Meurtre de Sophie Toscan du Plantier: le procès s'est ouvert à Paris sans l'accusé britannique

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Pierre-Louis Baudey-Vignaud (g) arrive avec l'avocate Marie Dosé (d) au procès du Britannique Ian Bailey accusé du meurtre de sa mère, Sophie Toscan du Plantier, devant la cour d'assises de Paris, le 27 mai 2019
Pierre-Louis Baudey-Vignaud (g) arrive avec l'avocate Marie Dosé (d) au procès du Britannique Ian Bailey accusé du meurtre de sa mère, Sophie Toscan du Plantier, devant la cour d'assises de Paris, le 27 mai 2019
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© AFP, ALAIN JOCARD

AFP, publié le lundi 27 mai 2019 à 23h39

Le procès du Britannique Ian Bailey pour le meurtre de la productrice française Sophie Toscan du Plantier, à Noël 1996 en Irlande, s'est ouvert lundi devant la cour d'assises de Paris, mais sans l'accusé qui est jugé par défaut.

Cet ancien journaliste pigiste de 62 ans, qui clame son innocence et que Dublin refuse d'extrader, n'a pas répondu à la convocation de la justice française, comme il l'avait annoncé dans la presse. 

Il ne s'est pas non plus fait représenter par son avocat français, Dominique Tricaud, qui dénonce une "parodie de procès" et une future "erreur judiciaire". 

Et sur les trente témoins cités par le ministère public, rares sont ceux qui feront le déplacement, plus de 22 ans après les faits. Les enquêteurs irlandais et des personnes affirmant avoir recueilli les aveux, directs ou indirects, de Ian Bailey, n'ont pas donné suite ou n'ont pas été retrouvés.

Le fils, les parents, le frère, l'oncle et d'autres proches de Sophie Toscan du Plantier sont eux bien présents sur les bancs des parties civiles, près du box des accusés déserté. 

Mariée au producteur de cinéma Daniel Toscan du Plantier - décédé en 2003 -, elle avait été retrouvée morte au matin du 23 décembre 1996, en vêtements de nuit, en contrebas de sa maison isolée de Schull, un village de la côte sud-ouest de l'Irlande où elle était venue passer quelques jours avant Noël. 

Le corps de la productrice de télévision de 39 ans avait été découvert par une voisine, près d'un buisson de ronces, le visage et les cheveux noyés de sang. 

Selon les constatations, elle a été poursuivie à l'extérieur de sa maison par son agresseur, qui lui a fracassé le crâne à l'aide d'"objets contondants" - probablement une grosse pierre et un parpaing ensanglantés retrouvés sur les lieux. Les blessures sur ses mains démontrent qu'elle s'est farouchement débattue.

Mais aucune empreinte génétique ne sera retrouvée sur le corps, laissé dehors sous une simple bâche plus d'une journée, jusqu'à l'arrivée du médecin-légiste.  

En dépit de cette absence de trace ADN, Ian Bailey, un excentrique voisin résidant à quelques kilomètres de là et l'un des premiers sur les lieux le jour de la découverte du corps, avait rapidement fait figure de suspect.

- Griffures -

A défaut de pouvoir entendre les enquêteurs irlandais, la cour a auditionné jusque tard dans la soirée deux policiers français ayant travaillé à partir de 2008 sur ce "cold case". A la barre, ils ont listé les indices troublants prouvant selon eux "la culpabilité" de Ian Bailey. 

Il y a d'abord ces égratignures sur le front et les avant-bras qu'il ne portait pas quand il s'est rendu au pub, la veille du meurtre. Des "stigmates" compatibles avec des griffures de ronces pour les enquêteurs, des blessures faites en découpant des dindes et un arbre de Noël, dira Ian Bailey lors de ses auditions. 

Il y a aussi ces éléments censés être connus uniquement du meurtrier et des policiers évoqués dans les articles de Ian Bailey. Sa connaissance précoce de l'identité de la victime. Et ses troublants "aveux" à plusieurs personnes, qui donneront le même témoignage aux enquêteurs français. A l'une d'elles, Bailey aurait dit: "Je l'ai fait, je l'ai fait, je suis allé trop loin". 

Le suspect est "un homme qui boit, plus que de raison, qui a des +blackouts+, qui est violent envers sa femme, (...) un homme qui change constamment de version", a souligné l'un des policiers à la barre. 

Pour lui, Ian Bailey est "l'homme qui a tué Sophie Toscan du Plantier". "Il était saoul. Il y est allé, elle lui plaisait. Je pense que ça s'est très mal passé car c'était une femme qui ne se laissait pas faire", a-t-il avancé.   

Placé en garde à vue à deux reprises, en 1997 et 1998, Ian Bailey n'a jamais été poursuivi par la justice irlandaise, faute de preuves "au-delà du doute raisonnable".

La justice française, saisie après une plainte avec constitution de parties civiles des parents et du mari de la victime en janvier 1997, a elle estimé qu'il y avait suffisamment d'éléments à charge pour renvoyer Ian Bailey devant une cour d'assises. 

Deux mandats d'arrêt européens délivrés à l'encontre du Britannique en 2010 et 2016 sont restés sans réponse, l'Irlande invoquant l'absence de réciprocité entre les deux pays en matière d'extradition.

Ian Bailey, qui vit toujours dans la région de Schull où il vend des pizzas sur le marché, encourt trente ans de réclusion criminelle.

Le verdict est attendu vendredi. 

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