Naufrage de l'Estonia: Suède et Estonie commencent l'inspection de l'épave

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La porte de proue du ferry Estonia est hissée hors de l'eau, le 19 novembre 1994 au large de l'île d'Uto (Finlande), près de deux mois après le naufrage
La porte de proue du ferry Estonia est hissée hors de l'eau, le 19 novembre 1994 au large de l'île d'Uto (Finlande), près de deux mois après le naufrage
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© AFP

publié le vendredi 09 juillet 2021 à 19h17

La Suède et l'Estonie ont démarré vendredi de nouvelles inspections sur l'épave de l'Estonia dans la mer Baltique, dans le sillage de révélations mettant en doute l'enquête officielle, 27 ans après un des pires naufrages du XXe siècle.

Pour des raisons qui font débat, l'Estonia, un ferry de 155 mètres de long, avait sombré en moins d'une heure dans la nuit du 27 au 28 septembre 1994 entre Tallinn et Stockholm, avec 989 personnes à bord. Essentiellement Suédois et Estoniens, 852 passagers et membres d'équipage avaient péri. 

"L'enquête a commencé", a indiqué vendredi à l'AFP le président des enquêtes au Bureau d'enquêtes et d'analyses suédois (SHK), Jonas Bäckstrand. 

La veille, le brise-glace estonien Eva 316 et le navire de recherche suédois Electra avaient quitté leurs ports respectifs et convergé près du site de l'épave, qui se trouve dans les eaux internationales.

Avant le début des plongées et en signe de respect pour les victimes de l'accident, une cérémonie religieuse rassemblant des évêques des Eglises de Suède, d'Estonie, de Lituanie et de Finlande a eu lieu à bord d'un navire de garde-côtes estonien, selon l'agence de presse suédoise TT.

"Utiliser les instruments technologiques d'aujourd'hui (...) pour enquêter sur l'épave du MS Estonia est une tentative de combler les lacunes" autour des raisons du naufrage, a déclaré Urmas Viilma, archevêque de l'Eglise luthérienne d'Estonie, s'appuyant sur une déclaration préparée par l'évêque Tiit Salumae durant la cérémonie.

Cette pré-enquête vise notamment à examiner la position du bâteau et les conditions du fond marin.

"L'Electra était déjà là hier et je crois que (l'équipage) a déjà réalisé des exercices de calibrage et de sécurité afin de gagner quelques heures", a précisé à l'AFP Jörgen Zachau, responsable de l'enquête à SHK. 

Depuis 1995, un "cimetière marin", sanctuarisé par un accord entre la Suède, l'Estonie et la Finlande, interdit toute plongée sur l'épave qui gît par 85 mètres de fond et où reposent les corps des victimes. 

- Trou dans la coque -       

Une commission d'enquête internationale avait conclu en 1997 à une défaillance du système de verrouillage de la porte de proue du ferry, ce qui avait permis à l'eau de s'engouffrer sur le pont réservé aux voitures.

Mais un documentaire diffusé en septembre 2020 avait mis en doute la version officielle: des images filmées par un sous-marin télécommandé en dépit de l'interdiction d'approcher l'épave avaient dévoilé un trou de quatre mètres dans la coque, jusque-là inconnu.   

Selon des experts cités dans le documentaire de septembre, seule une force massive venue de l'extérieur aurait pu provoquer la brèche de quatre mètres.

Fin 2020, la Suède s'était dite prête à lever l'interdiction des plongées et autoriser de nouvelles inspections. Et en octobre dernier, le Premier ministre estonien, Juri Ratas, avait appelé à ouvrir "dès que possible" une nouvelle enquête sur le naufrage.   

Une enquête plus importante sera menée ultérieurement, spécifie le SHK, avec un bouclage probable prévu au printemps 2022.  

De quoi répondre aux attentes des survivants, qui réclament depuis un quart de siècle une nouvelle enquête plus approfondie? 

"Je pense que c'est formidable que ces plongées soient effectuées", a réagi auprès de l'AFP Sara Hedrenius, une rescapée du naufrage.

Elle a toutefois exprimé quelques réserves sur le fait que les mêmes pays à l'origine de l'enquête initiale étaient maintenant chargés de diriger ces nouvelles inspections. "Nous souhaitons un contrôle international indépendant piloté par le Bureau d'enquête et d'analyses d'un autre Etat".  

Rolf Sorman, un autre survivant, a été invité à bord en tant qu'observateur. "Cela fait du bien d'être présent. Le personnel de la nouvelle enquête a agi très différemment, de manière positive, mais avec 27 ans de retard", a-t-il jugé auprès de TT. 

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