Meurtre de Sophie Lionnet : les mauvais choix de Medouni

Meurtre de Sophie Lionnet : les mauvais choix de Medouni

Le corps de Sophie Lionnet a été retrouvé, carbonisé, en septembre, dans le jardin de la maison où elle travaillait comme fille au pair. Ses anciens employeurs sont actuellement jugés.

leparisien.fr, publié le lundi 16 avril 2018 à 21h35

Accusé avec Sabrina Kouider du meurtre à Londres de leur jeune fille au pair Sophie Lionnet, Medouni a décrit ce lundi une relation de couple phagocytée par la paranoïa de sa compagne.

« Sabrina était très très belle, j'avais l'impression d'avoir gagné à la loterie. » Ce premier rendez-vous, au printemps 2001, Ouissem Medouni, 40 ans, le décrit comme un moment magique. Il a rencontré Sabrina Kouider quelques semaines avant à la fête foraine, où elle vendait crêpes et bonbons. Trop timide pour lui demander son numéro, l'étudiant en économie l'a obtenu par un ami, en échange d'un prêt de voiture.

Ainsi commence la relation intermittente et souvent houleuse entre cet habitant de Vigneux-sur-Seine (Essonne) et la jeune femme de cinq ans sa cadette. Relation qui mènera au pire, avec la mort en septembre 2017 de la jeune fille au pair Sophie Lionnet. Le corps de la jeune femme originaire de Troyes, c'est bien lui, Ouissem Medouni, qui l'a brûlé, dans le jardin de la maison familiale de Southfields, le 20 septembre dernier, admet l'accusé. Il nie en revanche avoir causé directement la mort de Sophie Lionnet. Tout comme il nie aussi avoir mis au point un tel projet avec sa compagne. L'accusé reconnaît cependant avoir pris de « très mauvaises décisions » dans les mois qui ont précédé le décès de la jeune fille au pair.

La personnalité dominante dans le couple ? « C'est elle », affirme Ouissem Medouni, d'un timbre peu assuré. Il évoque leurs multiples séparations, liées d'après lui aux infidélités de Sabrina Kouider, qui a eu deux enfants avec deux autres hommes, dont l'ancien chanteur du groupe boyzone, Mark Walton. Dans le box, Sabrina Kouider secoue la tête, semble pleurer, obtient même une interruption d'audience quand son compagnon aborde l'agression qu'elle aurait subie de la part d'un cousin et d'un oncle.

«Je m'en veux vraiment, j'aurais pu l'éviter»

Mais l'ex-analyste financier poursuit. Il raconte les trois tentatives de suicide de la jeune femme, ses colères, quand elle l'accusait de trop travailler ou quand elle avait rêvé de lui avec une autre femme. « Elle me disait qu'elle avait un don, elle pensait que ses rêves allaient vraiment arriver ». À cela s'ajoute après 2012 l'obsession de sa compagne pour son ex-petit-ami Mark Walton. Elle l'accuse de pirater son téléphone, d'avoir agressé sexuellement leur fils, s'en plaint à la police, fait plusieurs crises de paniques.

Puis à l'été 2017, s'en prend à Sophie Lionnet, qu'elle a embauchée. Elle l'accuse de comploter avec Mark Walton, et lui fait subir des violences en présence de Medouni. Cela commence en juillet, où elle s'énerve contre la jeune fille, jusqu'à lui tirer les cheveux. « C'est allé crescendo après ça, se souvient l'accusé. Je m'en veux vraiment, j'aurais pu l'éviter. »

Ouissem Medouni et Sabrina Kouider avaient employé Sophie Lionnet comme fille au pair. Ils sont accusés de l'avoir tué et d'avoir brûlé son corps DR

Cravate, costume sombre et voix blanche, l'accusé dresse en revanche de lui un autoportrait presque idéal. Celui d'un fils de plombier, issu d'une famille modeste, qui a gravi l'échelle sociale à force de travail. Le jeune homme a multiplié les stages, et cumulé, dit-il, les petits boulots et les études d'économie à l'université d'Assas, à la Sorbonne et à Lyon (Rhône), avant de décrocher un emploi d'analyste à la Société Générale à Londres.

Il se décrit comme un homme « généreux, travailleur, ambitieux », qui n'a jamais touché d'allocations sociales, jamais été violent, ni avec un homme ni avec une femme, y compris Sabrina Kouider. « J'étais très inquiet pour la santé mentale de Sabrina », avance à plusieurs reprises l'accusé. « Je n'ai rien dit aux services sociaux, ni à sa famille, parce que je voulais la protéger, et qu'elle puisse garder les enfants. » Pourquoi Ouissem Medouni a-t-il poursuivi cette relation avec Sabrina Kouider, compte-tenu de tout ce qui s'est passé ? « Parce que je l'aime », répond l'accusé presque à voix basse. « Toujours ? », interroge son avocat. « Oui ». Les prochains jours d'audition devraient permettre de tester cette motivation.

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