Marseille : prison ferme pour deux policiers après une arrestation illégale et violente

Marseille : prison ferme pour deux policiers après une arrestation illégale et violente
Un policier.

, publié le jeudi 07 mai 2020 à 14h25

Selon la procureure, les policiers "n'ont pas été dignes de leur uniforme". 

Le 12 avril dernier sur le Vieux-Port de Marseille, trois policiers de la CRS autoroutière interviennent dans le cadre du contrôle du confinement. Ils soupçonnent Jamshed, un Afghan de 27 ans porteur d'un titre de séjour, d'avoir craché sur deux passants qui lui auraient refusé une cigarette et l'interpellent de façon musclée. Le jeune homme est projeté contre le véhicule de police après une clé de bras, puis placé à l'intérieur. Une interpellation filmée par les caméras de vidéosurveillance. 



Selon l'adjointe de sécurité qui a procédé au menottage, le chef de bord, le brigadier Michel Provenzano, 46 ans, "s'est énervé à partir de là".

Les fonctionnaires évoquent des doigts d'honneur et des invectives. "La première grosse erreur, c'est qu'on aurait dû laisser tomber et le laisser repartir mais on a décidé qu'il ne fallait pas qu'il reste là", a reconnu le conducteur, Mathieu Coelho.

Le jeune homme a ensuite été transporté sur un terrain isolé à Châteauneuf-les-Martigues, à une trentaine de kilomètres de Marseille. Sur place, Michel Provenzano dépose dans le vide-poche ses lunettes de soleil et son arme de service "pour ne pas faire de conneries", a-t-il déclaré. Derrière une butte, le jeune Afghan aurait alors reçu "un coup de poing ou une gifle", selon l'adjointe de sécurité, mais ces violences sont contestées par ses deux collègues. Une fois Jamshed abandonné sur place, Michel Provenzano lâchera : "Ca fait du bien, ça soulage", toujours selon l'adjointe de sécurité. Les deux hommes prennent alors la décision de rédiger un faux procès-verbal indiquant avoir laissé le jeune réfugié à l'Hôtel de police.

Mercredi 6 mai, à l'issue de leur garde à vue dans les locaux de l'Inspection générale de la police nationale, les trois policiers ont été présentés en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Marseille. Le brigadier a été condamné à quatre ans de prison ferme. De son côté, le conducteur a écopé de 18 mois fermeIls ont été incarcérés après le prononcé de cette condamnation pour enlèvement et séquestration, faux et violences volontaires. L'adjointe de sécurité a été condamnée à un an de prison avec sursis.

"Le tribunal est parfaitement assuré de la loyauté, de la compétence, du dévouement de la police, nous lui faisons confiance (...) mais la contrepartie, c'est que cela ne peut pas souffrir de dérogations et de commissions d'infractions", a déclaré la présidente Céline Ballérini. La peine de quatre ans de prison prononcée à l'encontre de Michel Provenzano est supérieure aux trois ans requis par la procureure Virginie Tavanti selon laquelle ces policiers "n'ont pas été dignes de leur uniforme". La peine de 18 mois de prison ferme infligée à son collègue Mathieu Coelho est quant à elle conforme aux réquisitions.

Les trois policiers se sont excusés auprès de la victime lors de l'audience. Les policiers, qui ont reconnu les faits, ont expliqué qu'en raison de la crise sanitaire, ils se seraient "fait rire au nez" s'ils avaient transporté le jeune homme devant un officier de police judiciaire pour outrage. "J'ai pété un câble, on a fait une énorme boulette", a reconnu Michel Provenzano. "On avait ce gars sur les bras, on ne savait pas quoi en faire", a-t-il expliqué. 

Me Nicolas Berthier, défenseur de Michel Provenzano, a évoqué un "quasi-suicide professionnel", appelant le tribunal à "ne pas réduire ce policier à 33 minutes de folie, hors cadre, après 20 ans passés dans passés dans les CRS sans aucun incident".

 

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