Mort d'Adama Traoré : bientôt une reconstitution à la gendarmerie

Mort d'Adama Traoré : bientôt une reconstitution à la gendarmerie
Adama Traoré est mort le 19 juillet 2016 après son interpellation musclée par des gendarmes à Beaumont-sur-Oise.

leparisien.fr, publié le mardi 08 mai 2018 à 18h59

Cet acte d'instruction, demandé par l'avocat du jeune homme mort après son interpellation par des gendarmes en 2016 dans le Val-d'Oise, a été accepté par la juge.

Près de deux ans après, les circonstances de la mort d'Adama Traoré demeurent encore floues. Le jeune homme a succombé le 19 juillet 2016 à l'issue de son interpellation musclée par les gendarmes à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise). Afin de faire la lumière sur ce dossier éminemment sensible, la justice envisage d'organiser une reconstitution dans la cour de la gendarmerie de Persan où Adama Traoré, qui fêtait ce jour-là son 24e anniversaire, est décédé.

La juge d'instruction parisienne en charge de cette enquête ouverte pour « recherche des causes de la mort », « violences par personne dépositaire de l'autorité publique ayant entraîné la mort sans intention de la donner » et « non assistance à personne en péril » a répondu favorablement le 18 avril à la demande d'acte formulée un mois plus tôt par Me Yassine Bouzrou, l'avocat de la famille du défunt.

La magistrate s'engage à organiser cette reconstitution après le retour de l'expertise médicale de synthèse qu'elle a ordonnée début janvier et confiée à quatre médecins. Une nouvelle expertise dont les conclusions sont attendues très prochainement. À ce jour, la mort du jeune homme par asphyxie est confirmée, mais son origine - fragilité cardiaque antérieure ou compression thoracique lors de l'intervention des gendarmes, ou les deux - reste toujours à déterminer.

À l'origine, un malaise sur la route vers le brigade

Le 19 juillet 2016, trois gendarmes procèdent à l'interpellation d'Adama Traoré qui s'est réfugié dans un appartement de Beaumont-sur-Oise après avoir été poursuivi par les forces de l'ordre venus interpeller son frère, Bagui, un petit caïd de la cité. Les gendarmes doivent employer la force devant la résistance du fuyard : le jeune homme est plaqué au sol. « Il a pris le poids de notre corps à tous les trois », décrit un des hommes qui procède à l'arrestation à 17h30. Les trois fonctionnaires assurent n'avoir porté aucun coup, ce que confirment les expertises.

Mais, très vite, les premiers signes de malaise apparaissent sur le trajet vers la brigade de gendarmerie de Persan. À l'arrivée devant la caserne, le jeune homme est inconscient. Les gendarmes constatent même qu'il s'est uriné dessus. Selon leurs témoignages, Adama Traoré est alors placé en position latérale de sécurité (PLS) dans la cour de la brigade, encore menotté, en plein soleil. L'autopsie a relevé une hyperthermie, sa température corporelle étant montée à 39,2 °C.

Les pompiers sont appelés à 17h46. Ils arrivent peu avant 18 heures et tentent de le ranimer. Le Samu intervient mais, après une heure de massage de cardiaque, un médecin prononce le décès à 19h05.

Contradictions entre pompiers et gendarmes

Me Yassine Bouzrou justifie la demande de reconstitution par les divergences qui sont apparues entre les déclarations des pompiers sur la position dans laquelle se trouvait le jeune homme à leur arrivée. « Il convient notamment de savoir si ce dernier était ou non placé en position latérale de sécurité » relève l'avocat.

En effet, un sapeur-pompier volontaire interrogé par l'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) en août 2016 dit avoir constaté que, malgré son malaise, Adama Traoré se trouvait « sur le ventre, face contre terre ». Un récit contradictoire avec celui des gendarmes.

Dans son courrier, Me Bouzrou estime « nécessaire que soient convoquées toutes les personnes présentes à la gendarmerie de Persan, le 19 juillet 2016, entre 17h30 et 19h15, et notamment tous les gendarmes et personnels de secours qui ont assisté à ces faits ».

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