Meurtre d'Angélique : «David Ramault, c'était quelqu'un comme vous et moi»

Meurtre d'Angélique : «David Ramault, c'était quelqu'un comme vous et moi»
2 mai 2018, Roubaix. «Les salariés étaient abasourdis», raconte Mohamed Fahri, un collègue de David Ramault.

leparisien.fr, publié le jeudi 03 mai 2018 à 17h56

Les collègues chauffeurs de bus du meurtrier présumé de la petite Angélique expriment leur malaise. Un trouble partagé par tous ceux qui ont connu ce père de famille à la vie ordinaire.

C'est un malaise qui ronge ceux qui l'ont croisé, qui ont travaillé à ses côtés ou qui lui ont confié un temps leurs enfants parce qu'ils étaient amis des siens. « Si on avait su... S'est-il passé quelque chose avec le mien ? » s'interrogent collègues et parents.

À Wambrechies (Nord), là où David Ramault vivait, au centre bus de Wattrelos, où il travaillait comme chauffeur de bus depuis 2014, le contraste entre le comportement au quotidien de cet homme de 45 ans et l'horreur des faits qui lui sont reprochés à l'encontre de la petite Angélique, violée et tuée mercredi dernier, sème un profond trouble. « Des sueurs froides à retardement », résume un élu. Avec, souvent, ces mots de compassion à l'égard de sa femme et de ses fils : « Il a détruit deux familles », répète-t-on.

« David, je l'ai croisé des dizaines de fois. C'était quelqu'un de souriant et respectueux, qui disait bien bonjour. Quelqu'un comme vous et moi. Les 500 chauffeurs du dépôt de Wattrelos vous diront la même chose », décrit Ahmed, l'un de ses collègues à Transpole, l'entreprise de transport en commun de l'agglomération lilloise. Père d'une petite fille, Ahmed exprime un sentiment de trahison. « Il n'avait pas de compte à me rendre mais je lui ai donné mon respect... En fait, cela veut dire qu'on n'est jamais sûr de la personne », grimace-t-il.

« Au dépôt, c'est le chaos. On est tous surpris et choqués », relate son collègue Nordine. Lui a vu David Ramault à sa reprise de poste en fin de semaine dernière : « Le jeudi, il était tout à fait normal. Le vendredi, il avait le visage un peu marqué. Rien qui montrait qu'il avait pu commettre un crime aussi odieux. »

Inquiétude pour l'image de l'entreprise

Secrétaire de la CGT-Transpole, Mohamed Farhi explique avoir reçu « des dizaines de coup de fil » depuis dimanche, jour où la mort d'Angélique et l'identité de son meurtrier présumé ont été révélées. « Les salariés étaient abasourdis, surtout ceux qui lui ont serré la main après les faits, rapporte-t-il. Certains l'ont entendu raconter qu'une petite fille avait disparu dans sa commune et faire part de son intention de participer aux recherches. Ce détachement et le fait d'apprendre qu'un collègue avait pu être embauché avec un passé judiciaire aussi lourd, provoquent un mal-être dans la tête des gens. »

Outre la crainte de l'amalgame auprès des usagers et l'inquiétude pour l'image de l'entreprise, le syndicaliste relaie cette interrogation récurrente : « Comment David Ramault a-t-il pu être embauché sans extrait de casier judiciaire ? » À cette question, Transpole répond qu'aucune obligation légale n'impose de demander un tel document pour une embauche. La société ignorait donc le passé judiciaire de ce chauffeur. Elle précise que son recrutement s'était fondé sur « une enquête de références professionnelles » démontrant « une carrière continue et réussie dans le secteur du transport depuis une quinzaine d'années ». Transpole ajoute que ce salarié « a démontré une conduite professionnelle et une qualité de service régulière et conforme aux attentes de l'entreprise ».

Au dépôt de Wattrelos depuis lundi, une cellule psychologique a été mise à disposition des employés. À Wambrechies, celle qui avait été ouverte par la mairie dans une école a été fermée faute de demande, « mais elle sera réactivée pour la rentrée scolaire », indique Michel Sas, le premier adjoint. En coulisses, après la marche blanche de mardi, la municipalité s'affaire à soutenir la famille d'Angélique, notamment pour l'organisation des obsèques. René Debergh, adjoint aux services techniques, précise : « La cérémonie d'enterrement se tiendra samedi, en l'église à 9h15. » Les médias ne seront pas admis au cimetière.

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.