Jour de rentrée au nouveau palais de justice de Paris

Jour de rentrée au nouveau palais de justice de Paris

L'immeuble a été conçu par l'architecte italien Renzo Piano.

leparisien.fr, publié le lundi 16 avril 2018 à 21h22

Le bâtiment flambant neuf de la porte de Clichy a accueilli ses premières audiences ce lundi, bouleversant les habitudes des ex-familiers de l'île de la Cité.

Il y avait une atmosphère de rentrée des classes, ce lundi, au sein du nouveau palais de justice de Paris. Cet impressionnant bâtiment, un empilement de blocs rectangulaires surplombant la porte de Clichy, accueillait ses premières audiences dans la matinée, malgré quelques travaux qui perduraient à l'extérieur.

Pour les fidèles de l'historique palais de la Cité, destiné à ne plus accueillir que la cour d'assises et la cour d'appel, il s'agit d'une petite révolution. « C'est un monde nouveau », lâche même Me Danielle Beaujard, « 39 ans de barreau » au compteur et première avocate à plaider dans l'une des innombrables salles d'audience de cette tour ultramoderne. « C'est vrai que c'est très beau. J'espère qu'on pourra y travailler avec sérénité... »

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Dans les couloirs du bâtiment, on sent poindre quelques appréhensions liées au déménagement. Sur l'accessibilité du lieu, d'abord. Situé dans un quartier relativement périphérique, populaire et encombré par les chantiers - ceux de la ligne 14 du métro ou encore de l'extension de la ligne 3 du tramway -, le bâtiment ne dispose que d'un minuscule parking, réservé aux hauts magistrats, et n'est relié au métro que par la ligne 13, déjà saturée.

Des airs de centre commercial

Très « design » pour les uns, surtout très blanc et très impersonnel pour les autres, l'immeuble conçu par l'architecte star italien Renzo Piano a un vague air de centre commercial, avec ses escalators blancs et ses galeries vitrées. Difficile, toutefois, de nier le caractère agréable et lumineux de son immense salle des pas perdus, avec ses 28 m de hauteur sous plafond et sa façade entièrement vitrée, qui fait baigner ses visiteurs dans le jour matinal.

L'un d'eux, venu pour une demande d'aide juridictionnelle, fait tout de même la moue. « Je préférais l'ancien palais, son caractère historique, argue ce jeune homme de 24 ans. Et puis, symboliquement, cette tour que l'on peut voir partout dans Paris, cela me gêne beaucoup ».

Quelques étages plus haut, justement, une adjointe administrative s'affaire dans un bureau vide. Ici règne encore le stress des cartons à déballer. Le transfert se fait progressivement jusqu'au 14 juin et les audiences pénales commencent la semaine prochaine. « On tâtonne un peu. Pour le moment, on cherche surtout à tout connecter, confie-t-elle, désignant une petite rangée d'ordinateurs devant elle. Mais bon, on va réussir à s'adapter. »

« Vous avez du réseau, vous ? »

Comme pour chasser les différents motifs d'inquiétude, François Molins joue les VRP au rez-de-chaussée. Figure des séquences tragiques de l'actualité puisqu'il supervise, entre autres, les enquêtes antiterroristes, le procureur de la République de Paris a quitté son air toujours préoccupé pour se prêter de bonne grâce au jeu des journalistes qui s'amassent autour de lui.

« C'est toujours difficile, un déménagement, plaide-t-il, sourire aux lèvres. Et puis, on a forcément un petit pincement au cœur à quitter un lieu d'histoire. Mais l'histoire, s'empresse-t-il d'ajouter, cela s'écrit. »

L'homme fait quelques pas décontractés. Puis s'arrête net. Et cède, smartphone en main, à un bref instant de stress. « Vous avez du réseau, vous ? demande-t-il. Vous êtes chez quel opérateur ? » Signe parmi d'autres que tout n'est pas encore réglé dans le nouvel épicentre de la justice parisienne...

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