Les contradictions du bijoutier de Nice

Les contradictions du bijoutier de Nice
Le bijoutier Stéphane Turk est jugé pour «homicide volontaire». Le 11 septembre 2013, il avait abattu l'un de ses deux braqueurs alors qu'il prenaient la fuite.

leparisien.fr, publié le lundi 28 mai 2018 à 21h55

Stéphane Turk, accusé du meurtre de l'un de ses braqueurs en 2013 et qui plaide la légitime défense, a peiné à s'expliquer hier après la projection de la vidéo du hold-up.

Un laps de temps si court. Et pourtant si long. Sept secondes sur deux minutes quarante-trois de braquage vont peut-être beaucoup compter au moment du verdict du procès du bijoutier de Nice. Lundi en milieu d'après-midi, lors d'une première journée compliquée pour Stéphane Turk, la cour d'assises des Alpes-Maritimes a visionné sous toutes les coutures la vidéo choc du hold-up sanglant. En particulier l'engrenage fatidique d'un implacable chrono qui a conduit, le 11 septembre 2013, à la mort d'Anthony Asli, 19 ans, tombé sous les balles du commerçant poursuivi pour meurtre.

Lorsque les images de vidéosurveillance de « La Turquoise » sont lancées, en milieu d'après-midi, sur les deux écrans de la salle d'audience, les proches de la victime fondent en larmes. Elles découvrent la scène fatale. On voit clairement les deux assaillants, casqués et habillés de noir, entrer brusquement dans le local. Le commerçant est frappé à plusieurs reprises ce qui lui vaut depuis, selon son fils, de sérieux problèmes dentaires.

«On voit qu'il hésite en observant la scène»

« Le deuxième coup de poing fige la situation et ils commencent à vider le coffre », explique méthodiquement à la barre un enquêteur. Un imposant sac de sport en gros plan déborde de deux kilos d'or. Les malfrats l'emportent avec une petite caisse rouge et un pistolet à grenaille. L'un des deux prend même le temps de mettre des bijoux dans sa poche et de ramasser maladroitement la housse de leur fusil à pompe. Tout va alors basculer. Tandis que ses agresseurs sont déjà dehors, le bijoutier prend un 7.65 semi-automatique, le cache dans son dos. Il s'avance prudemment vers le seuil de la boutique, se baisse sous le rideau métallique entrouvert, semble réfléchir, puis tire à trois reprises en tendant le bras vers le scooter en fuite, sans que l'on aperçoive l'extérieur de la bijouterie.

Ce laps de temps interpelle l'avocat général Caroline Chassain. « Il se passe sept secondes entre le moment où ils partent et le moment où il pose un genou à terre pour tirer. Ensuite, on voit qu'il hésite en observant la scène pendant trois secondes avant les trois coups de feu » relève-elle.

«Je ne voulais pas tirer, mais parler avec eux»

Patrick Veron, le président de la cour d'assises semble lui aussi sceptique. Il interroge Stéphane Turk qui plaide, depuis le début de l'affaire, la légitime défense. « Vous avez dû avoir extrêmement peur, lui demande-t-il, pourquoi au lieu d'aller chercher votre arme, vous n'avez pas appelé au secours ou contacté la police ? » Le bijoutier répond là où personne ne l'attend. « Je ne voulais pas tirer, mais parler avec eux pour récupérer mes affaires, lance-t-il. Je ne voulais pas faire justice pour moi même ». « C'est la première fois que vous dites ça. Jusqu'à présent vous parliez d'avoir visé le meilleur endroit pour immobiliser le scooter. Sur la vidéo on ne vous entend pas parler ! » s'étonnent les magistrats.

L'homme s'empêtre dans ses explications. D'origine libanaise, il peine à s'exprimer, argumente de manière très confuse, en dépit de l'aide d'une traductrice. L'avocate générale l'interpelle à nouveau. « Vous avez déclaré que le passager du deux roues vous a menacé en se retournant vers vous alors que la balle est entrée dans le dos. Comment l'expliquez-vous ? » Pas de réponse claire. Ni d'ailleurs de confirmation de ses singulières confessions à l'enquêteur de personnalité à qui il a assuré avoir collaboré avec les services secrets français, durant sa jeunesse au Liban. Lundi, Stéphane Turk, qui se décrit comme un « mort vivant », était au coeur de ses contradictions.

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