« Monsieur Jean » et sa fine équipe corse au tribunal

« Monsieur Jean » et sa fine équipe corse au tribunal

L'affaire avait commencé en 2012 sur les bords du Lac Léman, en Suisse, où deux hommes avaient tenté d'agresser un homme d'affaires français à la réputation controversée.

leparisien.fr, publié le vendredi 06 avril 2018 à 06h56

Ce vendredi, le tribunal correctionnel de Paris juge une rocambolesque affaire extorsion de fonds entre la France et la Suisse.

La 16e chambre du tribunal de grande instance de Paris se penche ce vendredi sur une rocambolesque « tentative d'extorsion de fonds » présumée entre la France et la Suisse. Avec de drôles de personnages dans les rôles-titres : « Monsieur Jean », spécialiste de la sécurité et qui, aux yeux de la justice, passe pour le cerveau de l'opération, mais aussi un policier du renseignement d'Ajaccio (révoqué depuis) ou encore un kiosquier et un glacier corses eux aussi...

L'étrange équipée, qui vaut à cinq hommes de comparaître devant la justice, commence un matin d'hiver 2012, sur les rives du lac Léman. Le 5 décembre de cette année-là, à Coppet (Suisse), deux inconnus déboulent au domicile d'un homme d'affaires français à la réputation controversée : Laurent Troude. Ce dernier est alors mis en examen dans le conflit qui l'oppose aux actionnaires de sa société Proximania. Un litige qui porte sur 2 M€.

Le conducteur était un policier français du renseignement intérieur d'AjaccioLes deux hommes aux cheveux ras qui l'abordent devant son domicile se montrent-ils violents ? Ou seulement insistants pour obtenir la signature d'une reconnaissance de dettes ? Ce sera tout l'enjeu du dossier. Une fois dans la maison, ils ne font pas dans la finesse, bousculant l'épouse quand elle tente d'alerter la police. S'ensuit une mémorable empoignade, algarade qui fait valser le bonnet d'un des agresseurs. Un coup de téléphone, au sens propre, lui inflige une belle entaille au cuir chevelu. C'est la débandade. Poursuivis jusque dans la rue, les intrus sont exfiltrés en urgence par un complice arrivé en voiture. Grâce à la plaque d'immatriculation du véhicule de location, les enquêteurs suisses parviennent à remonter jusqu'au conducteur... Un policier français du renseignement intérieur d'Ajaccio !

Flairant là une affaire d'espionnage internationale, le ministère public de l'arrondissement de l'Est vaudois demande des comptes aux autorités françaises. Les juges de la juridiction interrégionale spécialisée de Paris enquêtent et leurs surveillances permettent d'identifier Sylvain D., alias « Monsieur Jean », 50 ans, ancien garde du corps de l'homme d'affaires Pierre Falcone.

Quatre gros bras recrutés pour 15000 eurosCe quinquagénaire est liquidateur (de sociétés), parle le russe (couramment), s'associe avec un officier (parachutiste). En garde à vue, il reconnaît avoir facturé l'opération par le biais de sa société qui a pour objet officiel « intermédiation, arbitrage, audit, négociation ». Dans leur ordonnance, les juges retiennent surtout les missions de protection que le prévenu « prétend assumer » avec une « conception alliant fantasme et fonctionnement mafieux et mimétisme d'agent secret ». L'homme aurait recruté quatre gros bras pour quelque milliers d'euros (15 000 au total), frais d'hébergement, de restauration et de transports compris. Une fine équipe sélectionnée pour son origine corse supposée inspirer de la crainte...

Au cours de l'instruction, les Corses minimisent les faits qui leur sont reprochés en Suisse. L'un d'eux assure être entré chez la victime pour ne pas « rester sous la neige ». Les suspects expliquent qu'ils cherchaient seulement à remettre une enveloppe contenant des documents à signer. « Toute l'entreprise sus-évoquée cadre mal avec un travail de facteur », ironisent cependant les juges au terme de leur ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel. Selon eux, il était bien question « d'impressionner et de mettre la pression à Laurent Troude ». Ils retiennent même à charge « la taille et le poids des trois intervenants », notamment ceux du policier, « 1,81 m pour 124 kg ».

Le commanditaire présumé absent à l'audience« Ils n'étaient pas armés. Ils n'ont jamais caché leur identité. La voiture était louée à leur nom. Il n'y a pas eu de contrainte. Si cela s'est mal passé, ce n'est certainement pas du fait de mon client mais à cause de la réaction de la prétendue victime qui, je le rappelle, a des comptes à rendre à plusieurs créanciers », rétorque Me Pascal Garbarini, défenseur du marchand de glaces. « Ils étaient là pour mener une négociation et trouver une solution à un différend financier », surenchérit Me Eric Barbolosi pour Sylvain D.

A l'audience, les bancs des prévenus paraîtront un peu vides. Manquera notamment un homme clé, le commanditaire présumé, un ressortissant suisse en conflit avec Laurent Troude que les autorités locales ont apparemment décidé d'entendre par elles-mêmes. « Il aurait été intéressant de se pencher sur les relations entre les protagonistes, la partie civile et le commanditaire. Or, dans ce dossier, nous ne verrons malheureusement que la partie émergée de l'iceberg », déplore Anne-Laure Compoint, avocate du policier ajaccien.

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