Jusqu'à 20 ans requis pour l'agression "foncièrement antisémite" à Créteil en 2014

Jusqu'à 20 ans requis pour l'agression "foncièrement antisémite" à Créteil en 2014
David-Olivier Kaminski (G) et Patrick Klugman, les avocats de Jonathan, le 26 juin 2018 au tribunal de Créteil

AFP, publié le jeudi 05 juillet 2018 à 20h06

Un choix des victimes "foncièrement antisémite" et un viol pour "punir": jusqu'à 20 ans de prison ont été requis jeudi à l'encontre des agresseurs d'un Juif et de sa compagne, violée lors de ce cambriolage armé à Créteil en 2014.

L'avocate générale a requis de 10 à 20 ans de réclusion criminelle à l'encontre des trois hommes âgés d'aujourd'hui 22, 23 et 26 ans - dont l'un est en fuite - qui avaient pénétré dans le domicile des victimes encagoulés et armés. 

Elle a également demandé douze et huit ans de prison pour deux complices, également jugés devant les assises du Val-de-Marne. 

Le 1er décembre 2014 au matin, Jonathan et sa désormais ex-compagne Laurine, qui habitaient chez les parents du jeune homme, avaient été "saucissonnés" et bâillonnés pendant que les agresseurs fouillaient, à la recherche d'argent liquide. "Les juifs, ça met pas l'argent à la banque", leur avait-on dit arme au poing, menaçant de les "buter".

"Les Russes sont des alcooliques, les Suisses sont des fraudeurs, les Chinois sont des fourbes, les noirs se ressemblent tous, les Arabes mentent. Et les juifs, ça a de l'argent", déclare Christine Laï au début de ses réquisitions.

Le préjugé racial, cette "imbécilité humaine", devient "agissant" quand "on s'en saisit pour cibler et déterminer qui on va aller attraper chez lui", poursuit-elle.

Car elle n'en doute pas, les agresseurs, ces "loups" qui évoluaient dans ce quartier où habite une grande partie de la communauté juive de Créteil, "ont vu le rond" sur la tête du père de la victime, "ont vu la Mercedes noire" qu'il conduisait, et en ont conclu qu'ils étaient juifs et avaient de l'argent. 

"Il y a un caractère foncièrement antisémite dans votre sélection des victimes", dit-elle aux hommes dans le box, qui l'écoutent impassibles. 

"Ils ne sont pas antisémites, ils sont ignorants. Ils baignent dans une ignorance crasse", répond dans sa plaidoirie l'avocate d'un des agresseurs Marie Dosé, qui a longuement dénoncé "une qualification antisémite décidée au niveau ministériel" moins de 48 heures après les faits, et la "médiatisation outrancière". "Les dés étaient jetés", a-t-elle estimé.

L'avocat du deuxième agresseur, Alain Belot, demande lui à la cour de ne pas juger "la généralité des crimes antisémites", mais les "branquignolles" qui ont commis celui-là.

- "Humiliation supplémentaire" -

Le jour du cambriolage, les propos antisémites sont tenus par un seul des accusés, l'homme en fuite, contre qui l'avocate générale a requis la plus lourde peine. "C'est pour mes frères en Palestine", dira-t-il en s'amusant à laisser tomber des couteaux sur Jonathan, avant de jeter au sol les symboles juifs. 

"Une peur supplémentaire, une humiliation supplémentaire" dans cette "terrible histoire qui dure une heure et demi", et dans laquelle la menace d'armes, dont Jonathan sentira "le métal dans sa bouche", est omniprésente.

Reste la question du viol, qu'aucun accusé ne reconnaît. Face à Laurine, qui "s'épuise dans ses spasmes" et pleurs tout au long du procès, l'avocate générale voit "la mauvaise foi" de Ladje H. qui "se bute" quand on aborde ces faits. 

Son avocate Me Dosé trouve elle "incompréhensible" et "scandaleux" qu'il ait été le seul mis en examen puis renvoyé pour ce viol, contredisant un à un chacun des arguments avancés sur la culpabilité de son client.

L'avocate générale elle, avait relu la déposition de Laurine, 19 ans à l'époque: "J'étais toute seule, je les entendais parler". "J'ai entendu l'Arabe dire au Noir: +tu veux la baiser sa copine ?+". 

"Il est rentré, il m'a dit +crie pas, pleure pas, ou je t'emmène avec moi", continue l'avocate générale, avant de raconter comment l'homme a ensuite infligé des caresses sur les seins et deux pénétrations digitales à la jeune femme, pieds et poings liés sur un lit. 

"On viole parce qu'on punit, parce qu'on n'a pas trouvé assez de fric, estime l'avocate générale, parce que les juifs finalement, ça n'en a pas tant que ça".

Le verdict est attendu vendredi.

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