L'islamologue suisse Tariq Ramadan, détenu pour viols, confronté à une accusatrice

L'islamologue suisse Tariq Ramadan, détenu pour viols, confronté à une accusatrice
L'islamologue suisse Tariq Ramadan, le 26 mars 2016 à Bordeaux

AFP, publié le mardi 18 septembre 2018 à 22h17

L'islamologue suisse Tariq Ramadan, incarcéré depuis sept mois en France pour des accusations de viols qu'il conteste, a été à nouveau confronté mardi à une de ses accusatrices, qui a maintenu ses affirmations. 

Figure populaire et controversée de l'islam francophone, Tariq Ramadan, 56 ans, est inculpé et écroué en France depuis le 2 février, accusé d'avoir violé Henda Ayari, une ancienne salafiste devenue militante laïque, et une deuxième femme, surnommée "Christelle". C'est à cette dernière qu'il a été confronté mardi pendant plus de huit heures.

"M. Tariq Ramadan a maintenu sa position, fermement: il n'a jamais eu de relations sexuelles avec cette plaignante", a déclaré son avocat, Me Emmanuel Marsigny, à la sortie du bureau des juges d'instruction au tribunal de Paris.

L'avocat de "Christelle", Me Eric Morain, a pour sa part décrit "une confrontation âpre" où "chacun est resté campé sur ses positions".

"M. Ramadan voit des ennemis partout, c'est un adepte de la théorie du complot et ma cliente a pu lui dire droit dans les yeux qu'elle n'était pas son ennemie mais sa victime. Et que ça fait dix ans qu'elle traîne cette douleur", a-t-il ajouté.

Lors d'une première confrontation, "Christelle" avait décrit aux enquêteurs une cicatrice que Tariq Ramadan porte à l'aine. Pour la défense, cet élément a pu être obtenu par une éventuelle "collusion" avec d'anciennes maîtresses de l'intellectuel.

En garde à vue, l'islamologue avait seulement admis un "jeu de séduction" dans les correspondances avec cette admiratrice. Il avait déclaré l'avoir vue 20-30 minutes dans le hall de l'hôtel le 10 octobre 2009, alors qu'elle affirme y avoir été violée la veille dans la chambre de M. Ramadan.

- demande de mise en liberté -

L'avocat de Tariq Ramadan a par ailleurs annoncé déposer une nouvelle demande de mise en liberté.

"Je ne comprendrais pas qu'elle ne soit pas acceptée dans la mesure où il a été indiqué au mois de juillet que c'était l'absence de cette confrontation qui s'opposait à sa remise en liberté", a déclaré Me Marsigny.

L'islamologue suisse, petit-fils du fondateur de la confrérie égyptienne islamiste des Frères musulmans Hassan El-Banna, avait été confronté le 19 juillet à Henda Ayari, sa première accusatrice.

Mais l'état de santé de la deuxième plaignante, surnommée "Christelle", avait entraîné le report au 18 septembre de leur confrontation chez les juges.

"Je rappelle que son état de santé s'aggrave, qu'il est maintenant handicapé, et qu'il est temps que cela cesse", a ajouté Me Marsigny.

Détenu à l'hôpital pénitentiaire de Fresnes, au sud de Paris, Tariq Ramadan est atteint d'une sclérose en plaques. Ses demandes de mise en liberté ont jusqu'ici été rejetées, son traitement étant jugé administrable en prison.

L'intellectuel, qui réclame un placement sous contrôle judiciaire avec remise de son passeport suisse et une caution préalable de 300.000 euros, avait vu cette demande rejetée début août par la cour d'appel de Paris.

- Enquête ouverte en Suisse -

Tariq Ramadan, qui clame son innocence, a reconnu pour la première fois en juin plusieurs relations extraconjugales "consenties" et des "rapports fougueux, de domination", avec une troisième plaignante apparue en mars. Elle dénonce neuf viols en France, à Londres et à Bruxelles, de 2013 à 2014.

Le théologien n'a pas encore été interrogé ni inculpé dans ce volet, où il est placé sous le statut de témoin assisté.

Le 19 juillet, Tariq Ramadan a aussi pu être confronté pour la première fois à Henda Ayari, dont la plainte, déposée à l'automne dans le sillage du mouvement #MeToo, avait lancé l'affaire.

Les déclarations de cette dernière ont été affaiblies par ses revirements sur la date et le lieu des faits qu'elle dénonce.

Une enquête pour viol a par ailleurs été ouverte en Suisse, à la suite de la plainte d'une femme accusant Tariq Ramadan de l'avoir violée dans un hôtel de Genève en 2008, a déclaré le porte-parole du ministère public, cité dimanche par le quotidien La Tribune de Genève.

Tariq Ramadan "sait parfaitement qui a déposé cette plainte et connaît ses liens avec les autres plaignantes", a affirmé son avocat en France, Me Marsigny. 

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