L'adieu déchirant à Kevin

L'adieu déchirant à Kevin
Mourmelon (Marne), le 8 juin. Obsèques de Kévin, lycéen de 17 ans tué au couteau dans un parc à Mourmelon-le-Grand à l'âge de17 ans, probable victime d'un plan « machiavélique » de deux adolescents mis en examen mercredi 6 ...
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leparisien.fr, publié le vendredi 08 juin 2018 à 21h10

Les obsèques du lycéen de 17 ans, victime d'un piège mortel ont été célébrées hier dans le chagrin et les larmes à Mourmelon. Les suspects incarcérés, un garçon et une fille, sont des amis de son âge.

Ses parents, Franck et Angélique, avaient choisi de placer les obsèques de leur fils sous la couleur blanche de l'espérance. Kevin C., 17 ans, adolescent sage, est parti sous une salve d'applaudissements à la sortie de l'église Saint-Laurent à l'initiative de ses amis de lycée. Pour conjurer les larmes.

La foule, immaculée , après avoir béni le cercueil, a salué le départ du jeune homme pour le cimetière de Mourmelon dans un corbillard clair. Kevin a perdu la vie dans un piège machiavélique samedi dernier, auquel ont pris part Marine*, celle qui se disait sa petite amie, et Aurélien*, l'ex de cette dernière. Kevin, attiré dans le parc du « Bois aux Sœurs » pour un flirt avec Marine, a été tué par Aurélien de vingt-deux coups de poignard de combat, un cadeau qu'il avait reçu à Noël. Les deux jeunes ont été mis en examen pour assassinat et écroués.

« On ne pouvait pas le laisser partir sans un signe fort », lâche Antoine, un ami du lycée Pierre-Bayen à Châlons-sur-Marne, où Kevin était en terminale S. Toute sa classe était là, sans exception. Ces lycéens sont d'ailleurs arrivés les premiers dans l'église, tenant chacun une fleur blanche à la main. Ils ont été les premiers, aussi, à faire le tour du cercueil de leur camarade, pour un moment de recueillement avant le début de la cérémonie. Puis assis sur les bancs, côte à côte, garçons et filles étaient en pleurs.

«Tu avais tellement de choses à vivre»

Lors de la messe, les grands-parents de Kevin ont pris la parole pour évoquer le souvenir de « leur premier petit-fils », qui « tout petit, avait toujours le sourire aux lèvres ». Ils le décrivent comme un enfant « optimiste » qui savait rassurer ses parents : « T'inquiètes pas, je gère », leur disait-il. Réputé excellent élève, Kevin « aimait le latin » a souligné sa grand-mère avant de s'effondrer dans le chagrin. «Tu avais tellement de choses à vivre », a continué le grand-père, très ébranlé, proche de son petit-fils. Au premier rang, les deux jeunes soeur et frère de Kevin écoutent leurs grand-parents parler de cet aîné qu'ils ont perdu.

Mourmelon, le 8 juin. Un portrait de Kevin et des bouquets de fleurs sur les grilles du parc où l'adolescent été tué ./LP/Philippe de Poulpiquet

Puis ce fut son cousin, un solide gaillard, qui est monté sur l'estrade, « son presque frère » comme le décrit une amie qui triture entre ses mains un vieux missel en l'écoutant. « Tu t'es battu comme un homme. On s'était juré d'être toujours là l'un pour l'autre. Et là, je n'ai pas pu couvrir tes arrières », raconte le jeune homme sur un ton douloureux, dévasté de n'avoir pu tenir une promesse de jeunesse. Kevin, amateur de boxe, a fait face seul à son agresseur, il s'est défendu et l'a même blessé à la jambe en retournant un temps le poignard contre Aurélien. Un amateur d'art militaire et qui venait tout juste d'être diplômé d'une préparation militaire navale.

«La vie est remplie de pièges»

Le diacre qui officiait pour cette cérémonie, Gérard Decock, ancien colonel de l'arme blindée, réserviste et ami des parents, a évoqué le « sacrifice » du fils de Dieu. Mais cet homme d'église pas comme les autres, passionné de cyclisme, a avoué que face à « un tel drame l'Eglise n'a pas de réponse » sauf à prêcher « plus de paix ». Gérard Decock a voulu s'adresser à la jeunesse, il a mis en garde les nombreux jeunes et amis de Kevin, lui qui « aimait tant faire la fête », pour les prévenir que « la vie est remplie de pièges » et il les a invités « à ne pas devenir adultes trop vite ». « La vie n'est pas faite de jeux vidéo », a-t-il lancé à cette génération qui parfois confond réalité et fiction. Emu devant le cercueil de Kevin entouré de corbeilles de fleurs blanches, le diacre a fondu en larmes avant de se retirer quelques minutes, invitant l'assistance à prier.

Quant à la maman de Kevin, elle n'a pu comme elle le voulait remercier l'assistance d'être venue si nombreuse accompagner son fils. A peine avait-elle commencé à parler que son chagrin et sa douleur ont eu raison de ses mots.

*Les prénoms des suspects mineurs ont été changés

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