La douleur des victimes au procès de l'ex-entraîneur de tennis condamné pour viols

La douleur des victimes au procès de l'ex-entraîneur de tennis condamné pour viols
Le procès d'un ex-entraîneur de tennis, accusé de viols sur quatre de ses anciennes élèves mineures, s'est ouvert jeudi à Nanterre en présence du président de la Fédération française de tennis, partie civile dans ce procès

, publié le vendredi 24 janvier 2020 à 19h44

Après sept jours d'un procès éprouvant pour les victimes, l'ex-entraîneur de tennis Andrew Geddes a été condamné vendredi à 18 ans de prison pour des viols sur quatre de ses anciennes élèves mineures.

Les unes après les autres, elles ont raconté "l'emprise", "la soumission" dont elles ont fait l'objet durant à peu près deux ans chacune, au début des années 2000 et en 2014 pour la dernière.

A l'époque, Andrew Geddes bénéficie d'une réputation d'entraîneur à poigne, dynamique, ne comptant pas ses heures et obtenant de bons résultats au sein du club de Sarcelles, le meilleur du Val-d'Oise. On lui confie les meilleures espoirs du département, à qui il fait miroiter des carrières professionnelles.

Sa première victime a 12 ans, en 1999, quand il la prend en charge. Virginie (tous les prénoms ont été modifiés) est une joueuse brillante, promise à un grand avenir, selon tous les observateurs. 

Peu à peu, Andrew Geddes va prendre une place prépondérante dans sa vie. "Il m'encensait autant qu'il me mettait sous terre", a raconté Virginie. "Il pouvait me prendre en exemple et dire devant une quinzaine de jeunes: +vous voyez, un jour elle sera dans les 50 meilleures mondiales+. Et à côté de ça, il me disait +t'es une grosse merde, bouge ton gros cul+", s'est-elle rappelée à la barre.

"Je pensais que c'était la personne la plus importante de ma vie, quelqu'un qui allait m'aider à accéder à mes rêves", a expliqué Virginie, qui dit à l'époque le considérer comme "un dieu".

Souvent, elle dort chez lui car il se propose de l'emmener et de la ramener des entraînements. Petit à petit, il lui fait subir des caresses puis il se masturbe devant elle, la masturbe et tente de la pénétrer parfois mais s'arrête car elle a trop mal.

Au total, Virginie estime à environ 400 le nombres d'abus sexuels dont elle a été victime de ses 12 à ses 14 ans. Depuis, elle ne supporte plus la pénétration sous quelque forme que ce soit.

- "Je rêve que j'aboie" -

Trois autres femmes ont témoigné de l'exact même processus d'emprise dont elles ont été victimes de 15 à 17 ans. "Je suis devenue son esclave sexuelle", a décrit Emma, abusée entre 2001 et 2003.

Andrew Geddes les soumet à des pratiques sexuelles brutales, dans sa voiture, dans les toilettes du club ou lors de stages à La Baule. A plusieurs d'entre elles, il va jusqu'à dire qu'il a le sida pour les effrayer.

Andrew Geddes, aujourd'hui âgé de 53 ans, a de son côté assuré qu'il a toujours cru avoir eu affaire à des jeunes filles consentantes, malgré la différence d'âge. "Au moment des faits, du fait mon immaturité, aveuglé par mon besoin de reconnaissance, j'étais incapable de percevoir un non consentement", s'est-il défendu.

L'entourage, le club était au courant de ces relations et personne n'a rien dit, ont soulevé ses avocats. "Dans les années 1990, vous avez Matzneff sur la télévision publique qui vous dit qu'il a des relations sexuelles avec des enfants et personne ne bronche", a souligné Me Clarisse Moreno, l'une de ses avocates.

"On est dans une situation où tout le monde est au courant et personne ne pose de limites. Andrew Geddes pensait avoir des relations amoureuses et que ces relations étaient consenties", a insisté son autre avocat, Me Benjamin Mathieu, dont la plaidoirie a été brièvement interrompue par un cri de douleur d'une des victimes, contrainte de quitter la salle.

L'avocate générale, qui avait requis 15 ans, a tenu à citer l'une d'entre elles dans son réquisitoire. "Elle a dit une phrase qui m'a glacée: +la nuit, je rêve que j'aboie+. J'ai constaté à quel point cette phrase marquait le trauma subi et symbolisait aussi l'avilissement dont elle a été victime".

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