La Cour suprême américaine débat de la peine du jeune "sniper de Washington"

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Lee Boyd Malvo photographié en 2002
Lee Boyd Malvo photographié en 2002
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AFP, publié le mercredi 16 octobre 2019 à 22h27

De son propre aveu, il était "un monstre". Lee Malvo avait 17 ans quand, avec un complice et une vieille Chevrolet, il a semé la mort et la terreur dans la région de Washington au début de l'automne 2002.

"S'il peut prouver qu'il a changé, devrait-il être libéré ?", a demandé mercredi le juge Samuel Alito de la Cour suprême des Etats-Unis, résumant l'enjeu d'une audience consacrée au plus jeune des "snipers de Washington".

"Non, on est très loin de la possibilité d'une libération", a répondu son avocate Danielle Spinelli, reconnaissant tacitement la gravité des crimes commis par son client.

"Nous demandons seulement d'avoir la possibilité de plaider qu'il n'est pas irrémédiablement perdu", afin qu'un jour lointain, il puisse demander une remise de peine, a-t-elle ajouté, comme pour apaiser ceux que cette perspective effraie ou révolte et qui se sont mobilisés en amont de l'audience.

"J'espère et je prie" pour que la Cour suprême ne change pas sa peine, a ainsi déclaré un procureur de Virginie, Ray Morrogh, qui avait contribué à le juger. "Moi je ne veux pas le croiser un jour au supermarché", a-t-il ajouté sur la radio locale Wtop.

Pendant trois semaines en octobre 2002, Lee Malvo et John Muhammad, un vétéran de la guerre du Golfe alors âgé de 41 ans, ont tiré sur des cibles prises au hasard dans l'agglomération de Washington, tuant dix personnes sur des parkings de supermarché, dans des stations-service ou à des arrêts de bus.

L'un ou l'autre se dissimulait dans le coffre de leur véhicule et tirait par une trappe aménagée à cet effet. Dans une Amérique encore traumatisée par les attentats du 11-Septembre, leur virée meurtrière avait créé la psychose et paralysé de nombreuses activités.

Le duo avait finalement été arrêté sur un parking d'autoroute après une éprouvante chasse à l'homme.

John Muhammad, considéré comme le meneur, a été condamné à la peine capitale et exécuté en 2009. Lee Malvo s'est lui vu infliger en 2004 plusieurs peines de prison à vie incompressibles, dans l'Etat de Virginie et du Maryland.

- "Issue de secours" -

En 2012, la Cour suprême a toutefois interdit d'appliquer automatiquement ce type de peines à des mineurs. En 2016, elle a précisé que sa décision était rétroactive. Cette sanction reste toutefois possible pour les auteurs de "crimes reflétant une nature irrémédiablement corrompue".

S'appuyant sur ces arrêts, Lee Boyd Malvo a fait appel des peines prononcées en Virginie. Des tribunaux lui ont donné raison et ont ordonné une nouvelle audience pour fixer une nouvelle peine. 

Mais l'Etat de Virginie a introduit un recours devant la Cour suprême pour s'y opposer.

Il a reçu le soutien du gouvernement de Donald Trump. La Cour ne doit pas "offrir d'issue de secours" à Lee Malvo qui lui permettrait de faire annuler la peine "infligée pour ses crimes détestables", a écrit l'administration républicaine dans un document joint à la procédure.

A l'oral, son représentant Eric Feigin a reproché à la Cour d'avoir "un peu filouté" dans ses précédents arrêts, en édictant une règle "pas très claire".

"C'est juste que vous aimeriez qu'elle soit différente", a réagi la magistrate progressiste Elena Kagan pour qui, au contraire, la règle est très simple: "la jeunesse compte" et elle doit être prise en compte au moment de décider d'emprisonner un mineur pour le reste de ses jours. 

- "Jetez la clé" -

Or, selon Me Spinelli, Lee Malvo n'a pas eu l'occasion de soulever cet argument lors de son procès. "Les jurés avaient le choix entre la peine de mort ou la réclusion à perpétuité sans possibilité de remise de peine", a-t-elle déclaré.

A l'époque, cela me paraissait "justifié", a expliqué à l'AFP Paul LaRuffa qui avait été blessé par les deux snipers. "C'était évident pour moi de soutenir une position du genre +mettez le en prison et jetez la clé+", a ajouté l'ancien restaurateur avant d'assister à l'audience. 

"Mais depuis j'ai changé, pas forcément au sujet de Malvo mais, plus globalement de tous les jeunes condamnés à la prison à vie", a-t-il ajouté. "J'ai le sentiment que notre système judiciaire a de meilleures réponses que d'envoyer les jeunes en prison pendant 40, 50, 60 ans ou plus sans aucun espoir de sortir."

La décision de la Cour, attendue en 2020, aura un impact pour ces jeunes. Le magistrat Brett Kavanaugh a reconnu que le temple du Droit allait probablement profiter de ce dossier pour clarifier sa jurisprudence. Et, comme fréquemment, les magistrats conservateurs ont paru plus enclins à la sévérité que leurs collègues progressistes.

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