Meurtre de Mireille Knoll à Paris : ce que dit le PV de synthèse des enquêteurs

Meurtre de Mireille Knoll à Paris : ce que dit le PV de synthèse des enquêteurs

Sur la porte de l'appartement de Mireille Knoll, la photo de l'octogénaire, des coeurs et les scellés apposés par la police.

leparisien.fr, publié le vendredi 30 mars 2018 à 23h31

Les policiers ont reconstitué la journée des deux mis en cause dans le meurtre à caractère antisémite de la vieille dame.

« Interrogé sur la connotation antisémite de l'agression barbare à laquelle il a assisté, [Alexandre C] était contradictoire ». C'est ce que note le rapport de synthèse effectué par le 2e district de la police judiciaire de Paris à propos des déclarations de l'un des deux meurtriers présumés de Mireille Knoll.

Le corps de cette dame de 85 ans, de confession juive, handicapée et malade, a été retrouvé dans son lit, lardé de coups de couteau et en partie calciné, le 23 mars dernier. Un drame qui a suscité une vive émotion, notamment au sein de la communauté juive et dans le monde politique. Mireille Knoll avait échappé à la rafle du Vél d'Hiv, en juillet 1942.

Alexandre C, dit Le Marseillais, et un autre homme, Yacine M, 28 ans, ont été mis en examen le 26 mars pour « homicide volontaire à raison de l'appartenance vraie ou supposée de la victime à une religion et sur personne vulnérable ». Cette qualification retenue d'abord par le parquet puis la juge d'instruction s'est faite sur la base des déclarations du premier mis en cause. Les deux hommes s'accusent mutuellement du crime. Mais au contraire de son complice, Yacine M exclut tout acte antisémite, affirmant qu'Alexandre C ignorait la confession juive de la victime.

Vol de bijoux et d'un chéquierSelon la synthèse de la PJ que nous avons pu consulter, Alexandre C, SDF, connu pour des vols avec violence, accuse son complice d'avoir porté deux coups de couteau à la gorge de la vieille dame en criant « Allah Akbar ». Il indique que Yacine M « avait parlé des juifs avec Mme Knoll avant les coups mortels en leur reprochant d'avoir une bonne situation et des moyens financiers alors que lui-même n'aurait « pas fait le rapprochement avec le fait qu'elle soit juive ».

Le jeune homme, qui dit avoir reçu un appel téléphonique de son compère ce soir-là lui demandant de se rendre au domicile de Mireille Knoll, nie toute participation. Il argue le fait que Yacine M « était décidé à tuer malgré tout l'octogénaire car elle l'aurait dénoncé à la police pour un trafic d'armes et qu'à cause d'elle, il n'avait pu se rendre à l'enterrement de sa sœur. » dixit le même rapport. Selon lui, ils auraient volé des bijoux, un chéquier et une petite horloge, avant le meurtre.

Yacine M a bu du porto chez sa victimeCe qui est sûr c'est que la vieille dame connaissait Yacine M depuis son enfance. Le jeune homme avait ses habitudes chez elle. Plusieurs témoins dont le fils de la victime ont indiqué qu'il avait passé une partie de la journée du drame chez la vieille dame à boire du porto. Plus surprenant encore, Yacine M qui avait des problèmes d'addiction, selon sa mère, avait été interpellé en septembre 2017 pour avoir agressé sexuellement la fille de l'aide médicale de la vieille dame à son domicile. Une mineure de 12 ans. « Ma mère naïve avait pardonné cet acte à Yacine M » a expliqué Guy Knoll.

Le rapport de synthèse précise que ce même jour Yacine M avait aussi menacé d'incendier l'immeuble de Mireille Knoll dans lequel lui-même habitait au 7ème étage en compagnie de sa mère. Mais le jeune homme était resté libre. Ce qui pose certaines questions compte tenu du profil judiciaire de l'individu. L'assassin présumé de la vieille dame a aussi été impliqué dans une procédure de menace de morts réitérées pour avoir menacé de faire sauter une enseigne commerciale. Pour finir le jeune homme était aussi connu de l'infirmerie psychiatrique de la Préfecture de Police pour une admission en août 2014.

« Déjà je n'ai rien à voir avec le meurtre de Mireille Knoll, je la considérais comme une très bonne voisine et elle le savait » a expliqué Yacine au juge lors de son interrogatoire de première comparution (IPC) que nous avons pu consulter. « Concernant l'incendie, je n'ai rien à voir non plus. J'étais présent mais ce n'est pas moi qui ai allumé le feu » ajoute-t-il.

Dans le local à ordures, le téléphone casséChez lui, les policiers ont retrouvé un couteau avec un manche en bois qui pourrait être l'arme du crime. Par ailleurs, dans le local à ordures de la vieille dame, une bouteille brisée de porto et le téléphone cassé de la victime avec sa carte SIM.

Au total quatre départs de feu distincts ont été constatés dans l'appartement, les deux premiers sur le canapé, le dernier au niveau du lit médicalisé. Une catastrophe a sans doute été évitée de peu. A l'arrivée des policiers les quatre commandes de la gazinière étaient ouvertes. Mais heureusement le robinet de gaz d'arrivée générale était fermé. Les assassins ne s'en sont sans doute pas aperçus...

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