La série "Making a Murderer" devant la Cour suprême américaine

La série "Making a Murderer" devant la Cour suprême américaine
Photo prise le 4 décembre 2015 de Steven Avery, condamné à perpétuité pour le meurtre en 2007 d'une photographe Teresa Halbach
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AFP, publié le mercredi 13 juin 2018 à 17h36

La Cour suprême des Etats-Unis va décider jeudi d'examiner ou non le sort d'un protagoniste de "Making a Murderer", série documentaire à succès qui a illustré les failles du système pénal américain.

Depuis 2015 des millions de téléspectateurs dans le monde se sont passionnés pour cette saga judiciaire diffusée par Netflix, sur les avanies d'une famille d'un milieu social déshérité de l'Etat du Wisconsin.

Les avis sont partagés sur la culpabilité du personnage central de l'histoire, Steven Avery. Il a été condamné en 2007 à la réclusion à perpétuité pour l'homicide d'une photographe de 25 ans, Teresa Halbach. 

Mais les spectateurs ont été bien davantage ébranlés par le destin du neveu de M. Avery, Brendan Dassey, condamné à la même peine pour ce même meurtre. C'est sur lui, qui était âgé de 16 ans à l'époque, que se penche jeudi la Cour suprême.

L'ensemble de son dossier d'accusation repose uniquement sur un interrogatoire policier extrêmement controversé de l'adolescent, qui jouit d'un quotient intellectuel très limité.

Lors de cet interrogatoire filmé de plusieurs heures, hors de la présence d'un avocat, les enquêteurs utilisent des moyens discutables pour conduire le jeune Brendan à livrer des éléments l'incriminant lui et son oncle.

Pour ses défenseurs, l'adolescent, dépassé par les concepts soumis à son jugement limité et influencé par le pouvoir de suggestion des policiers, est poussé à une confession sur des faits imaginaires.

"Les interrogateurs ont profité de la jeunesse et du handicap mental de Dassey pour le convaincre qu'ils étaient de son côté. Ils n'ont pas tenu compte de son incapacité manifeste à répondre correctement à leurs nombreuses questions sur le crime, ils lui ont mis dans la bouche les mots qu'ils souhaitaient entendre, et ils lui ont promis qu'il serait libéré s'il le faisait", dénonce Seth Waxman, l'avocat du détenu, dans sa pétition en justice.

Il est rare que la Cour suprême américaine accepte de se saisir d'une demande de rectification isolée d'une erreur judiciaire présumée. 

Mais, note un collectif de procureurs dans un argumentaire adressé à la haute cour, "des millions d'Américains ont regardé la vidéo de l'interrogatoire de Dassey dans le documentaire primé Making a Murderer, ce qui a déclenché un tollé sur la faillite patente du système".

Brendan Dassey, âgé aujourd'hui de 28 ans, a bénéficié d'un jugement en première instance puis en appel concluant que ses aveux avaient été forcés par la police.

Mais la cour d'appel de Chicago, siégeant en assemblée plénière, a finalement donné raison à l'Etat du Wisconsin, qui lutte farouchement contre une libération du prisonnier. Jeudi commence pour lui la dernière manche.

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