L'enfant s'étouffe avec une Knacki Ball, Herta condamnée : la famille «soulagée»

L'enfant s'étouffe avec une Knacki Ball, Herta condamnée : la famille «soulagée»
Mayline, ici avec son père Emmanuel Tran, a gardé de graves séquelles après s'être étouffée avec des « Knacki Ball ».

leparisien.fr, publié le jeudi 24 mai 2018 à 18h00

«Nous voulions alerter sur la dangerosité des Knacki Ball», nous confie la famille de Mayline, après la condamnation mi-mai de l'entreprise. Leur petite fille s'était étouffée avec une mini-saucisse en 2012. Elle est depuis handicapée.

Soirée du 29 mai 2012 à Lyon (Rhône). Mayline, 3 ans et demi, s'étouffe en mangeant une mini-saucisse ronde « Knacki Ball » fabriquée par Herta. Elle fait plusieurs arrêts cardiorespiratoires, puis est plongée dans le coma. Les médecins pronostiquent, au minimum, un très lourd handicap. Contre toute attente, la petite fille s'en sort, au fil des mois. Elle vit actuellement chez ses parents restaurateurs sur la Côte d'Azur, Emmanuel et Nathalie Tran, parle, marche et va à l'école.

La cour d'appel de Paris, dans son arrêt du 15 mai, a confirmé le jugement en civil du Tribunal de grande instance de Paris, qui avait reconnu, en 2016, « la société Herta entièrement responsable des conséquences préjudiciables de l'accident de Mayline Tran » et condamné cette entreprise du groupe Nestlé à verser 150 000 euros à titre de provision à la famille. Cette somme, qui dépend de l'état de santé de la fillette, sera de nouveau examinée le 9 octobre prochain par le tribunal.

Dans leur arrêt, les magistrats critiquent le message d'avertissement sur l'emballage qui « n'attire pas l'attention du consommateur » avec « une présentation qui n'en facilite pas la lecture ». Selon eux, la mention « Ne pas donner ni laisser à portée d'enfants de moins de 4 ans ; ils risqueraient d'avaler sans mâcher », n'évoque pas assez clairement le risque de suffocation ou d'asphyxie.

Six ans après les faits, les parents de Mayline reviennent sur cette terrible soirée et sur le combat quotidien que leur fille et eux doivent depuis mener. Ils nous confient aussi leur apaisement après la décision de justice récemment rendue.

Que s'est-il passé ce 29 mai 2012 ?

Nathalie Tran. On organise un apéritif. J'ai acheté des « Knacki Ball » et invite les enfants à venir manger. Mayline est sur le canapé. Brusquement, on la voit marcher vers nous et tomber à plat ventre par terre en tapant des pieds. Je ne comprends pas ce qu'il se passe, mon mari si. Il pratique un massage cardiaque tout de suite. Les pompiers arrivent vite, mais ils ne parviennent pas à extraire la saucisse. A l'hôpital, tous les jours on nous annonçait des nouvelles de pire en pire, qu'elle ne reviendrait plus. Il nous a été proposé de débrancher la sonde gastrique. On a refusé.

Six ans après, son état s'améliore-t-il ?

N.T. Elle a remarché en mois d'un an. Un neuropédiatre nous a dit qu'aucun enfant n'a eu une récupération aussi importante. Scientifiquement, c'est inexplicable. Aujourd'hui, c'est une petite fille souriante, gentille, en CE2 à Cannes (Côte d'Azur). Cette année a été compliquée à l'école. On nous parle d'une orientation en classe Ulis (NDLR : unité localisée pour l'inclusion scolaire). Jusqu'à présent, son évolution était lente par rapport aux autres enfants mais ça passait. Ses jambes ne sont pas bien dans leur axe, elle tombe. Mais elle revient de tellement loin...

Comment accueillez-vous cette deuxième décision de justice ?

Emmanuel Tran. Comme si on nous enlevait trois tonnes de la cage thoracique, on commence à respirer. Ça fait six ans qu'on vit avec ça : les visites médicales, avec cinq médecins derrière vous, des exercices qui la mettent mal à l'aise mais qu'elle veut faire à tout prix, des gars qui marchandent son degré de handicap évalué actuellement à plus de 50 %. C'est un soulagement énorme pour nous et les autres victimes.

Les messages d'avertissement sur l'emballage du produit sont particulièrement visés par les juges...

E.T. Pour nous, ce type de produit, qui s'adresse aux enfants par son marketing, est dangereux par sa forme, sa texture. Il faut que Herta en prenne conscience et arrête de se retrancher derrière ce qui est marqué sur la boîte. On a eu des témoignages d'autres étouffements, avec plusieurs marques différentes. Il était trop compliqué pour nous de prouver cette dangerosité intrinsèque. Alors, notre avocat s'est concentré sur l'emballage. Je rêve que ces produits soient tous retirés et qu'ils reviennent avec un nouvel étiquetage. Je regrette qu'il n'y ait aucune obligation.

Pourquoi avez-vous intenté ce procès ? Pour l'argent, comme certains vous le reprochent ?

E.T. Notre premier objectif, c'est d'alerter autour de ce produit. On s'est fait critiquer dans tous les sens. Notre assureur nous avait conseillé de faire un procès au civil. On n'a pas demandé d'argent. C'est plus l'attitude des dirigeants de Herta, qui nous ont dénigrés à l'époque, qui nous a poussés à attaquer. Mais je n'ai plus la haine. L'histoire est terminée. Nous sommes apaisés par ce résultat et de voir que Mayline est là, avec ses blagues de Toto comme une petite fille normale...

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.