Financement du terrorisme : Lafarge convoqué en vue d'une mise en examen

Financement du terrorisme : Lafarge convoqué en vue d'une mise en examen
Plusieurs cadres et dirigeants sont déjà mis en examen pour avoir financé des groupes terroristes, et/ou pour avoir mis en danger leurs salariés syriens.

leparisien.fr, publié le jeudi 31 mai 2018 à 09h09

Le cimentier français est soupçonné d'avoir financé plusieurs organisations terroristes en Syrie afin de pouvoir y poursuivre ses activités.

Après presque un an d'instruction, l'entreprise Lafarge est convoquée le 5 juin, selon France Inter, par les juges du pôle financier en vue d'une mise en examen.

Le cimentier est soupçonné d'avoir cherché à maintenir en activité son usine de Jalabiya, dans le nord de la Syrie, au prix de versements d'argent à plusieurs organisations terroristes, dont Daech, et au mépris de la sécurité de ses employés.

Acquise par le groupe français en 2010, l'usine syrienne a poursuivi ses activités, malgré la guerre civile et jusqu'à sa prise de contrôle par les djihadistes de Daech, le 20 septembre 2014.

Des soupçons de Michel Sapin en juin 2016...

A la suite d'un article du « Monde », en juin 2016, le ministre de l'Economie de l'époque, Michel Sapin, suspecte une possible violation de l'embargo sur le commerce du pétrole en Syrie et signale les faits au parquet. L'enquête est confiée au Service national de la douane judiciaire (SNDJ).

Les principaux cadres de Lafarge sont entendus au début de l'année 2017. Bruno Pescheux, l'ancien directeur de la filière syrienne de Lafarge, reconnaît le versement d'une « obole » à un intermédiaire local chargé de payer les groupes armés qui opèrent dans le secteur afin d'assurer le passage des employés aux checkpoints.

Selon ce dirigeant, la somme de 16 610 euros aurait été versée tous les mois à Daech entre 2012 et 2014. Son supérieur, Christian Herrault, ex-directeur général adjoint du groupe chargé notamment de la Syrie, confirme les versements, maquillés en comptabilité par de faux « frais de représentation ».

Des achats de matière première à des fournisseurs affiliés aux groupes terroristes sont également visés par la procédure. Un rapport du cabinet d'audit Pricewaterhouse Coopers évoque le versement au total de près de 13 millions d'euros aux organisations terroristes. Un chiffre contesté par Lafarge.

... à l'ouverture d'une information judiciaire un an plus tard

Le 5 mai 2017, le rapport de synthèse du SNDJ confirme les soupçons et demande au parquet de Paris l'autorisation de poursuivre les investigations.

Une information judiciaire est ouverte en juin 2017 à la suite d'une plainte avec constitution de partie civile déposée par l'association Sherpa (association qui a pour but de défendre les populations victimes de crimes économiques). L'objectif de l'association est de dénoncer « la lutte contre l'impunité des multinationales et les crimes économiques ». Onze salariés de Lafarge se joignent à cette plainte.

Des perquisitions ont lieu au siège de Lafarge au mois de novembre. Huit cadres ou anciens dirigeants sont déjà mis en examen pour avoir financé des groupes terroristes, et/ou pour avoir mis en danger leurs salariés syriens.

A commencer par Bruno Lafont, PDG de Lafarge de 2007 à 2015 qui a échappé au placement en détention provisoire réclamé par le parquet et les juges d'instruction.

En avril, un rapport interne commandé par Lafarge au cabinet d'avocats américain Baker & McKenzie se révèle lui aussi accablant pour la plupart des mis en cause. La synthèse évoque l'existence très claire d'« actes délictueux » et identifie des « comportements fautifs individuels ». Dans un communiqué de presse du 24 avril, LafargeHoclim admet des agissements « inacceptables » et « des erreurs de jugement significatives ».

L'association Sherpa, qui avait porté plainte, demande maintenant que l'entreprise soit mise en examen non seulement pour financement du terrorisme mais aussi pour complicité de crimes contre l'humanité.

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