La soeur du braqueur tué par le bijoutier : «Aujourd'hui l'assassin, c'est lui, pas mon frère»

La soeur du braqueur tué par le bijoutier  : «Aujourd'hui l'assassin, c'est lui, pas mon frère»
Alexandra Asli (au centre), la sœur du braqueur abattu par le bijoutier, entourée par sa soeur Océane (à droite), et la compagne de son frère, Alexandra Debergue.

leparisien.fr, publié le mardi 29 mai 2018 à 20h56

Ce sont les mots adressés par Alexandra Asli, la soeur du braqueur, à la cour d'assises des Alpes-Maritimes qui juge Stéphane Turk. En 2013, le bijoutier a tué son frère Anthony qui venait d'attaquer son magasin.

«C'est presque la chronique d'un drame annoncé... » En fin d'après-midi ce mardi, le président de la cour d'assises des Alpes-Maritimes, Patrick Véron, soupire à l'issue du rapport lu par l'enquêteur de personnalité.

Ce dernier vient de citer la phrase d'un psychiatre qui a examiné Anthony Asli, en 2010, trois ans avant sa mort dans le braquage du bijoutier de Nice. Elle sonne comme un mauvais présage, une tragique ironie du destin : « son immaturité peut faire de lui une victime facile de mauvais camarades capables de l'emporter dans des délits dont il ne mesure pas la portée. »

En difficulté dès le plus jeune âge

Car le parcours de vie de l'homme d'1m87, abattu le 11 septembre 2013 par le bijoutier Stéphane Turk, est pour le moins tourmenté. Chaotique même. Au moment du drame, il compte quatorze mentions sur son casier judiciaire. Il n'a alors que 19 ans. Condamné pour vols, principalement de deux roues, recel, outrages, une fois pour des violences ou encore des conduites sans permis, il s'est retrouvé en difficulté dès le plus jeune âge. En égrenant un portrait contrasté, l'expert cite des témoignages le dépeignant comme « insupportable en primaire » et un « enfant très grossier en parole pouvant être violent physiquement envers ces camarades ». L'adolescence ? Elle met en lumière « un problème par rapport à la loi » « sa difficulté à s'exprimer », un comportement parfois « insolent ».

Mais l'avant-dernier d'une fratrie de cinq enfants « n'est pas méchant », serviable avec les voisins, « chaleureux avec les personnes qu'il aime bien » selon les dires d'une éducatrice qui l'a suivi durant plusieurs années. Elle le trouve aussi intéressé par le métier de paysagiste qu'il voulait exercer avant de périr. « Anthony c'était un peu le rebelle de la famille, celui que l'on arrivait pas trop à convaincre, il était insouciant, âgé de 19 ans certes, mais 12 ans d'âge mental » reconnaît un peu plus tôt sa sœur Alexandra Asli. Venue témoigner à la barre, souvent en larmes, elle le décrit, avec tendresse, comme « immature et rêveur ». « Soit il ne voyait rien, soit il voyait beaucoup d'un coup. C'était un cas particulier Anthony, très respectueux avec les anciens » ajoute-t-elle.

«C'était un voleur, mais il n'était pas méchant»

En revanche pas question de « défendre son casier judiciaire ». « Qu'est-ce qui n'a pas marché au regard de toutes ces condamnations ? » lui demande alors le président. « Il était influençable et n'a pas été aidé par l'environnement du quartier de Carros dans lequel il vivait » répond la jeune femme. Rejetant l'idée qu'il puisse organiser un tel braquage (« il n'avait pas épaules pour faire ça » dit-elle), elle s'en prend à l'accusé Stéphane Turk, impassible sur son banc. « Aujourd'hui l'assassin, c'est lui, pas mon frère ! »

Des propos partagés sur le fond par la compagne d'Anthony Asli, Alexandra Debergue, enceinte de trois mois et demi au moment des faits : « Un vol ne mérite pas la mort. Moi ma fille demain si elle fait des bêtises je vais la punir, et elle ne va pas mourir. C'était un voleur, mais il n'était pas méchant, c'était l'amour de ma vie et ça le sera toujours. »

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