41 ans, directeur artistique d'une entreprise voisine. Lorsqu'on est allé sur le balcon pour regarder ce qu'il se passait, les forces de l'ordre longeaient l'angle du Faubourg Poissonnière et des tireurs prenaient position aux fenêtres du bâtiment opposé à la prise d'otage. « On nous a demandé de nous éloigner des fenêtres », complète Frédéric, attaché de presse de 40 ans, confiné durant près de deux heures.

En arrivant dans la cour de l'immeuble, Youssef O. croise le chemin d'un homme et lui assène un coup au niveau de l'arcade sourcilière. Ce dernier parvient à prendre la fuite, se réfugie dans un bar voisin et donne l'alerte. Son épouse - enceinte - s'enfuit également avant d'être évacuée par les pompiers. Le suspect est armé d'un couteau et d'un fusil HKG36 dont les enquêteurs découvriront plus tard... qu'il est en plastique. Il séquestre un résident de l'immeuble, qu'il menotte à une chaise et l'asperge d'essence. Puis retient une femme dans une pièce au fond de la cour avec sa lame. Le hall est aussi imbibé de carburant.

Les policiers de la BRI, appuyés par la Direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne (DSPAP), bouclent le quartier sur un rayon de 100 mètres. Le négociateur établit le contact avec Youssef O. mais il est décontenancé par ses demandes. Celui-ci clame dans un premier temps qu'il est aidé d'un complice à l'extérieur et qu'il est armé d'une bombe. Il demande ensuite à téléphoner à l'ambassadeur d'Iran avant d'exiger l'arrivée illico presto du diplomate. Plus confus encore, il évoque la situation en Syrie et des faits divers. « Ses demandes étaient complètement incohérentes et décousues, confie une source proche de l'affaire. Il a parlé de l'affaire Maëlys, de l'affaire Théo... »

Les forces d'intervention hésitent à lancer l'assaut : ils craignent que le preneur d'otage mette le feu à l'immeuble. La situation s'enlise jusqu'en début de soirée. Là, un robot lanceur d'eau des pompiers, suivi par deux colonnes de la BRI, pénètre dans l'immeuble. Deux portes sont explosées - provoquant deux « Boum » retentissants dans le quartier. Le sol est « nettoyé ». Les policiers libèrent le premier otage et découvrent Youssef O. tenant son couteau niveau de la gorge de la femme captive. Ils ont la conviction qu'il aurait pu passer à l'acte. C'est pourtant sans faire usage de leurs armes qu'ils parviennent à l'interpeller. Les deux otages sont hospitalisés sans que leur état n'inspire d'inquiétude.

L'assaillant est identifié : Youssef O., né à Berkhane (Maroc). Il n'est pas fiché S ni inscrit au FSPRT. De même, il n'est pas connu de l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris. Son casier judiciaire ne comporte qu'une mention pour dégradation de biens. Pourquoi ce « déséquilibré » a-t-il ciblé cet immeuble ? L'enquête, ouverte pour enlèvement et séquestration, violence avec arme et tentative d'homicide volontaire, ne fait que débuter.

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