Jusqu'à 7 ans de prison requis dans le procès d'un "fléau", le "proxénétisme des cités"

Jusqu'à 7 ans de prison requis dans le procès d'un "fléau", le "proxénétisme des cités"
Des peines allant de 8 mois à 7 ans de prison ont été requises dans un procès du "proxénétisme des cités"

AFP, publié le lundi 02 juillet 2018 à 20h02

C'est le procès d'un "fléau", d'un "naufrage moral", selon le parquet: jusqu'à sept ans de prison ont été requis lundi contre des hommes jugés pour avoir prostitué une vingtaine de jeunes filles, pour la plupart mineures, aux quatre coins de l'Ile-de-France. 

"Le proxénétisme des cités se porte dramatiquement bien", a déploré le procureur Barthélémy Hennuyer. "C'est devenu une mode", avait dit une victime lors de l'enquête, mais lui opte pour un tout autre vocabulaire: "Moi, j'appelle cela un fléau".  

A la mi-juin, la procureure générale de la cour d'appel de Paris Catherine Champrenault avait alerté sur ce phénomène, lié selon elle "à la fois à une avidité pour l'argent et une banalisation à l'extrême de l'acte sexuel exacerbée par l'explosion de la pornographie".

Douze hommes, pour la plupart âgés de 22 et 23 ans, sont jugés depuis le 25 juin pour "proxénétisme aggravé". Ils recrutaient des filles sur Facebook, Instagram, Snapchat, dans des bars ou même dans la rue, leur proposant de "gagner beaucoup d'argent en donnant du plaisir à des hommes". 

Candy, Jaëlle, Souad, Nina, etc.: 24 victimes ont été identifiées, dont 17 mineures, la plus jeune ayant 14 ans. Mais aucune n'est venue au tribunal. "Elles ont dénoncé les faits du bout des lèvres", a expliqué dans sa plaidoirie Jennifer Madar, avocate des deux seules victimes qui se sont portées parties civiles, sans toutefois venir témoigner. "Il est difficile de dénoncer des faits dont on a honte", a souligné l'avocate.  

Toutes étaient dans un premier temps consentantes. "Mais quand on a 15, 16, 17 ans, c'est quoi le consentement?", a interrogé le procureur. "Elles n'avaient aucune idée du piège qui se refermait sur elles". La plupart de ces filles ont été décrites comme vulnérables, parfois en rupture familiale, en fugue, facilitant, selon le procureur, "l'emprise exercée par les proxénètes".

- "Indécence" -

Le parquet a requis sept ans de prison contre Stéphane Kessié, décrit comme "le meneur". "Il a des lieutenants, des sous-lieutenants. (...) Il est sur toute la chaîne", a déclaré Barthélémy Hennuyer.

Cet homme, qui est en détention provisoire, recrutait des filles, les "testait" en ayant des rapports sexuels avec elles, les prenait en photo pour les annonces, les surveillait lors des passes, collectait l'argent, etc. Il a fait une quinzaine de victimes, dont douze mineures, selon le procureur. 

Six ans de prison ont été requis contre un autre protagoniste présumé, Mohamed-Junior Kanté, qui a déjà été condamné pour proxénétisme aggravé en 2016. "Un homme obsédé par le rendement", a dit le procureur. Cinq ans de prison ont été requis contre "le troisième grand personnage de cette affaire", Elie Malo. 

Quatre ans requis contre un autre prévenu qui a notamment sous-loué son logement pour la prostitution, deux requis contre "l'informaticien", qui (entre autres rôles) rédigeait et envoyait les petites annonces. Tous encourent dix ans de prison. 

Lors du procès, les prévenus ont "rivalisé de maladresse, voire d'indécence", étouffant à peine leurs rires, a dénoncé le procureur. Pour l'un, les victimes étaient "nymphomanes", pour l'autre elles étaient "heureuses". Un autre encore a comparé le prix de l'iPhone aux tarifs des prostituées. "On est en plein naufrage moral", a lancé le procureur.

Les avocats de la défense ont demandé au tribunal de ne pas faire de ce procès "un symbole" de ce proxénétisme des cités.

Les faits se sont déroulés "dans des milieux pauvres culturellement", selon l'avocat Sahand Saber. "Les références là, ce n'est pas Simone de Beauvoir", a-t-il ajouté, avant de rappeler que l'ancienne escort-girl Zahia avait été l'égérie du couturier Karl Lagerfeld. 

"C'est une vérité qui ne nous plaît pas mais, oui, les filles étaient motivées par l'argent. Elles voulaient acheter une paire de Louboutin", a-t-il encore dit.

Le jugement sera rendu mardi. 

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