Ligue 2 : des soupçons de matchs arrangés devant la justice

Ligue 2 : des soupçons de matchs arrangés devant la justice
L'un des matchs présupposés arrangés est un qui opposait Nîmes et Caen. Les deux dirigeants des clubs s'étaient eu au téléphone quelques temps avant.

leparisien.fr, publié le dimanche 03 juin 2018 à 12h37

Au cœur du procès qui s'ouvre lundi, des anciens dirigeants de Nîmes et Caen, suspectés d'avoir tenté d'influencer le score de sept matchs en 2014, ce qu'ils nient.

Le match nul arrangeait tout le monde. Nîmes, qui sauvait ainsi in extremis sa place en Ligue 2 à une journée de la fin du championnat. Et, Caen, son adversaire du soir, qui validait son accession à l'étage supérieur. Avant cette rencontre cruciale du 13 mai 2014, les présidents des deux clubs se parlent au téléphone, sans imaginer que leur conversation est enregistrée par la police. « Mais toi c'est un point toi aussi ? », lance Jean-François Fortin, le dirigeant normand. « Ouais ouais », réplique Jean-Marc Conrad, son homologue gardois. La suite est à l'avenant :

- « Ben si on est pas trop con hein ! »

- « Ben écoute heu... dis toi bien que le nouveau président de Nîmes il est pas trop con voilà. »

Cette rencontre litigieuse, qui s'est effectivement soldée par un score de parité (1-1), est au cœur du procès qui s'ouvre lundi, dans lequel comparaissent neuf prévenus. Car même s'il est apparu qu'aucune consigne n'avait été transmise aux joueurs, la conversation a convaincu le juge d'instruction de renvoyer les deux anciens dirigeants devant le tribunal pour corruption.

Plusieurs rencontres dans le viseur

Des soupçons que les deux hommes contestent, considérant qu'ils s'étaient ce jour-là bornés à faire un simple constat mathématique. « Si on considère que cette conversation c'est de la corruption, alors qu'il n'y a absolument aucune proposition et aucune acceptation en échange, on peut bâtir un nouveau tribunal à côté du nouveau », ironise Me Michaël Corbier, l'avocat de Jean-Marc Conrad.

L'épisode du match contre Caen n'est que l'un des sept matchs litigieux du Nîmes Olympique visés par la justice, toutes ces rencontres ayant été précédées de tentatives plus ou moins abouties d'arrangement. Une pratique qui aurait été mise en place dès l'arrivée de Jean-Marc Conrad à la tête du club en cours de saison. Et ce en étroite collaboration avec l'un de ses principaux actionnaires, Serge Kasparian. « L'intention des dirigeants nîmois, Jean-Marc Conrad et Serge Kasparian, d'arranger les dernières rencontres de la saison 2013-2014 du championnat de Ligue 2 apparaît manifeste », estime le juge Serge Tournaire dans son ordonnance de renvoi.

« Mon client n'a jamais été à l'initiative d'une quelconque tentative d'arrangement », plaide Me Gérald Pandelon, l'avocat de Serge Kasparian. Ironie de l'histoire, c'est en enquêtant sur les soupçons d'extorsion et de blanchiment autour du cercle de jeux Cadet à Paris dont Serge Kasparian était le gérant que les enquêteurs ont surpris des conversations tendancieuses sur les matchs de foot.

Conrad, des intentions « malsaines » ?

Les dirigeants gardois sont soupçonnés d'avoir eu recours à plusieurs intermédiaires pour parvenir à leurs fins. En demandant à un ancien pro de contacter un joueur d'Istres (Bouches-du-Rhône), juste avant le match, pour lui faire miroiter un transfert à Nîmes la saison suivante par exemple. Ou bien en faisant appeler l'entraîneur de Dijon (Côte-d'Or) par l'un de ses proches pour le sonder sur un éventuel deal.

Parfois, comme dans le cas du match face à Caen, c'est Jean-Marc Conrad qui est suspecté d'être allé directement au contact de ses homologues. Lors d'un dîner organisé la veille de la rencontre entre leurs deux clubs, le président du CA Bastia (Corse) a ainsi perçu les intentions de son homologue comme « malsaines ».

Même s'ils ont multiplié les intermédiaires, les responsables du Nîmes Olympique se sont essentiellement reposé sur Franck Toutoundjian, un ami d'enfance de Serge Kasparian très impliqué dans le sport amateur, pour contacter leurs cibles. Ce dernier est en effet impliqué dans six des sept matchs litigieux. « Il va assumer devant le tribunal qu'il a approché des gens en espérant un arrangement, précise son avocat Me Gérard Tcholakian. Mais à aucun moment il n'a été question d'argent. »

« Leur entreprise corruptive a échoué »

L'instruction, conduite sous l'égide du parquet national financier (PNF), a révélé que toutes ces tentatives alléguées, parfois piteuses, n'ont jamais débouché sur aucun match truqué. Face à Dijon, le club gardois s'est même lourdement incliné 5-1. Mais pour le juge, l'intention suffit juridiquement à renvoyer les protagonistes de ce dossier. « Ce n'est le plus souvent qu'en raison soit de l'absence de contacts réels, soit du manque de réceptivité de leurs interlocuteurs directs ou indirects, ou soit d'intermédiaires peu fiables que leur entreprise corruptive a échoué », tacle Serge Tournaire en évoquant le rôle des dirigeants nîmois.

Les avocats de la défense dénoncent quant à eux un dossier qui s'est largement dégonflé. « Hormis le match face à Caen, les accusations de corruption ont été abandonnées au profit de la qualification fourre-tout d'association de malfaiteurs. C'est un aveu de faiblesse », insiste Me Corbier.

Le club de Nîmes en pleine renaissance

Le mois dernier, le Nîmes olympique a obtenu son ticket pour l'élite en terminant deuxième du Championnat de France de Ligue 2. Une renaissance sportive pour ce club déjà sanctionné administrativement à cause de cette affaire. La commission supérieure d'appel de la Fédération française de football (FFF) avait en effet condamné les Gardois à débuter la saison 2015-2016 avec un déficit de huit points.

Dans un premier temps, la commission de discipline de la Ligue avait même décidé de rétrograder le club en National. Malgré cet important déficit initial, le club était parvenu à se maintenir en Ligue 2 en fin de saison. En 2015, Serge Kasparian et Jean-Marc Conrad ont été sanctionnés par la Ligue à dix et sept ans d'interdiction de fonction officielle dans le foot.

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