Michel Cardon, le détenu oublié, a retrouvé la liberté

Michel Cardon, le détenu oublié, a retrouvé la liberté
Après plus de 40 ans de prison, Michel Cardon est sorti du centre de détention de Bapaume (Lille).
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leparisien.fr, publié le lundi 04 juin 2018 à 08h11

Cet homme de 67 ans, condamné à perpétuité pour meurtre en 1979, bénéficie depuis vendredi d'une libération conditionnelle. Une histoire à retrouver ce lundi sur RTL, dans «L'heure du crime».

Vendredi 1er juin, à 8h46, alors que Michel Cardon, 67 ans, franchit pour la dernière fois la porte du centre de détention de Bapaume (Lille), le tweet de Me Eric Morain clôt près de deux ans de procédure et de combat.

« Vous êtes libre, Michel ! », lui lance, très ému, son avocat. Pâle, Michel Cardon s'avance, le pas chancelant. Le voilà enfin, lui, l'oublié de l'Administration pénitentiaire, en liberté conditionnelle. A ce pénaliste parisien qui lui a gracieusement tendu la main, à celui qu'il considère désormais comme un ami, il sourit.

Avant, le numéro d'écrou 7147 avait rangé et nettoyé avec soin sa cellule. Ses affaires, un téléviseur, des papiers et quelques vêtements, tiennent dans un simple chariot de supermarché. Me Morain l'emmène, en voiture, là où il résidera désormais. Un centre d'hébergement et de réinsertion sociale du Val-d'Oise où cet homme à la santé amoindrie, abîmé par un AVC en 2012 et placé sous tutelle, sera épaulé.

Il lui faut réapprendre à vivre. Hors les murs. « Il n'exprime pas de désir, pas d'envies. Durant quarante ans, il n'a pas choisi. Ni l'heure de manger, ni l'heure de dormir. Le vrai apprentissage pour lui sera de choisir. Il va lui falloir du temps », présage son conseil.

«On ne peut pas laisser quelqu'un comme ça»

Eté 2016, sous le ciel corse. Sur Internet, l'avocat tombe sur un article de « la Voix du Nord » intitulé « Bapaume : il reçoit sa première visite au parloir après... 38 ans de prison ».

« J'ai d'abord eu une réaction d'incrédulité. Puis j'ai lu l'article. Il racontait comment Benoît (prénom modifié), un ancien compagnon de cellule de Michel Cardon ayant purgé sa peine, avait accompli sa promesse de revenir le voir. » Signé de Samuel Cogez, l'article décrit, par la voix de son ex-codétenu, un homme isolé et malade, avec la cigarette et la télé pour seule activité et une sortie « à 75 ans » pour seule perspective. « C'est le faire mourir à petit feu, on ne peut pas laisser quelqu'un comme ça », s'indigne Benoît.

Le lendemain, Me Morain adresse un courrier au directeur de la prison de Bapaume. Il sollicite un permis de communiquer avec Michel Cardon qui lui est immédiatement accordé. « Je ne supportais pas l'idée et je voulais comprendre », explique-t-il.

Au fil des transferts, son état s'aggrave

Dès sa première visite, début septembre, Michel Cardon lui raconte les faits qui lui ont valu, en 1979, une condamnation à perpétuité devant la cour d'assises de la Somme. En 1977, il a 26 ans et vivote, à Amiens, du « ramassage de cartons ». Avec un comparse ferrailleur, ils ont vent du magot d'un voisin. Le vol du retraité infirme tourne mal. L'homme, qui refuse d'indiquer sa cache, est frappé à mort.

Les auteurs du « crime du chemin de la Flaque » sont rapidement identifiés et leur butin, hétéroclite et dérisoire, retrouvé. Des boîtes de conserve, un poste transistor, une soupière... « Il n'y avait pas de doute sur les faits, établis et reconnus, se souvient un magistrat qui a connu ce dossier. L'isolement social des deux accusés était manifeste. Il faisait suite à une enfance où, abandonnés, ils avaient beaucoup été laissés à eux-mêmes. »

Aux assises, Michel Cardon et son coaccusé se renvoient la responsabilité du meurtre. L'avocat général requiert la peine de mort mais la cour retient « des circonstances atténuantes ». Les deux hommes échappent donc à la guillotine. Le comparse meurt en prison quelques années plus tard. Au fil de ses transferts, Michel Cardon, lui, voit son état physique et psychiatrique se dégrader et son isolement s'aggraver.

«On dirait qu'il a été oublié en détention»

Début janvier 2018, dans son avis, la commission pluridisciplinaire des mesures de sûreté de Lille, chargée d'évaluer sa dangerosité dans le cadre de la requête en libération conditionnelle alors lancée par Me Morain, s'étonne qu'aucun projet d'exécution de peine « (n')ait été à un moment ou un autre imaginé, conçu et encore moins mis en œuvre ». Elle constate : « On dirait qu'il a été oublié en détention. »

Trois mois et une demande de grâce présidentielle plus tard, Michel Cardon est convoqué par le tribunal de l'application des peines d'Arras. Lors de l'audience (NDLR : qui se tient au sein de la prison), cet homme devenu sourd d'une oreille et qui souffre de difficultés d'élocution a ainsi évoqué les faits : « Je regrette. Mais tout ça c'est tellement loin. » En droit, Michel Cardon aurait pu solliciter une libération conditionnelle dès 1997.

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