Intrusion de militants de la cause animale dans un abattoir: des amendes requises

Intrusion de militants de la cause animale dans un abattoir: des amendes requises
Cinq mille euros d'amende, dont une partie assortie de sursis, ont été requis lundi contre quatre militants de la cause animale et un photographe poursuivis pour s'être introduits en avril dans l'abattoir porcin de Houdan ...

AFP, publié le mardi 03 juillet 2018 à 09h24

Cinq mille euros d'amende, dont une partie assortie de sursis, ont été requis lundi contre quatre militants de la cause animale et un photographe poursuivis pour s'être introduits en avril dans l'abattoir porcin de Houdan (Yvelines).

La procureure a requis contre chacun des prévenus "5.000 euros d'amende dont une partie assortie de sursis", laissée "à l'appréciation du tribunal". 

Les manifestants avaient pénétré dans les locaux "en pleine nuit et vêtus de noir". Il faut "se mettre à la place des salariés, imaginer la peur ressentie quand ils les ont vu surgir sur leur lieu de travail", a tancé la magistrate.

L'opération organisée par l'association antispéciste 269 Libération animale, qui se voulait "pacifiste", s'était déroulée dans la nuit du 25 au 26 avril: 70 activistes, cagoulés pour certains, avaient tenté de bloquer l'activité de l'abattoir.

Un jeune photographe indépendant, par ailleurs étudiant en cinéma à Villeurbanne, et une militante parisienne - seuls prévenus présents à l'audience - devaient répondre devant le tribunal de Versailles de "violation de domicile", une infraction qui pourrait leur valoir jusqu'à un an de prison et 15.000 euros d'amende.

Quasi muets durant l'enquête, les deux jeunes gens n'ont pas été plus loquaces à l'audience.

"On nous interdit de manifester légalement, on est obligé de choisir la désobéissance civile", a succinctement expliqué la jeune activiste. "Mais vous n'habitez pas dans une dictature, Madame, vous avez des moyens légaux... D'autant que vous aviez obtenu une autorisation de manifester pour 14H00 ce jour-là", fait remarquer la procureure.

"Et les conditions de travail de salariés qui gagnent le Smic, ça ne vous intéresse pas?", demande le tribunal. "Moi je m'intéresse plutôt aux millions d'animaux qui meurent dans les abattoirs", rétorque la militante, voix presque inaudible. 

L'avocat de la défense Thomas Hellenbrand, qui a plaidé la relaxe, a fait part de sa perplexité à voir juger cinq prévenus alors que "70 personnes ont commis l'infraction". Et de fustiger une "stratégie des gendarmes enquêteurs, validée par le parquet", mettant à mal l'égalité des citoyens devant la loi. Une stratégie "choquante et parfaitement illégale", a attaqué le conseil, en soulevant une exception de nullité.

Militants d'un côté, directeur et employés de l'abattoir de l'autre en étaient venus aux mains, les premiers accusant notamment le second d'avoir menacé avec un couteau le photographe qui filmait l'opération. 

Pour éviter que la situation ne dégénère, une cinquantaine de gendarmes avaient dû intervenir.

Le photographe a porté plainte pour violences. Vincent Harang, l'abatteur, aussi. Des enquêtes sont en cours.

Me Nicolas Cassart, avocat de M. Harang, a demandé 10.000 euros de dommages et intérêts pour le "préjudice d'image" de son client, estimant le comportement des militants "pas admissible".

"On peut parler, débattre, mais pas imposer" ses vues, ni "dénigrer, mettre au pilori" celui qui n'épouse pas ses thèses, a-t-il asséné. 

La décision du tribunal est attendue le 10 septembre.

Les abattoirs Guy-Harang, derniers d'Ile-de-France, sont régulièrement la cible d'activistes antispécistes. 

Deux militants d'une autre association, L214, s'y étaient notamment introduits fin 2016 pour y placer des caméras filmant l'étourdissement des porcs au CO2 avant abattage. Ils ont été condamnés à 6.000 euros d'amende, dont 5.000 avec sursis.  

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