Industrie pornographique: quatre acteurs mis en examen pour viol

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L'enquête sur la plateforme de vidéos pornographiques "French Bukkake" s'attaque désormais aux acteurs: quatre d'entre eux ont été mis en examen pour viol
L'enquête sur la plateforme de vidéos pornographiques "French Bukkake" s'attaque désormais aux acteurs: quatre d'entre eux ont été mis en examen pour viol
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© AFP

publié le jeudi 28 octobre 2021 à 21h00

L'enquête sur la plateforme de vidéos pornographiques "French Bukkake" s'attaque désormais aux acteurs: quatre d'entre eux ont été mis en examen pour viol, une première, après la mise en cause l'an dernier de producteurs et réalisateurs.

Ce serait la première fois en France que des acteurs sont poursuivis pour viol dans les investigations visant l'industrie pornographique, a souligné auprès de l'AFP une source proche du dossier. 

"C'est très bien, ça fait du ménage ! Tout le monde a un comportement d'autruche" sur ce qui se passe lors des tournages, a réagi auprès de l'AFP Nikita Bellucci, actrice, réalisatrice et productrice indépendante de films pornographiques.

"On travaille avec l'intimité d'actrices, avec des êtres humains, on doit faire attention et pas seulement exécuter des ordres", a ajouté Nikita Bellucci qui a elle-même connu une mauvaise expérience. "Il faut arrêter de se cacher en disant: +le réalisateur a dit que c'était consenti donc je le fais+".

Le parquet de Paris avait ouvert une enquête préliminaire début 2020, puis une information judiciaire le 17 octobre visant la plateforme "French Bukkake".

Depuis, une cinquantaine de victimes auraient été identifiées, selon deux sources proches du dossier.

Au moins huit personnes sont poursuivies dans ce dossier, dont les investigations ont été confiées à la section de recherches de la gendarmerie de Paris.

"Quatre personnes ont été présentées le 22 octobre au juge d'instruction en charge de l'affaire et ont été mises en examen du chef de viol", a indiqué à l'AFP une source judiciaire, confirmant une information de BFMTV. 

"Trois d'entre elles ont été placées en détention provisoire. La dernière personne a, quant à elle, été placée sous contrôle judiciaire", a-t-elle précisé.

"Ce qui a été commis sur ces plateaux de tournage ce sont des viols et donc chaque acteur ayant participé à ces scènes peut être inquiété pour des faits de viol aggravé, voire torture et actes de barbarie", a considéré Me Lorraine Questiaux, avocate de plusieurs victimes, contactée par l'AFP. 

"Potentiellement, ça peut viser tous les autres plateaux de pornographie en France et dans le monde. D'autres investigations ont été ouvertes ailleurs dans le monde", a-t-elle précisé.

- "Charte déontologique" -

Un an auparavant, mi-octobre 2020, quatre personnes avaient été mises en examen pour "proxénétisme" et "traite d'êtres humains" aggravés, dont les producteurs surnommés "Pascal OP" et "Mat Hadix".

"Pascal OP", en détention provisoire, est aussi poursuivi pour "blanchiment de proxénétisme aggravé et blanchiment de fraude fiscale" ainsi que pour "travail dissimulé", avait indiqué à l'époque une source proche du dossier.

Le second producteur, Mathieu L. surnommé "Mat Hadix", avait été incarcéré en décembre pour ne pas avoir respecté son contrôle judiciaire. 

Le site "Jacquie et Michel", incarnation en France du porno amateur, est aussi visé par une enquête depuis le 10 juillet 2020 pour "viols" et "proxénétisme". 

Après les révélations sur les violences et pratiques imposées lors des tournages, de grands groupes français du secteur avaient annoncé en novembre 2020 leur volonté d'adopter des chartes éthiques et déontologiques.

"Je pense que les affaires pour viol vont pulluler, parce qu'il y a parfois une énorme différence entre ce qui est dit oralement aux acteurs et ce qui se passe réellement" lors des tournages, a réagi Me Matthieu Cordelier, qui défend les droits d'actrices porno.

Il avait été missionné en 2020 par la société de production Dorcel pour rédiger une "charte déontologique de la production X", publiée en avril. 

Dans ce texte disponible en ligne, on peut lire que "le consentement des acteurs et actrices quant aux pratiques sexuelles doit être clair, préalable, libre et éclairé". 

"Des petits producteurs n'ont toujours pas compris et continuent de ne pas se soucier de la charte déontologique, ou se moquent même de cette démarche", a regretté Me Cordelier.

Pour Nikita Bellucci, "ça avance dans la bonne direction, c'est à nous tous de faire en sorte que ce ne soit pas que des effets d'annonce". 

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