Le bijoutier de Nice n'ira pas en prison

Le bijoutier de Nice n'ira pas en prison
Stéphane Turk, le bijoutier qui avait tué son braqueur en 2013

leparisien.fr, publié le jeudi 31 mai 2018 à 22h33

Stéphane Turk, qui avait tué un de ses braqueurs en 2013, a été reconnu coupable de violences volontaires avec arme ayant entraîné la mort sans l'intention de la donner.

Ni légitime défense, ni meurtre. Après plus de quatre ans d'instruction, quatre jours de débats et trois heures de délibéré, la cour d'assises des Alpes-Maritimes a condamné, ce jeudi en début de soirée, Stéphane Turk à 5 ans de prison avec sursis pour violences volontaires avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

Les juges n'ont pas cru que Stéphan Turk avait été menacé par le fusil à pompe de l'un de ses deux braqueurs en fuite le 11 septembre 2013, comme il affirme parfois maladroitement depuis le début de l'affaire. Ils n'ont pas non plus estimé que le commerçant avait volontairement voulu tuer le jeune Anthony Asli, un délinquant multirécidiviste de 19 ans.

Les débats, et sans doute la décision, ont tourné, tout au long de la semaine, autour des nombreuses projections de la glaçante vidéo du braquage issue d'une caméra de vidéosurveillance de « La Turquoise ». En particulier les dix secondes fatidiques où l'on voit le bijoutier se préparer avec prudence à faire feu en direction du scooter.

« Au moment où M. Turk prend son arme, il n'y a plus de danger pour sa vie, ils sont partis, leur seule volonté est de s'enfuir » a lancé ce jeudi après-midi Caroline Chassain, l'avocate générale dans son réquisitoire.

Mais contre toute attente au regard de ses mots sévères contre le commerçant, la magistrate a reconnu à l'accusé des « circonstances atténuantes » en réclamant cinq ans d'emprisonnement avec sursis et cinq ans d'interdiction de port d'arme. « Ce n'est pas un meurtre de sang-froid [...]. Seule une peine symbolique peut amener la paix », a-t-elle poursuivi après avoir admis « la violence des coups qui lui ont été portés et du canon pointé sur lui. »

S'ils n'ont pas nié l'agression sur Stéphane Turk - qui est même allé jusqu'à présenter mercredi à la cour une petite boîte jaune contenant ses dents cassées - les trois avocats des parties civiles ont méthodiquement déconstruit toute idée de légitime défense. « Il n'a aucun mouvement d'un homme qui se protège (NDLR : comme si le fusil avait été pointé sur lui), a affirmé Me Christian Scolari. Son corps aurait parlé, esquissé un retrait, une protection... »

« Sa première défense, c'était l'opinion publique »

Les conseils de la famille de la victime ont aussi voulu éviter le risque que les jurés soient influencés par le déferlement de soutiens et de positions parfois extrêmes qui avait afflué à l'époque en faveur du bijoutier. Me Philippe Soussi a même brandi un code de procédure pénale au beau milieu de sa plaidoirie comme un talisman anti-Facebook. Il a fustigé un climat « nauséabond » et rappelé qu'un million six cents mille personnes avaient soutenu le bijoutier sur le réseau social. « Internet est devenu le plus grand bistrot du monde [...] Sur l'échelle de Richter de la connerie humaine on est allé très loin », a-t-il affirmé.

Selon Me Soussi, « M. Turk a vite compris que sa première défense - ou la seule - c'était l'opinion publique », a assené l'avocat en critiquant un homme « qui ne parle que de lui, de sa famille, de son magasin [...] sans une once de compassion ».

« La couleur d'un acquittement »

Des arguments rejetés par Me Franck de Vita, avocat du bijoutier qui a demandé l'acquittement à la cour. Il s'est attelé à dénoncer « une instruction totalement à charge », fustigeant pêle-mêle les expertises balistiques et l'absence de certains témoins dans le dossier. Son client, loin d'être un « Charles Bronson, ce justicier dans la ville », a-t-il ironisé, est resté impassible au moment du verdict.

« Il nous a dit qu'il n'était pas un meurtrier et a compris qu'il n'irait pas en prison. Ça ressemble à un acquittement, ça a la couleur d'un acquittement mais ce n'en est pas un. Mais je considère que c'est une victoire », réagit Me Franck de Vita.

Les sœurs et la compagne de la victime, très émues, ont quitté la cour d'assises rapidement. Elles ne sont pas insatisfaites de cette décision, selon Me Soussi. « La peine n'est pas l'affaire des parties civiles. Ce que je retiens c'est qu'on avait fait de ce dossier le symbole de la légitime défense. Dans une société civilisée, c'était tout l'enjeu, il n'y a pas de place pour la vengeance privée et l'autodéfense », ajoute l'avocat.

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