Noyade de Saint-Cyr en 2012: le responsable de la promotion assume

Noyade de Saint-Cyr en 2012: le responsable de la promotion assume
Les prévenus du procès pour homicide involontaire d'un élève-officier de Saint-Cyr en 2012 font face au frère de la victime (au premier plan), le 23 novembre 2020 à Rennes

, publié le mardi 24 novembre 2020 à 19h43

"Un homme est décédé car j'ai manqué de force morale", a assumé mardi devant le tribunal correctionnel de Rennes le responsable des 2e années de l'école de Saint-Cyr (Morbihan), qui ont organisé un exercice de transmission des traditions fatal à un élève-officier en 2012.

Avant de répondre au président du tribunal, le capitaine Marc Assier de Pompignan, 31 ans, en costume cravate, s'adresse aux parties civiles. "Je voudrais présenter mes condoléances en mon nom propre et au nom de la promotion de Castelnau", dit le prévenu, qui était "père système", responsable élu de la promotion, en 2012. 

A l'évocation des faits et de cet exercice de transmission des traditions qui s'est finalement apparenté "à une nage commando", comme l'a souligné le président (eau à 9°C, en treillis, de nuit), Marc Assier de Pompignan regarde ses juges droit dans les yeux. Replongeant dans ses souvenirs d'octobre 2012, après avoir assisté à un premier passage qui s'était "extrêmement mal passé", il ne donne pas son veto au départ de la deuxième vague, mortelle pour le sous-lieutenant Jallal Hami. 

"J'aurais dû imposer d'interdire l'activité pour qu'elle ne soit pas reconduite", reconnaît cet homme issu d'une famille de militaires, marié et père de trois enfants, qui a été en opération au Mali et en République centrafricaine. "Je n'ai pas eu la force morale de le faire", ajoute-t-il, ému aux larmes, disant sa volonté d'assumer "moralement et pénalement" sa responsabilité, assurant chercher une "forme de rédemption" dans ce procès, plus de huit ans après les faits.

"Vous assumez vos responsabilités: je vois votre souffrance quand vous déposez devant le tribunal", relève le procureur Philippe Astruc, alors que le tribunal tente de comprendre la chaîne des responsabilités qui a abouti à cette issue fatale.

L'ambiance est ensuite montée d'un cran quand un témoin, le général d'armée Bruno Dary, président d'une association de Saint-Cyrien, 67 ans, a déclaré que Jallal Hami "ne savait pas nager" et aurait eu 3/20 à l'épreuve de natation d'admission. Une affirmation, absente du dossier, qui fait fulminer Rachid Hami, frère du défunt. "Il est obscène ce monsieur! Il était apte!", a-t-il lancé avant de crier "honte à l'armée" en quittant la salle.

- "Ça aurait pu être moi" -

Dans la matinée, les avocats de la partie civile avaient lu plusieurs récits poignants de participants à cette séance de "bahutage", qui laissent penser que le bilan humain aurait pu être encore pire. 

"C'était la panique autour de moi (...). On s'est agrippé à moi et je me suis agrippé à quelqu'un, je me suis appuyé sur le fond pour remonter. J'ai coulé une deuxième fois. Je pensais que c'était fini pour moi", relate un "bazar", élève de première année participant à ce "bahutage" organisé par des deuxièmes années de la prestigieuse école militaire.

"J'ai appris la mort de Hami, ça aurait pu être moi", a témoigné un autre lors de l'instruction.

A la barre, Hugues Delvolve, 30 ans, qui était "colonel des gardes", à savoir un des plus hauts responsables du "bahutage" dans le jargon de Saint-Cyr, encaisse. "La situation a malheureusement complètement dérapé et a échappé à tout contrôle. L'objectif n'a jamais été de créer une situation virant au drame", se défend le prévenu qui a démissionné de l'armée.

"Ce qui pose problème, c'est cette confiance à des jeunes élèves-officiers" pour réaliser un exercice de cette ampleur, note Me Jean-Guillaume Le Mintier, avocat de la famille Hami.

En fin d'après-midi, le général Francis Chanson, 60 ans, un des commandants de l'école en 2012, poursuivi pour homicide involontaire comme tous les prévenus, a insisté sur l'autonomie laissée aux élèves pour la mise en œuvre du bahutage. "Je n'ai pas demandé précisément ce qui se ferait dans cet étang", a reconnu l'ancien responsable de la formation. "Mais le patron, c'est quand même vous!", lui rétorque Me Camille Radot, conseil des parties civiles.

Le procès des sept militaires doit s'achever vendredi. 

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