Les curieuses méthodes d'une directrice d'école parisienne

Les curieuses méthodes d'une directrice d'école parisienne
Les investigations ont été confiées à la brigade de protection des mineurs.

leparisien.fr, publié le vendredi 22 juin 2018 à 18h34

Une enquête a été ouverte après un signalement dénonçant la gestion brutale de l'école privée Les Moineaux à Paris (XVIe) par la directrice, déjà condamnée pour harcèlement moral sur une enseignante.

Sur son site Internet, les Moineaux - une école primaire et élémentaire privée hors contrat à Paris (XVIe arrondissement) - se targue d'appliquer une « méthode d'enseignement traditionnel dans le respect de la personnalité des enfants qui lui sont confiés ». Un discours vertueux pour cette école bilingue aux frais de scolarité très élevés qui apparaît pourtant en contradiction avec la situation décrite par plusieurs témoins qui mettent notamment en cause la gestion de la directrice de l'établissement, Sophie R.

Depuis juin 2017, suite au signalement effectué par deux couples de parents d'élèves, le parquet de Paris conduit une enquête préliminaire pour « violence sans incapacité par personne chargée d'une mission de service publique ». Les investigations ont été confiées à la brigade de protection des mineurs. « Il faut être prudent quant à l'issue des investigations », tempère une source judiciaire. L'Education nationale s'est également penchée sur l'établissement.

Les parents de Maël (NDLR : le prénom a été modifié) ont été les premiers à tirer la sonnette d'alarme. En avril 2016, alors que leur fils de 4 ans qui souffre d'un syndrome autistique léger est scolarisé aux Moineaux depuis la rentrée, ils sont sèchement convoqués par la directrice qui évoque un problème de santé. « Mme R. ne nous a donné aucune explication, sauf que son établissement n'était pas une maison de soins », se remémorent les parents, choqués.

«Rien de pire pour détruire la confiance d'un enfant»

Leurs courriers demeurant sans réponse, c'est en découvrant sur Facebook les mésaventures d'autres parents d'élèves qu'ils en apprennent davantage. « Un papa m'a expliqué que son fils lui avait raconté que la directrice prenait régulièrement Maël dans sa classe pour l'asseoir par terre en lui criant de rester assis », raconte la mère de l'enfant.

Écœuré, le couple se met en quête d'autres témoignages. Et fait ainsi la connaissance d'un couple d'expatriés qui a scolarisé ses deux filles de 4 et 8 ans aux Moineaux en mars 2016. « Le jour de la rentrée, Mme R. nous a crié dessus, explique la maman. Elle n'avait qu'une chose en tête : savoir pourquoi on n'avait pas payé les frais de scolarité de l'année suivante. Tout ça devant nos filles horrifiées qui sont parties dans leur classe sans qu'on puisse leur dire au revoir. »

Le soir, la mère récupère sa fille aînée « en pleurs » et la cadette mutique. « Notre fille aînée nous a raconté que sa maîtresse l'avait humiliée devant la classe en jetant ses affaires par terre parce qu'elle n'avait pas un cahier de la bonne couleur. Il n'y a rien de pire pour détruire la confiance en soi d'un enfant. »

«Elle veut tout régenter»

Le 14 juin 2017, les deux couples s'associent pour signaler ces faits au parquet mais aussi au rectorat. A l'appui de ce signalement, ils produisent plusieurs attestations. Une ancienne enseignante soutient par exemple que « Madame R. tient des propos blessants à des enfants ».

Une psychologue clinicienne en charge du suivi d'un enfant scolarisé aux Moineaux livre également un récit ahurissant de sa rencontre avec la directrice, décrivant une femme « qui posséderait un fonctionnement psychorigide ». « Au lieu de chercher à s'adapter aux enfants, comprendre leurs difficultés et développer leur estime personnelle, Mme R. ferait appel à une forme de violence (psychologique et/ou physique) basée sur des critiques et des menaces pour faire rentrer les enfants dans le moule imposé », analyse-t-elle sévèrement.

Plusieurs ex-enseignantes décrivent l'emprise que la directrice exerce sur les équipes éducatives. « Elle veut tout régenter. C'est elle qui définit les programmes, les interrogations et même les barèmes, nous confie l'une d'elles. Elle refuse que nous nous adressions directement aux parents et surveille les commentaires sur les carnets de correspondance. »

Départ anticipé d'enseignants... et d'élèves !

Cette ambiance étouffante a valu à l'école d'être condamnée aux prud'hommes par la cour d'appel en février 2014 après le licenciement d'une enseignante. L'arrêt évoque un « harcèlement moral [...] imputable à l'employeur » ainsi qu'une « ambiance particulièrement détestable entretenue par la directrice ».

L'arrivée de Sophie R. à la tête de l'école en septembre 2004 a provoqué un important turn-over chez les enseignants, mais aussi des départs anticipés d'élèves. « Depuis son arrivée, je récupère régulièrement plusieurs élèves en cours d'année, confie la directrice d'une école du XVIe. Ils sont psychologiquement abîmés. Et puis ils ne sont pas particulièrement bons élèves. »

Un départ soudain, c'est la mésaventure vécue par cette maman en avril 2014. « Ma fille, qui était en CP et dont la scolarisation aux Moineaux se passait bien, avait manqué un contrôle. Mais pour Mme R. c'était suffisant pour ne lui donner aucune note du trimestre, détaille-t-elle. Quand je lui ai demandé des explications, le ton est monté. Au final, elle a décidé de nous virer. La secrétaire est allée chercher ma fille dans sa classe. On était au mois d'avril et je n'avais plus d'école ! »

Un courrier étonnant

Tous nos interlocuteurs ont préféré conserver l'anonymat. En novembre 2016, cinq jours après que la maman de Maël publie sur Facebook un commentaire négatif sur l'école, les services sociaux étaient destinataires d'un courrier anonyme faisant état de la maltraitance dont le garçonnet serait victime de la part de ses parents. L'enquête sociale a rapidement permis de balayer ces accusations.

Avec leur avocat, les parents ont sollicité une expertise graphologique privée afin d'examiner la signature manuelle de cette lettre de dénonciation dactylographiée. Or l'experte, sans être catégorique, indique qu'il existe des « correspondances » avec la signature de Sophie R. « Soit Mme R. est l'auteur de la signature litigieuse. Soit une tierce personne a voulu imiter la signature de Mme R. », conclut l'experte. Les parents de Maël ont porté plainte contre X pour dénonciation calomnieuse.

Suite au signalement de juin 2017, le rectorat de Paris a effectué une première visite. Deux inspecteurs sont revenus aux Moineaux le 20 mars dernier. « Un rapport et des préconisations vont être adressés à la direction, indique le rectorat. Au cours de la visite, le management de l'école a fait l'objet de recommandations orales. »

Sollicitée, directement puis par l'intermédiaire de son avocat, Sophie R. n'a pas souhaité répondre à nos questions. Elle n'a pas encore été entendue par les enquêteurs.

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