Mères de famille opposées au trafic: 3 ans de prison requis contre les 6 prévenus

AFP, publié le mercredi 13 juin 2018 à 22h19

Trois ans de prison ont été requis mercredi à l'encontre des six hommes jugés en appel à Grenoble après l'agression de mères de famille qui s'étaient opposées au trafic de drogue dans leur quartier d'Echirolles (Isère).

La cour rendra son arrêt le 27 juin.

L'avocat général, Philippe Muller, a réclamé des condamnations "marquantes", "d'abord pour les prévenus", assorties du mandat de dépôt pour les trois qui comparaissaient libres pour violences en réunion, et le maintien en détention pour les trois autres, jugés pour détention de stupéfiants ou d'arme, et pour violences pour deux d'entre eux.

"Les peines seront vilipendées comme excessives mais j'assume", a ajouté M. Muller, dont les réquisitions dépassent celles de première instance (quelques mois à 5 ans ferme) et les condamnations du tribunal correctionnel en février, qui allaient de 4 mois à un an ferme.

Il a justifié cette position pour permettre à la cour "d'embrasser l'intégralité du dossier" qui touche au contexte de "gangrène" des quartiers grenoblois par la drogue. Et parce que les prévenus "ont dépassé la limite et enfreint une règle importante dans les quartiers: on ne touche pas aux mères".

Le magistrat a appelé à "répondre à la demande de ces femmes" dont "l'intervention courageuse fait l'effet d'un certain échec sur le plan de la répression, de la prévention et de la société".

Les 11 et 12 décembre, des mères de familles qui avaient décidé d'occuper l'espace dans leurs allées de la Place Beaumarchais, un des nombreux quartiers sensibles de l'agglomération grenobloise, avaient été frappées par un groupe de jeunes gens.

Lors des interpellations, d'importantes saisies de drogues -- cannabis, cocaïne -- , de matériel de coupe et de pesée, d'argent (plus de 7.000 euros) et d'une arme avec des cartouches avaient été réalisées chez trois des prévenus.

Les plaidoiries de la défense ont toutes dénoncé l'absence d'individualisation de la peine requise, comme le veut le code pénal, et son caractère "excessif". 

Les avocats ont demandé que la cour s'en "tienne au dossier" et aux préventions retenues à l'encontre de chacun des 6 prévenus, âgés de 19 ans pour trois d'entre eux, 20, 21 et 28 ans, et présentant des casiers judiciaires allant de vierge à 15 mentions.

Plusieurs avocats ont aussi pointé une procédure de comparution immédiate et l'absence d'enquête de police approfondie qui aurait pu "faire le lien" entre la drogue et l'arme retrouvées, et donc un trafic, avec l'agression des victimes.

A l'audience, les six prévenus ont tous nié leur participation aux violences. Ceux habitant le quartier assurant ne pas être au courant de trafics.

Ils ont fourni des explications pour les saisies: une dette de 300 euros de stupéfiant envers un "grand du quartier" qui demande de garder du matériel de conditionnement et de l'argent pour l'un. Une dette de 500 euros pour un scooter endommagé d'un "autre grand" qui exige de cacher 4,7 kilos de cannabis, pour un autre. Et un profil sans histoire pour le dernier qui se voit confier une arme chargée, des munitions, qu'il cache dans la chambre de sa petite soeur. Tous parlent de la "peur de représailles", sans jamais dire qui sont ces "grands".

Les trois victimes étaient absentes à l'audience. "Ce n'est pas par manque de courage, mais elles en ont assez entendu", en première instance "où elles ont tenu tête", et dans le quartier où elles font l'objet de "reproches" et "de regards" parce que des jeunes sont en prison, a fait valoir leur avocat. 

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