La Cour d'assises de l'Allier face aux "vérités" des accusés

La Cour d'assises de l'Allier face aux "vérités" des accusés
Le Code pénal. Photo prise le 21 février 2018.

, publié le mardi 19 novembre 2019 à 19h09

"Si c'est pas moi, c'est lui": les deux hommes jugés par la cour d'assises des mineurs de l'Allier pour avoir torturé et tué des personnes âgées, ont livré mardi sans émotion leur "vérité", émaillée d'incohérences et de contradictions.

La veille à la barre, des enquêteurs avaient décrit l'"extrême violence" avec laquelle Ginette et Massimo Degl'Innocenti, 85 et 71 ans, ainsi que Jeannine Ponce, 74 ans, ont été suppliciés et tués en mars 2017 à Montluçon (Allier).

Les deux hommes sont également accusés d'avoir violé une jeune femme dans son appartement devant son compagnon violenté et séquestré, la même nuit que le meurtre de Mme Ponce.

Mardi, la cour a longuement entendu les accusés de 20 et 21 ans - plus d'une heure trente chacun - au sujet du meurtre de Jeannine Ponce, une retraitée "sans histoire" de 74 ans, sous assistance respiratoire la nuit.

D'un ton monocorde, les accusés ont raconté l'un après l'autre leur soirée d'errance, le 11 mars 2017: refoulés d'une boite de nuit, alcoolisés et drogués, ils "rôdent" dans les rues de Montluçon, où ils visitent des caves, puis tentent d'ouvrir les portes d'appartements.

Et celle de Mme Ponce, qui "ne se méfiait pas" selon sa fille, était ouverte.

Après être entré dans la chambre où dormait la victime, l'un des deux accusés, mineur au moment des faits, a reconnu avoir tenté de la violer, avant qu'elle ne menace d'appeler la police.

"Elle s'est débattue, elle a crié. Sans réfléchir, j'ai donné des coups", a-t-il expliqué, reconnaissant avoir "sauté" puis finalement "appuyé avec ses pieds" sur son ventre.

Zaki A.T. a lui avoué avoir donné "deux" coups de couteaux.

Mais aucun n'admet avoir déplacé le corps, ni porté des coups mortels, se chargeant mutuellement. La victime avait été découverte "baignant dans le sang" dans son salon.

Zaki A.T. a dit avoir tenté d'arrêter l'hémorragie avec un torchon, son co-accusé Dailami A. en pulvérisant une bombe insecticide dans sa bouche...

"J'arrive pas à expliquer mon geste", "je ne me souviens pas", "j'étais alcoolisé", "si c'est pas moi, c'est lui", répond ce dernier aux questions du président Sébastien Talenti, qui pointe ses "nombreuses versions", ses "incohérences" et ses "contradictions".

 -"J'ai rien ressenti"-

"Lui, quand il est avec moi, il se sent fort et moi, quand je suis avec lui je me sens fort", a affirmé de son côté Zaki A. T.

"On a besoin de comprendre, vous n'êtes pas seulement le monstre de Montluçon, vous n'êtes pas seulement le meurtrier de Montluçon?" l'interpelle alors l'avocate générale Emmanuelle Fredon.

"J'ai rien ressenti" ce soir-là, répond-il froidement.

Son avocat Renaud Portejoie le pousse alors dans ses retranchements: "On cherche désespérément depuis hier une forme d'émotion dans votre discours".

Il finit par lâcher :"Je suis responsable de tout".

La fille de Mme Ponce est ensuite venue dresser le portrait d'une femme "simple, paisible, connue dans le quartier comme une dame qui promenait son chien". Elle lui parlait "tous les jours" au téléphone.

"Ce qui me hante c'est la voix de ma mère, toute la terreur qu'il peut y avoir chez une personne âgée qui entend des gens entrer chez elle, se fait agresser", a-t-elle raconté.

Dans la matinée, les enfants des époux Degl'Innocenti avaient témoigné, très émus, de leur enfance "heureuse" auprès de leur mère et d'un beau-père qu'ils considéraient comme leur père.

"Ma mère a dû avoir très peur en entendant les cris de papa, une peur infinie", a ainsi souligné la fille de Ginette Degl'Innoncenti, alitée au moment des faits en raison d'un accident vasculaire cérébrale.

Cette succession de crimes avait fait naître un début de psychose dans la région de Montluçon. 

Les accusés, originaires de Mayotte, ont été envoyés en métropole par leurs familles à l'adolescence, l'un pour lui "éviter les mauvaises fréquentations", l'autre en raison de son comportement.

Ils comparaissent notamment pour "meurtres accompagnés ou suivis d'actes de torture ou de barbarie" et "viol en réunion" et encourent la réclusion criminelle à perpétuité pour le plus âgé, jusqu'à 30 ans de réclusion pour celui qui était mineur au moment des faits.

Le verdict est attendu vendredi.

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