Médicaments au volant : le combat des parents d'Owen, tué à 14 ans

Médicaments au volant : le combat des parents d'Owen, tué à 14 ans
Daniel et Marie Morvan sont les parents du jeune Owen. À 14 ans, il a été mortellement fauché alors qu'il roulait à vélo sur une départementale. La conductrice avait pris des médicaments lourds.

leparisien.fr, publié le jeudi 17 mai 2018 à 12h53

S'ouvre ce jeudi à Brest le procès d'une conductrice qui a renversé mortellement le jeune cycliste. Elle prenait un traitement médical lourd. Ses parents se mobilisent pour durcir la loi.

Depuis six ans, Marie et Daniel Morvan honorent la mémoire de leur enfant en militant activement pour que la loi condamne enfin la conduite sous l'emprise de médicaments de niveau 2 et 3. « Au même titre que l'alcool ou les stupéfiants », comme c'est déjà le cas dans plusieurs pays d'Europe.

Ce jeudi, ils porteront leur combat devant le tribunal, qui devra juger la conductrice qui a fait basculer leur vie, le mercredi 27 juin 2012. C'est ce jour-là que ce couple dynamique, parent de trois enfants, installé dans la petite commune côtière de Plouguerneau (Finistère), a perdu brutalement le jeune Owen, 14 ans.

Alors qu'il roulait sur une départementale limitée à 70 km/h, en pleine journée, l'adolescent a été mortellement fauché par une voiture, pendant qu'il circulait à vélo pour se rendre à son entraînement d'athlétisme, à Lesneven - une ville voisine. « Des témoins ont assisté à la scène », raconte, les yeux perdus dans le vague, le père de famille. « Ils ont vu le véhicule qui circulait derrière lui, non-pas doubler mon fils, mais lui foncer dessus. »

Le garçon décédera

Owen, malgré son casque et ses protections, subit un choc extrêmement violent. L'un de ses amis, qui roulait un peu plus loin devant lui, a le temps de se jeter dans le fossé pour éviter la voiture, et assiste à toute la scène. Les secours interviennent rapidement, mais « le mal est fait ». Le garçon sombre dans le coma et décède des suites de ses blessures.

« Les témoins, qui ont fait leur possible pour aider, nous ont rapporté que la conductrice, une femme de 73 ans à l'époque, semblait alcoolisée - ou du moins pas dans son état normal. » Les tests effectués par les services de gendarmerie prouveront l'inverse, mais révéleront un taux important de molécules psychoactives dans l'organisme de la septuagénaire. « Elle prenait alors un médicament de niveau 3 et plusieurs médicaments de niveau 2 », précise la famille Morvan.

Selon des études récentes, plus de 3 % des accidents de la route sont causés par des prises de médicaments. Les autorités sanitaires ont même effectué un classement des médicaments en fonction de leur dangerosité au volant, le niveau 3 étant le plus risqué. Mais aujourd'hui encore, le non-respect de ces préconisations n'est pas intégré au Code de la route.

« Nous souhaitons une peine sévère »

Ce jeudi, au tribunal de Brest (Finistère), les langues vont peut-être se délier sur l'homicide involontaire du jeune Owen. « On ne peut évidemment pas changer la loi immédiatement », soupire la mère de la victime, Marie Morvan. « Mais nous souhaitons, avec le soutien de notre avocate, Me Nadine Lémeillat, qu'une peine sévère soit prononcée. Que ce procès fasse réfléchir. »

Ce que souhaitent les Morvan, avec l'aide de leur conseil, spécialisée en droit du dommage corporel et de la responsabilité, c'est que les circonstances aggravantes de ces faits à l'issue dramatique soient « au moins retenues » par le tribunal, et que la prise de médicaments dangereux soit prise en compte. Les parents attendent aussi de cette audience de pouvoir y raconter une enquête qui a été pour eux un véritable parcours du combattant, une procédure judiciaire aussi douloureuse que pénible, durant laquelle la famille s'est sentie « maltraitée ».

Une association créée pour changer la loi

En attendant l'heure de ce procès, qui aura mis six ans à trouver sa date d'audience, Marie, professeur d'anglais, et Daniel, autoconstructeur, tous deux désormais en arrêt, ont créé l'association « Pour Owen » pour sensibiliser le grand public.

Déjà reçus par le ministère de l'Intérieur ou encore à l'Assemblée nationale pour tenter de faire bouger la législation à l'égard de la conduite sous médicaments (psychotropes, notamment), leur objectif est aussi de sensibiliser et d'appeler les conducteurs à la vigilance.

L'autre volet de leurs actions concerne le sport. « Notre fils était un sacré sportif, et courait en club, raconte Daniel Morvan. Aussi essaye-t-on de faire courir au maximum en son nom ». Depuis quelques années, des milliers de tee-shirts et maillots « Pour Owen » ont été vendus ou distribués à des sportifs émus par la cause, et ce partout en France. Chaque année, en septembre, le trail « Pour Owen » rassemble plus de 1 000 participants sur les côtes de Plouguerneau, là où il a grandi.

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