Incendie de la rue Myrha: un accusé "colérique" et aux propos racistes

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Incendie rue Myrha à Paris, le 2 septembre 2015, qui a fait huit morts
Incendie rue Myrha à Paris, le 2 septembre 2015, qui a fait huit morts
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© AFP, Norman GRANDJEAN

, publié le mardi 01 décembre 2020 à 18h49

"Une personnalité complexe, fragile et colérique"... Un officier de police, qui a obtenu ses aveux, a décrit l'accusé Thibaud Garagnon, jugé pour avoir mis le feu à un immeuble d'habitation de la rue Myrha, qui avait fait 8 morts en 2015, mardi devant la cour d'assises de Paris.

Dans son box, Thibaud Garagnon écoute la déposition du policier sans broncher. Il porte, comme la veille, un t-shirt bleu ciel à l'effigie d'un personnage de la série pour enfants "My Little Pony".

Le jeune homme qui a reconnu les faits raconte avoir été sous l'emprise d'un de ses "amis imaginaires" quand il a mis le feu à son immeuble le 2 septembre 2015.

Mais les témoignages entendus mardi donnent une autre image de celui qui cultive un côté immature.

Thibaud Garagnon, qui avait emménagé au 4 de la rue Myrha en mars 2015, avait des "colères terribles". Il a eu plusieurs disputes avec les Tandian, la seule famille africaine de l'immeuble.

Parmi les huit victimes de l'incendie, quatre, dont deux enfants âgés de 8 et 14 ans, appartenaient à la famille Tandian.

Cet incendie serait-il un crime raciste ? "Son acte n'a pas de motivation raciste", estime l'enquêteur.

Il n'empêche que l'accusé ne cachait pas son aversion pour les Noirs lors de conversations avec ses proches.

- Sur écoutes -

Aussitôt après l'incendie, un SDF, Mourad Sadi, avait été arrêté et incarcéré, à tort, pour l'incendie de la rue Myrha mais les enquêteurs, intrigués par l'attitude de Thibaud Garagnon, n'ont pas cessé leurs investigations.

La ligne téléphonique du jeune homme fut notamment placée sous écoutes à partir de mai 2016. Lus à l'audience des extraits de procès-verbaux de ces écoutes révèlent ainsi un Thibaud Garagnon plein de ressentiments.

Dans une conversation avec sa mère, en mai 2016, il se plaint de ne pas recevoir d'allocations chômage. "Ils veulent pas me cracher leurs sous alors qu'ils le crachent très bien à ces connards de renois (noirs, ndlr)", éructe le jeune homme. Alors que sa mère tente de le calmer, Thibaud Garagnon ne décolère pas. "Ils veulent payer tous les Noirs qu'il y a dans le 18e, tous ! mais pas moi, évidemment", se plaint-il. Le ton monte encore : "Le premier Noir que je croise dans la rue, je lui pète la gueule".

Interpellé le 20 septembre 2016, plus d'un an après les faits, le jeune homme passe aux aveux et reconnaît avoir mis le feu à des poussettes en bas de la cage d'escalier.

Il regarde le feu. Les flammes rétrécissent mais le foyer ne s'éteint pas. Le jeune homme, qui a pris des médicaments, remonte dans sa chambre au deuxième étage pour se coucher. Il échappera au sinistre, qui a surtout frappé les étages supérieurs, en descendant le long de la gouttière.

Le chef des pompiers du 18e arrondissement a témoigné à l'audience de sa stupéfaction face à "la violence de l'incendie".

Dans l'après-midi, des médecins légistes ont raconté comment la mort a frappé huit habitants de l'immeuble. Ils ont décrit les corps brisés après s'être défenestrés ou carbonisés dans leur appartement.

Thibaud Garagnon, en suivi psychiatrique depuis son incarcération, retire machinalement ses lunettes et porte un mouchoir à ses yeux.

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