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Mort du bébé d'un couple salafiste: 20 et 12 ans requis, la défense divisée

Mort du bébé d'un couple salafiste: 20 et 12 ans requis, la défense divisée
Mort du bébé d'un couple salafiste: 20 et 12 ans requis

, publié le mercredi 13 novembre 2019 à 19h29

Au septième jour du procès du couple salafiste accusé d'avoir causé la mort de leur petite fille de quinze mois en mars 2017, 20 ans de prison ont été requis mercredi contre le père et 12 contre la mère.

Accusation et défense ont ferraillé toute la journée devant la cour d'assises de l'Isère, avant le verdict attendu jeudi.

"Vous l'aimez votre enfant, ce n'est pas contesté. Mais votre enfant est devenu un objet entre vos mains", a d'abord lancé l'avocate générale Gisèle Auguste en fin de matinée, à l'adresse des deux accusés.

Le couple est poursuivi pour violences volontaires ayant entraîné la mort de leur bébé sans intention de la donner, violences volontaires et habituelles et privation de soins.

Considérant que la privation de soins était constituée pour les deux parents, ainsi que les faits de violences "à des degrés divers", la magistrate a requis 20 ans de réclusion criminelle contre le père, Sami Bernoui, et 12 ans contre Noémie Villard, la mère de la petite Hafsa.

"Les deux parents ont contribué à l'état de cette enfant jusqu'à son décès", le 1er mars 2017, dans leur appartement grenoblois sans eau, ni électricité, et devenu insalubre dans les derniers temps. La mort de la petite fille avait été causée par une péritonite et un syndrome du bébé secoué.

Fustigeant "l'immaturité totale, l'irresponsabilité globale et complète" des deux accusés, elle avait considéré que Sami Bernoui, 26 ans, et Noémie Villard, 22 ans, avaient "parfaitement conscience" de la violence commise et de la dégradation de la santé de leur bébé. "Et vous ne faites rien".

La représentante du ministère public a reconnu aussi que la justice aurait pu mieux agir: un signalement au procureur dès janvier 2016 aurait dû être suivi par l'ouverture d'une information judiciaire. Malgré huit fractures costales décelées par le CHU de Grenoble quand la petite fille avait été hospitalisée à l'âge de deux mois, un classement sans suite avait été décidé.

-  "pas le procès de l'islam" -

L'avocate de la mère a pointé que les services sociaux s'étaient arrêtés aux dénégations de Sami Bernoui. "Et Noémie Villard ne devrait pas s'arrêter au +non+ de M. Bernoui, elle devrait le dépasser?", a plaidé Me Roksana Naserzadeh.

"Noémie Villard a été élevée pour exécuter, pas pour décider. Depuis qu'elle est petite, elle fait ce qu'on attend d'elle". L'avocate a décrit une femme mal à l'aise dans le rôle d'arbitre qu'elle a considéré avoir auprès de son entourage, face notamment au conflit continu entre ses deux familles, l'une étant de confession musulmane, l'autre catholique.

C'est cette "phobie sociale", existante avant même sa conversion, qui l'a par la suite, via trois jeunes filles rencontrées à l'université, poussée vers le salafisme. Alors qu'elle "ne s'aime pas", qu'elle "se trouve fade", le salafisme lui a paradoxalement permis "de renoncer à sa singularité et de se confondre avec tout le monde".

"On ne sait pas comment toutes ces côtes ont été cassées": du côté de la défense de Sami Bernoui, Me Grégoire de Petiville a contesté le caractère volontaire des blessures causées à Hafsa Bernoui avant son placement en pouponnière en janvier 2016. "Le mécanisme de violence n'a pas été expliqué" lors de l'audience, a-t-il estimé.

Tout comme pour les causes de la péritonite fatale: Sami Bernoui a reconnu mardi être tombé sur l'abdomen de sa fille, mais c'était selon lui "involontaire". 

L'accusé "a reconnu des violences à l'égard de sa fille, des claques, des coups de pieds, et c'est déjà terrible", a plaidé Me Ronald Gallo. "Oui, vous avez de quoi condamner M. Bernoui", mais "il y a une interrogation sur cette qualification" de violences volontaires.

Le procès avait fait apparaître la radicalisation salafiste comme une sorte de troisième accusé. "Ce n'était pas du tout le procès de l'islam et des musulmans, c'est même le contraire", a tenu à souligner Me Max Joly, l'avocat des parents de la mère, parties civiles.

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