Laon : deux ans ferme requis contre le chauffard accusé d'avoir tué Adélaïde, 2 ans, et Lila, 3 ans

Laon : deux ans ferme requis contre le chauffard accusé d'avoir tué Adélaïde, 2 ans, et Lila, 3 ans
Deux ans de prison ferme ont été requis par le tribunal correctionnel de Laon contre un conducteur accusé d'avoir provoqué la mort de deux fillettes (photo d'illustration).

, publié le vendredi 20 septembre 2019 à 11h30

Le 3 avril 2018, sur une route départementale de l'Aisne, par temps de pluie, la voiture que conduisait Nadia Karmel, avec ses trois enfants à bord, était percutée par le bolide d'un conducteur en excès de vitesse, dont le permis avait déjà été suspendu deux fois. Les deux fillettes étaient décédées des suites de leurs blessures.

Isaac, le troisième enfant, un petit garçon d'un mois, avait été grièvement blessé. 

"J'ose demander pardon, mais je sais qu'on ne me pardonnera jamais". Le prévenu s'est montré très ému à la barre, devant le tribunal correctionnel de Laon (Aisne), jeudi 19 septembre. "Je voulais dire que j'étais bouleversé par ce qui s'est passé. Tous les jours, à chaque instant, j'y pense", a-t-il déclaré. 

Le procureur a requis à son encontre quatre ans de prison, dont deux ans avec sursis, avec mandat de dépôt. Ce chef d'entreprise de 48 ans était poursuivi pour "homicide involontaire" et "blessures involontaires". Le jugement sera rendu le 21 novembre. 

"Il ne nous a même pas regardés" 

"Il a tout fait pour essayer de ne pas assumer sa responsabilité", a dénoncé le procureur, Baptiste Porcher. "On a beau faire des campagnes de prévention, il y aura toujours une frange de conducteurs qui considèrent que la vie des autres ne les concerne pas". Le prévenu avait déjà été condamné pour neuf infractions au code de la route, et subi deux suspensions de permis pour excès de vitesse - dont un de plus de 50 km/h. Au moment des faits, il disposait toutefois de tous ses points.

Nadia Karmel, la mère des petites victimes, a rejeté ces excuses. "Il a eu un an et demi pour les formuler", a souligné la jeune femme. "Il ne nous a même pas regardés, ni moi, ni ma famille en disant cela. Il n'a pas non plus présenté ses condoléances". Cette maman qui a sorti un livre témoignage sur le drame, "Elles s'aimaient très très fort", a demandé aux juges "une peine exemplaire et des indemnités énormes". Elle réclame un million d'euros pour chaque fillette décédée et 500.000 euros pour le petit Isaac, victime de lésions axonales (forme sévère de traumatisme crânien), d'une fracture du fémur, et toujours sujet à des crises d'épilepsie. 


La vitesse au cœur du procès

Aux questions sur les circonstances ayant provoqué la collision, le 3 avril 2018 sur une route départementale de l'Aisne reliant Laon à Reims, le prévenu a répondu par des phrases courtes, à peine audibles. "Je ne me souviens de rien, je ne sais pas ce qui s'est passé", a-t-il affirmé. Le juge Laurent Favre l'a interrogé sur son véhicule, une Maserati acquise d'occasion trois jours avant le drame. "C'est quand même pas la voiture du commun des mortels, pourquoi l'avoir achetée ?". Le prévenu a évoqué les qualités de "confort et d'esthétisme" du véhicule, niant être un amateur de vitesse. 

Il a rappelé les conditions météorologique le jour du drame. "L'orage était très important, il me semble que ma voiture est passée sur cette veine d'eau. C'est un phénomène qui existe et qui est connu". Des "foutaises", a balayé l'avocat des parties civiles, Philippe Courtois. "Les décès sont liés exclusivement à la faute du prévenu, il roulait trop vite", a-t-il plaidé. 




La dernière expertise judiciaire a démontré que la Maserati roulait à 113 km/h lorsque son conducteur en a perdu le contrôle, sur une route limitée à 80 km/h, étant donnée la pluie qui tombait ce soir-là. 

"La vie d'un enfant ne doit pas valoir moins que la voiture qui l'a tué"

De son côté, la défense a argué que la vitesse du véhicule était "impossible à déterminer", citant d'autres expertises avec des résultats différents. Il n'y a "qu'un seul fait objectif dans ce dossier", a estimé Me Gérard Chemla, l'avocat du prévenu. "La vitesse des deux véhicules au moment du choc, 63 km/h pour la Maserati, 51 km/h pour le Renault Espace" de Nadia Karmel. "Je ne dis pas que les enfants n'étaient pas attachés, mais toutefois, dans 80% des cas, les enfants sont mal attachés", a avancé l'avocat. 

Nadia Karmel, qui a fait de la lutte contre les infractions routières son cheval de bataille, termine son livre par une lettre ouverte à Emmanuel Macron, dans laquelle elle lui demande de renforcer l'arsenal de sanctions contre les chauffards. "La vie d'un enfant ne doit pas valoir moins que la voiture qui l'a tué", estime-t-elle dans ce texte, cité par le Journal de dimanche

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